Intervention de Damien BESNARD (Créteil) sur la mobilisation en éducation prioritaire dans le 93 dans le débat sur le complément au rapport d’activité

jeudi 29 mars 2018  |  par  ÉÉ-SNES  | 

J’interviens pour apporter un témoignage sur la situation des établissements
de l’éducation prioritaire mobilisés en Seine Saint Denis. Depuis le mois de
janvier et l’examen des DHG dans les établissements de ce département, un
certain nombre de collèges a commencé à se mobiliser, en particulier face
au refus de la DSDEN d’apporter des réponses concrètes à leurs
revendications. La semaine dernière, cette mobilisation a pris une nouvelle
ampleur au travers de plusieurs actions, soutenues par les parents d’élèves
et en lien avec des écoles primaires.

Que demande les collègues ? Un plan de rattrapage des moyens
d’enseignement alloués aux élèves, en particulier pour les élèves allophones,
mais aussi des postes de vie scolaire, d’infirmièr.e.s, d’AVS, de médecins et
d’assistant.e.s sociales.

En effet, les établissements, les élèves et les personnels de Seine-Saint-
Denis sont en situation d’urgence. Rappelons que le département conjugue
une forte croissance démographique et des taux de pauvreté importants
dans plusieurs communes malheureusement célèbres pour leurs quartiers
défavorisés : La Courneuve, Clichy-sous-bois, Stains, Montreuil,
Aubervilliers...

Du fait de ces spécifiés, notre académie de Créteil a malheureusement trop
souvent été choisie pour être un laboratoire des dérégulations et de la
précarité imposées par le Ministère, précisément lorsque JM Blanquer en
était le recteur sous le quinquennat Sarkozy. Depuis 10 ans, ce qui a été mis
en place à Créteil a souvent été généralisé dans d’autres académies. Notre
ancienne rectrice, au jeu des chaises musicales, est d’ailleurs devenue la
nouvelle rectrice de la région académique de Montpellier. C’est pour ça que
nous sommes ici toutes et tous concerné.e.s.

En 1998, un mouvement massif de plusieurs semaines à l’échelle du 93 avait
obtenu un large classement des établissements en éducation prioritaire, des
seuils maximum d’élèves par classe, des créations de postes et des
dotations horaires complémentaires au-delà des horaires plancher.

Aujourd’hui, quel constat faisons-nous ? Celui que les moyens autrefois
gagnés pour l’éducation prioritaire ont peu à peu disparu. Concrètement,
aujourd’hui, en dehors des primes et points accordé.e.s pour le mouvement
des personnels, ainsi que les seuils maximum d’élèves par classe, plus
aucun moyen horaire supplémentaire n’est accordé aux élèves qui
accumulent pourtant de grandes difficultés scolaires. Pire, parents et
enseignant.e.s dénoncent clairement que les réformes du collège et de la
carte de l’éducation prioritaire ont été l’occasion de récupérer les moyens
gagnés par les collègues qui s’étaient mobilisé.e.s il y a 20 ans. Pourtant,force est de constater que les difficultés et la pauvreté sont toujours
présentes, tout reste donc à reprendre.

C’est ce que revendiquent les établissements mobilisés, qui réunis en
collectifs, refusent que l’administration ne dicte ses conditions en ne
recevant les établissements qu’au cas par cas.

C’est une véritable rupture de l’égalité des chances, une rupture de l’égalité
entre les territoires que nous dénonçons. La semaine dernière, pour la mettre
en évidence, les collègues mobilisé.e.s ont décidé entre autres actions,
d’une occupation symbolique de l’internat d’élite et non mixte des jeunes
filles de la légion d’honneur à St Denis, ou d’interpeller J. Toubon, le
Défenseur des droits, qui inaugurait un nouveau réseau de lutte contre les
discriminations raciales jeudi soir à Aubervilliers. Un recours sera d’ailleurs
prochainement déposé auprès de ses services et il s’est clairement engagé à
l’étudier. En parallèle de la journée de grève de la fonction publique de jeudi
dernier, ces actions ont déjà connu une certaine médiatisation et reçu aussi
le soutien des élus locaux.

Les militant.e.s du SNES-FSU, au sein de leurs S1, sont partie prenante de
ces actions. Cela doit être l’occasion pour notre organisation de prendre
appui sur ses forces de terrain pour construire et étendre une lutte déjà
active.

Le SNES-FSU ne peut se permette, dans cette question de la mobilisation
des établissements de l’éducation prioritaire, comme sur d’autres, d’être
attentiste. Il doit pleinement y prendre sa place de syndicat majoritaire de la
profession. Il doit en faire un enjeu politique, qui comptera aussi en terme de
syndicalisation et pour les élections professionnelles à venir.


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