Acte 3, scène 2 : Un drame qui se joue en farce

mercredi 2 novembre 2011  | 

La mémoire sélective du Président.

Le dernier sommet européen n’en a pas fini de durer.
A 4 heures du matin, ce mercredi 26 octobre, un accord non finalisé dans ses moyens a été annoncé.

Le débat, suivant tous les journaux, a été rude. Ce fut un vrai débat. Dont Nicolas Sarkozy, dans son intervention télévisée jeudi soir – mise en image par un opérateur privé, avec deux faire valoir incapables de mise au point face aux contre vérités présidentielles [1] -, n’a pas vraiment parlé tout à son souci de faire oublier ses 5 ans de présidence, la montée de l’endettement, sa politique en faveur des plus riches [2] et des capitalistes, le creusement des inégalités, la montée de la pauvreté et de la précarité sous les coups de butoir d’une politique d’austérité qui ne se trouve justifiée que la volonté de conserver les trois A [3].
Du coup, il a lié son sort à cette notation des agences du même nom dont les critères sont aussi insondables que leur appartenance à l’idéologie libérale et à leur incapacité de comprendre le monde, le tout se résumant dans le manque de personnel et l’absence d’enquête réelle.

Non seulement les finances de la France sont mises sous surveillance mais le taux d’intérêt à 5 ans – qui sert de référence – a connu un « spread » (un écart) de 100 points, soit 1% par rapport à celui de l’Allemagne.
Il n’est donc pas besoin d’être dégradé par les agences de notation pour connaître une augmentation du taux de l’intérêt. Il est vrai que la France a de faibles taux d’intérêt comparé à l’Espagne ou l’Italie – sans parler bien sur de la Grèce – mais les opérateurs financiers ont mis la dette française « sous surveillance ».
Le journal « Le Monde » daté du 29 octobre 2011 note que les CDS [4] sur la dette française sont orientés à la hausse, « la France est devenue le pays le plus assuré du monde » et « le montant total des assurances prises sur la France s’élèvent à 23,98 milliards de dollars, en hausse de… 67,46% sur un an » [5].
Pour dire que la crise des dettes souveraines est loin d’être terminée et qu’elle peut viser, après l’Italie, directement la France. Seule l’Allemagne semble, pour le moment, à l’abri. Mais on a vu avec la dégradation de la note des Etats-Unis que les agences de notation ne reculaient devant rien… pour gagner des parts de marché.

Il a voulu aussi faire oublier l’échec de son sauvetage des banques de fin 2008, début 2009.
Le gouvernement français – comme les autres gouvernements des pays capitalistes développés – avait prêté des capitaux aux banques pour les sauver, individuellement, de la faillite.
Cet afflux de liquidités a fait reculer, dans le temps, la faillite sans rien résoudre des causes structurelles de la crise, faute d’une nouvelle réglementation permettant de changer les règles et s’imposant aux opérateurs financiers.
Il a, ainsi, permis à ces opérateurs financiers de continuer comme avant, en faisant survivre un monde dépassé. Seulement, dans ce nouvel environnement, les terrains de spéculation s’étaient rétrécis, il en restait deux : les dettes souveraines et les matières premières.
Les conséquences sont barbares, la famine et la disette ont progressé comme la pauvreté dans les pays développés.

Cette crise bancaire a fait une nouvelle victime, Dexia.
Cette faillite marque le début de l’acte III de la crise systémique qui s’ouvre avec le krach boursier de début août 2011. Une faillite qui coûtera, suivant certaines estimations, 3 milliards à l’Etat français.
Le président s’est félicité des intérêts versés par les banques au moment de leur remboursement des prêts sans parler de cette perte sèche liés à la disparition de Dexia. Du coup, il se trouve obligé de recréer le CLF – Crédit Local de France –, pour gérer les emprunts des collectivités territoriales pris dans l’engrenage des emprunts toxiques. Ce CLF, Dexia l’avait fait disparaître à son profit.
Trois ans après, le gouvernement français demande à la Caisse des Dépôts et à la Banque Postale de le recréer… Sous une nouvelle forme, un « véhicule », soit un produit financier composite sur le modèle des CDO dans lesquels naviguaient les « subprimes » dans une absence totale de visibilité. La question ne lui a pas été posée…
Pourtant, cette faillite est la première d’une série qui peut être longue sans que les gouvernements aient forcément les moyens financiers de jouer une nouvelle fois les pompiers.
Les banques « gèlent » la compensation. Chaque jour, elles se réunissent, celles qui ont des liquidités prêtent à celles qui en a besoin. A chaque crise, les banques préfèrent augmenter leurs dépôts à la BCE plutôt que de se prêter les unes aux autres, ne sachant si l’autre banque ne va pas faire faillite.
Le même mouvement de retrait se retrouve dans les prêts aux entreprises faute de confiance dans les profits futurs ou ceux aux ménages. Elles accentuent ainsi la crise financière et économique. Elles cherchent des occasions de réaliser des bénéfices sans risque. Occasions qui se raréfient.
La banque suisse UBS a connu, à son tour, une « affaire Kerviel ». Un de ses traders, Kweku Adoboli lui a fait perdre 1,7 milliards d’euros en spéculant sur les matières premières – plus exactement sur des « trackers », des produits financiers composés d’indices de matière première –, marchés qui se sont brutalement retournés.
Comment prêter, dans ces conditions ? Si la réglementation ne change pas, les banques ne peuvent que poursuivre dans la même voie. La spéculation est directement issue des règles du système.
La réponse du gouvernement belge a été la nationalisation de la partie belge de Dexia. Pour restructurer la banque et lui éviter de disparaître corps et biens.


[1] Le site du Nouvel Observateur du samedi 29 janvier 2011 lui décerne trois Pinocchio pour trois affirmations mensongères, sur l’impôt sur les grandes fortunes rétabli en Espagne, sur le taux d’imposition – il a dit la France a le plus élevé d’Europe, il n’a pas regardé du côté des pays d’Europe du nord – et sur la réforme fiscale « une opération neutre alors qu’elle profite, certes temporairement, aux plus riches. Comme d’habitude.

[2] - Lire « Le président des riches. Enquête sur l’oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy », Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, réédition en poche de ce désormais best seller, revue et augmentée, La Découverte, Paris, 2011.

[3] - Nous ne parlerons pas ici de l’imbécillité de faire reposer sur les 35 heures tous les maux de l’économie et de la société française ou sur la retraite à 60 ans, en oubliant le grand mouvement social de l’hiver 2010. On peut y trouver deux sens. Le premier, politicard, il voudrait refaire la campagne de 2007 et le second, plus social, montrer qu’il veut continuer dans les attaques contre l’ensemble des salariés, jouant là encore la crispation sur une droite extrême pour gagner les voix du Front National, au moment où Marine Le Pen change de discours en s’adressant aux plus déshérités…

[4] CDS, credit default swaps, sont des instruments financiers d’assurance contre le risque de défaut de paiement d’un débiteur, entreprise ou Etat. Lorsque leur prix montent – ils sont cotés sur les marchés -, ils reflètent la perte de confiance dans la capacité d’un débiteur de rembourser sa dette et les taux d’intérêt suivent une pente ascendante.

[5] Citations extraites de l’article de Clément Lacombe, Le Monde opus cité.

[6] Voir mes articles précédents.

[7] Pour International Swaps and Derivatives Association.

[8] Voir l’article de Clément Lacombe, opus cité, titré avec quelque ironie : « L’abandon de créances n’équivaut pas à un défaut de paiement d’Athènes »…


Navigation par Thèmes