Acte 3, scène 2 : Un drame qui se joue en farce

mercredi 2 novembre 2011  | 

La mémoire sélective du Président.

Ce n’est pas seulement un échec sur le terrain de la crise financière.

Les classes dirigeantes ont été incapables de faire face à la crise systémique du capitalisme qui s’ouvre en août 2007 (l’Acte I de cette crise [6]) et qui s’est traduite par la faillite de Lehman Brothers, le 15 septembre 2008.
Ce fut un moment de prise de conscience des gouvernements du monde entier de la profondeur de la crise et similaire dans ses questions à la crise des années 1930. Malgré des « répliques » de plus en plus accentuées dont celle d’août 2011 - un krach qui a touché toutes les places financières - aucune réponse d’ensemble n’émerge.
Les gouvernements se sont enfoncés dans les politiques d’austérité ne comprenant pas la dimension nouvelle de cette crise. Elle suppose de sortir du modèle ancien, de ce régime d’accumulation mis en place dans les années 1980 – appelé capitalisme libéral – désormais clairement en faillite.

Au lieu de construire des nouveaux outils, à la fois théoriques et pratiques, les gouvernements ont continué dans la voie du libéralisme au moment où cette idéologie démontrait son incapacité à comprendre le monde.
Cette crise de légitimité de cette idéologie est une des dimensions de la crise systémique. Crise à la fois financière, économique, sociale, politique, culturelle et – cette dernière précède en fait toutes les autres – écologique. Une crise de civilisation au sens strict du terme. Une navigation à la godille découle de cette sous estimation.
Les gouvernements répondent au coup par coup, sans prévoir le coup d’après ni avoir une vision de moyen ou de court terme. Les forces centrifuges sont à l’œuvre faisant éclater toutes les solidarités. L’individualisation des questions prime dans un contexte où les politiques d’austérité déstructurent les solidarités collectives.

Ce rappel du contexte est nécessaire pour comprendre que l’accord réalisé ce 26 octobre au sein de la zone euro ne règle rien.
Le président a d’ailleurs fait aussi l’impasse sur les conséquences de cet accord pour se féliciter de l’entente cordiale France/Allemagne sur le dos de la Grande-Bretagne.
Il a ainsi vanté les mérites du modèle allemand sans préciser que l’Allemagne est la première puissance de la grande région Europe, et que ce « modèle » est vigoureusement contesté par les syndicats allemands. A quand un mouvement des indignés en Allemagne ?
Le modèle allemand, dans la bouche du président français mais aussi dans celle de la chancelière allemande, se réduit au périmètre des critères du Pacte de stabilité, soit à une politique d’austérité drastique. Politique imposée à tous les peuples de l’Europe au mépris de toutes les règles de la démocratie et sans s’interroger une seconde sur les effets dramatiques de ces politiques sur les populations qui ne l’acceptent pas comme sur la croissance fortement en berne.
La récession est à nos portes et ces politiques en précipitent l’arrivée tout en faisant reculer toutes les solutions de sortie de crise. De quoi provoquer une dépression. Du point de vue de l’économie, ces politiques sont une imbécillité.
Elles ne permettent ni de lutter contre la montée de l’endettement, ni contre les déficits faute de croissance. Même le FMI, dans ses rapports, met en garde les gouvernements contre une politique d’austérité qui tuerait la croissance. Le monde capitaliste développé entrera en récession dans l’année 2012. Ce n’est pas le frémissement de l’économie américaine qui changera la donne.
Pour l’économie française tous les ingrédients sont réunis. Baisse de l’investissement productif – on assiste même à une série de désinvestissements -, baisse de la consommation des ménages, déficit du commerce extérieur, aucun moteur de la croissance n’est en ordre de marche.
Elle sera d’autant plus profonde que le chômage est orienté à la hausse : plus de 5 millions de chômeurs, une montée du chômage de longue durée et la précarité pour tous les jeunes entrants sur le marché du travail. Le pouvoir d’achat, quoiqu’en dise les statistiques officielles, baisse et les ménages désépargnent.
Les entreprises ferment, se restructurent, licencient et suppriment des emplois, partout dans tous les secteurs y compris dans les banques ou les compagnies d’assurance menacées à leur tour par le risque de faillite.


[1] Le site du Nouvel Observateur du samedi 29 janvier 2011 lui décerne trois Pinocchio pour trois affirmations mensongères, sur l’impôt sur les grandes fortunes rétabli en Espagne, sur le taux d’imposition – il a dit la France a le plus élevé d’Europe, il n’a pas regardé du côté des pays d’Europe du nord – et sur la réforme fiscale « une opération neutre alors qu’elle profite, certes temporairement, aux plus riches. Comme d’habitude.

[2] - Lire « Le président des riches. Enquête sur l’oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy », Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, réédition en poche de ce désormais best seller, revue et augmentée, La Découverte, Paris, 2011.

[3] - Nous ne parlerons pas ici de l’imbécillité de faire reposer sur les 35 heures tous les maux de l’économie et de la société française ou sur la retraite à 60 ans, en oubliant le grand mouvement social de l’hiver 2010. On peut y trouver deux sens. Le premier, politicard, il voudrait refaire la campagne de 2007 et le second, plus social, montrer qu’il veut continuer dans les attaques contre l’ensemble des salariés, jouant là encore la crispation sur une droite extrême pour gagner les voix du Front National, au moment où Marine Le Pen change de discours en s’adressant aux plus déshérités…

[4] CDS, credit default swaps, sont des instruments financiers d’assurance contre le risque de défaut de paiement d’un débiteur, entreprise ou Etat. Lorsque leur prix montent – ils sont cotés sur les marchés -, ils reflètent la perte de confiance dans la capacité d’un débiteur de rembourser sa dette et les taux d’intérêt suivent une pente ascendante.

[5] Citations extraites de l’article de Clément Lacombe, Le Monde opus cité.

[6] Voir mes articles précédents.

[7] Pour International Swaps and Derivatives Association.

[8] Voir l’article de Clément Lacombe, opus cité, titré avec quelque ironie : « L’abandon de créances n’équivaut pas à un défaut de paiement d’Athènes »…


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