Antoine Vigot :responsabilités de la France dans les politiques impérialistes

mercredi 15 septembre 2021  |  par  École Émancipée  | 

« Qu’est-ce qui est le plus important aux yeux de l’histoire du monde ?Les talibans ou la chute de l’empire soviétique ? Quelques excités islamistes ou la libération de l’Europe centrale et la fin de la guerre froide ? »
Ces propos de Zbigniew Brzezinski , néoconservateur et conseiller de Reagan, qui pronait le jihâd en 1979 à la frontière pakistanaise contre l’URSS, ont été tenus dans un entretien donné à Vincent Jauvert au Nouvel Observateur, en 1998 .

Sans doute l’inanité de la question est-elle apparue rapidement, il y a près de 20 ans, lors des attentats du 11 septembre 2001. Ceux-ci rappelaient cruellement, que l’importance historique des évènements ne peut se mesurer à l’aune du seul regard occidental fut-il celui du pouvoir américain à l’acmé de sa puissance.

Les 20 années de guerre contre la terreur ont été une période marquée par la montée des intégrismes réactionnaires de l’Asie à l’Amérique en passant par le Moyen-Orient, par un affrontement accru entre grandes puissances, avec des interventions des puissances occidentales au sein de l’OTAN.

Comme celle d’Irak, état failli, la guerre en Afghanistan est un désastre. Alors que le 15 août 2021, Kaboul, capitale de l’Afghanistan, était réinvestie par les Talibans, conséquence directe de cette guerre impérialiste. Leur retour au pouvoir était prévisible dès les accords de Doha, montrant par là même le peu de cas fait aux droits fondamentaux des Afghans et des Afghanes par les gouvernements occidentaux. La guerre d’ailleurs, ce sont encore les afghanes qui en parlent le mieux : l’Association révolutionnaire des femmes afghanes, expliquait que « l’occupation n’a entraîné que des effusions de sang, la destruction et le chaos. Elle a fait de notre pays l’endroit le plus corrompu, le moins sûr, le plus mafieux et le plus dangereux, surtout pour les femmes ».
Avec 25 % de sans emploi, 47 % de la population en situation de pauvreté et le tarissement de l’aide internationale, Afghanes et Afghans voient leur avenir bouché par la misère et ont désormais pour horizon politique une autre forme de terreur réactionnaire, celle imposée par les Talibans.

La France, dès 2001, sous le gouvernement Jospin, s’est alignée largement sur les Etats-Unis dans ce conflit. Jusqu’au désengagement de 2014, elle a participé à l’occupation et aux bombardements. Notre pays et donc notre gouvernement ont avec d’autres une part de responsabilité dans le chaos actuel. C’est nôtre tâche de militants internationalistes de le rappeler, or cet aspect est souvent passé sous silence au sein de la gauche française. L’accueil sans condition des Afghan.e.s est un minimum, surtout au bregard de l’extrême faiblesse des moyens engagés pour l’évacuation des auxiliaires afghans. Et n’évoquons pas ici les propos indignes de Macron sur les flux migratoires qui font cyniquement la courte échelle à l’extrême droite.

Le bilan humain de la guerre d’Afghanistan en septembre 2021 est terrible : 176 000 morts dont 46000 civils, près de 53 000 combattants du côté des adversaires aux Etats-Unis, 69 000 morts parmi les forces de sécurité afhanes supplétives des Etats-Unis, 2324 soldats et près de 4000 mercenaires américains, 1144 soldats de l’OTAN dont 90 Français .

Sur le plan financier, selon le projet universitaire américain Cost of War, le coût global des guerres post 11/09 pour les Etats-Unis dépassera les 8 000 milliarsd de dollars. Cette somme comprend 1000 milliards d’intérêts payés par l’État américain au titre de la dette contractée pour financer les interventions américaines. Les guerres impérialistes profitent aux financiers et aux marchands d’armes.

C’est à aussi à l’aune de cette donnée qu’il faut penser les interventions françaises de la Libye au Sahel. La fin de Barkhane annoncée en juin par Macron après le dernier coup d’État au Mali, n’est pas la fin de toute présence militaire. Or le bilan d’une décennie d’ intervention française risque fort de ressembler à celui de l’Afghanistan.

Le mouvement social, et notre syndicalisme ont tout intérêt à s’emparer de la question de l’impérialisme français, notamment pour ce qu’il est convenu d’appeler la « Françafrique ». La politique guerrière menée a des conséquences qui ne se limitent pas au terrain des opérations extérieures : il trouve son écho sur le territoire dans l’invention d’un ennemi intérieur, comme le rappellent tant par exemple la loi séparatisme que in fine la récente campagne Blanquer sur la laïcité. Le projet du SNU pour la jeunesse répond aussi à la logique guerrière. Même l’autoritarisme politique et le mépris du parlement, avec l’usage massif de « conseil de défense » pour gérer notre quotidien, comme pour la pandémie, s’inscrit dans cette continuité.

Le 25 septembre, des marches pour la paix, le désarmement nucléaire et le climat auront lieu dans plusieurs villes à l’initiative du mouvement de la paix. La FSU fait partie du collectif national d’appel. En même temps que nous devons étoffer notre réflexion autour de l’opposition aux guerres, il serait bienvenu que nous nous emparions de cette date.


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