Un virus très politique

mardi 2 juin 2020  |  par  École Émancipée  | 

Loin de théories complotistes ou racistes, ces virus sont le produit de mutation via
les animaux et de leur transmission à l’être humain. Leur diffusion est accélérée par la mondialisation libérale. La destruction de la recherche et des systèmes publics de santé précipite les peuples dans une catastrophe sanitaire, sociale et politique.

Les vitupérations de Trump sur le « virus chinois » ou les accusations de complot de l’armée US, des laboratoires chinois et sa variante antisémite (la co-inauguration par Yves Lévy, directeur de l’INSERM du labo P4 de Wuhan) ne résistent pas à l’examen des faits.
Ce « nouveau virus » pour l’homme est un Corona virus de la chauve-souris recombiné avec un virus du pangolin, hôte intermédiaire. De là, il est apparu sur un marché de Wuhan (province de Hubei) en novembre/décembre 2019.
Ce type de transmission a déjà existé sur tous les continents. Ebola et le SIDA trouvent leur origine en Afrique (via le chimpanzé et/ou le singe vert). Le H1 N1 est originaire de Perote (Mexique, élevage de la Gloria). Quant à la « grippe espagnole », apparue en Chine dans la région de Canton, partie du canard, elle est passée à l’homme via le porc !

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Une épidémie prévisible ?

La multiplication d’épidémies virales, ces dernières années, est une préoccupation majeure de nombreuses institutions de santé et de chercheur-euses dont les alertes n’ont pas été prises en compte par les autorités politiques, à de rares exceptions.
Il est évident qu’épidémies et pandémies se répètent de plus en plus souvent. Les écosystèmes dégradés ou pillés (plantations, bois précieux, etc.) « confrontent » l’homme, par contact direct (manipulation, dépeçage, nourriture) ou indirect (tiques), à des virus sans échange antérieur donc sans immunité protectrice. L’exemple historique est la variole, volontairement introduite en Amérique par les Espagnols par le dépôt de vêtements infectés auprès des communautés indiennes sans défense immunitaire.
Écoutons Didier Sicard(1) (président du Comité consultatif national d’éthique avant J.-F. Delfraissy et professeur émérite à Paris Descartes), très impliqué dans la création de l’Institut Pasteur au Laos. Il a pu constater à quel point la transformation de la forêt primaire rapproche l’homme des chauves-souris et donc d’un réservoir de virus trop peu étudié. Il dénonce le sous-investissement de la France.
« Ce qui me frappe toujours, c’est l’indifférence au point de départ. Comme si la société ne s’intéressait qu’au point d’arrivée : le vaccin, les traitements, la réanimation. Mais pour que cela ne recommence pas, il faudrait considérer que le point de départ est vital. Or c’est impressionnant de voir à quel point on le néglige. L’indifférence aux marchés d’animaux sauvages dans le monde est dramatique. »
Évidemment, crapahuter pour analyser les virus des chauves-souris n’est pas rentable ni immédiatement, ni à long terme pour le « Big Pharma ». Même la recherche systématique d’antibiotiques par analyse des plantes sauvages, par exemple, a dépéri.
Ajoutons les routes transforestières ou de savanes, « désenclavant » des microcommunautés auparavant isolées et les marchés d’animaux vivants, à hygiène limite (tiques, mouches…). La mondialisation des échanges fait le reste : les avions gros-porteurs ou les paquebots de croisière remplacent les voiliers comme vecteurs de contamination massifs et rapides.

Un danger sous-estimé

Les chiffres d’infections et de mortalité, au 30 avril, font du Covid-19 une pandémie majeure : 3 200 984 cas (en France 128 442) et 228 057 décès (24 087).
Or, ces chiffres de décès sont souvent largement sous-estimés, soit par ignorance (les EHPAD en France jusqu’à récemment), soit par volonté de minimiser comme la Chine qui « reconnaît pour Wuhan (11 millions d’habitants) environ 50 000 cas et 2 531 décès (soit 5 % de mortalité) » alors que la distribution des urnes pour la fête des Morts suggère entre 50 000 et 100 000 décès.
Oui, il y a eu sous-estimation du danger. Citons Buzyn : « le risque d’introduction en France est faible, mais ne peut pas être exclu » ou encore « les risques de propagation du virus dans la population sont très faibles » alors que l’OMS multipliait les avertissements. Mais aussi le professeur Raoult qui parlait d’une « grippette » et « des politiques qui en font trop ». Et enfin Olivier Veran : « … tous les départements de métropole disposeront d’au moins un centre hospitalier capable d’accueillir les malades et de les prendre en charge du début à la fin ».
Les faits sont têtus : hôpitaux submergés (20 000 lits supprimés sous Sarkozy, Hollande et Macron, obligeant à des transferts par TGV et avions !), manque de masques, de tests (liquidation des stocks et/ou production délocalisée) et pénurie de médicaments…
Certains pays ont anticipé et mis en œuvre des stratégies sanitaires moins soumises à la pénurie, comme l’Allemagne avec plus de 200 000 tests par semaine courant mars ou la Corée qui, tirant les leçons du Corona MERS, s’est préparée avec plus de 10 000 tests par jour, quarante cliniques mobiles et des diffusions massives de masques et de gants.
La comparaison est cruelle avec notre gouvernement qui passe la majeure partie du conseil des ministres spécial début mars à décréter le 49.3 pour la réforme des retraites et à organiser les municipales… la veille du confinement !

Une riposte désarmée

Il n’existe à ce jour aucun traitement confirmé et les vaccins ne seront au mieux disponibles que dans un an ! Quant aux traitements, les essais cliniques en cours nécessitent encore quelques mois ! Seule « bonne nouvelle », le virus déclenche bien une réponse anticorps et une réponse cellulaire, préconditions au développement d’un vaccin urgent.
Or, les Corona virus sont connus depuis SARS-1. Leur structure permet de déterminer des éléments communs à la famille, cibles d’anticorps neutralisants et/ou de cellules tueuses, ainsi que cibles pour des antiviraux, une fois étudiés en détail ses mécanismes d’entrée et de réplication dans des cellules humaines cultivées in vitro. On peut donc envisager des vaccins « anti tout Corona », des « pan vaccins » et des antiviraux Corona spécifiques. C’est exactement ce qu’ont fait plusieurs labos dès SARS -1.
Mais pour cela, il faut des crédits continus pour financer la recherche fondamentale, ou passer par les « appels d’offres » notamment de l’ANR (Agence Nationale pour la Recherche) très souvent déterminés par l’intérêt économique immédiat et/ou la faisabilité rapide.
Cette soumission est aberrante en biologie et nie le rôle du hasard, de la sérendipité et de projets originaux. Par exemple, la découverte de l’accélération de l’expansion de l’univers ou celle de « la matière noire » n’étaient pas planifiées au départ. Un projet « fondamental » peut donner une retombée appliquée inattendue. Pour reprendre un slogan classique de « Sauvons la recherche » : « l’ampoule électrique n’a pas été inventée en faisant des programmes sur la prolongation de la vie et l’amélioration de la luminosité de la bougie ».
L’histoire des « pan vaccins Corona » français est exemplaire ! Un laboratoire s’y dédiait, avec des pistes prometteuses. Reprenons l’incontournable Bruno Canard, dans Le Monde (29/02/20).
« On venait alors de lancer » (2002, note de l’auteur) « de grands programmes de génomique structurale sur les virus pour essayer de ne pas être pris au dépourvu en cas d’émergence. La démarche est très simple : comment anticiper le comportement d’un virus que l’on ne connaît pas ? Eh bien, simplement en étudiant l’ensemble des virus connus pour disposer de connaissances transposables aux nouveaux virus. Un projet européen lancé à cette fin à l’époque a été suivi d’autres programmes. L’irruption du SARS-CoV en 2003 a illustré la pertinence de cette démarche. Cela nous a conduits à décrire une première structure cristallographique dès 2004 ». « Je pense qu’énormément de temps a été perdu entre 2003 et aujourd’hui pour trouver des médicaments. En 2006, l’intérêt pour le SARS-CoV avait disparu ; on ignorait s’il allait revenir. Nous avons alors eu du mal à financer nos recherches. L’Europe s’est dégagée de ces grands projets d’anticipation au nom de la satisfaction du contribuable. » Et un constat amer : « J’ai pensé à tous les projets ANR que j’ai écrits, et qui n’ont pas été sélectionnés. J’ai pensé à ce projet ANR franco-allemand, qui n’a eu aucune critique négative... qu’on m’a finalement refusé faute de crédits. » Ces crédits (45 000 euros) viennent de lui être attribués en urgence... en mars 2020 !
Il faut ajouter à ce climat la dégradation de l’emploi scientifique des jeunes : chute des postes, développement de la précarisation.
Si Macron annonce en pleine pandémie une augmentation du budget recherche sur 10 ans, le compte n’y est pas(2). Au-delà de l’effet d’annonce, on attend le vote parlementaire alors que la situation est catastrophique.
On est passé d’une insouciance coupable à une extrême angoisse, toutes deux toxiques : l’insouciance crée la contamination et l’angoisse aboutit à des comportements irrationnels, source de vision complotistes comme avec l’hydroxy-chloroquine.
Recherche, hôpitaux, protections individuelles : on voit les conséquences de cette politique de flux tendus et de désinvestissement. « On est arrivés désarmés face au coronavirus » dit André Grimaldi. Et il est à craindre que la poursuite de l’épidémie, les menaces sur les libertés et les impératifs capitalistes se conjuguent, à la levée du confinement, contre les salarié-es « premières et premiers de corvée », contre nous toutes et tous. C’est la responsabilité des organisations syndicales et politiques et du mouvement social tout entier que les jours d’après ne ressemblent pas à ceux d’avant ! ●

Gérard Chaouat

(1) https://www.franceculture.fr/sciences/didier-sicard-il-est-urgent-denqueter-sur-lorigine-animale-de-lepidemie-de-covid-19
(2) Communiqué de presse du SNCS/FSU du 19 mars 2020 : « Le compte n’y est pas ! »


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