Pas si joli le mois de mai...

Isabelle Sargeni-Cheteau
mardi 6 septembre 2011  |  par  ÉÉ Revue  | 

Le premier mai avait donné le ton : un dimanche ensoleillé certes, de bien timides manifestations et en prime-time le discours de Marine le Pen surfant sur la misère sociale pour justifier encore et encore racisme et islamophobie.

La présidentielle se prépare, la droite ne part pas battue entendant bien réveiller et stimuler les réflexes les plus antisociaux que nourrissent les crises économiques, sociales, écologiques. En témoignent la récente prestation de Laurent Wauquiez à propos du RSA contre « les dérives de l’assistanat, cancer de la société française » ou les tentatives de limiter l’accès des immigrés aux droits sociaux.
Avec la haine raciale, la haine sociale… Redoutable phénomène, européen, que la montée généralisée des populismes. L’immigré, l’immigré pauvre, le pauvre si souvent issu de l’immigration, devient l’ennemi, celui qu’on stigmatise, que l’on veut confiner dans les « quartiers » ou parquer en dehors des frontières.

- Après avoir salué la révolution de jasmin, avoir participé aux frappes de la coalition contre Kadhafi, les gouvernements européens sont fébriles. Lampedusa ne fait plus rêver les touristes mais des milliers de migrants venus de Tunisie, de Libye et souvent de bien plus loin en Afrique, des hommes et aussi des femmes, des enfants qui fuient les guerres et la misère. Volonté des Berluskozy de suspendre les accords de Schengen, projet de fermeture des frontières au Danemark… certains en viendraient presque à rêver d’un vrai mur pour préserver leur Europe libérale, un mur qui ne laisserait filtrer que les « bons » immigrés, ceux dont « notre » économie a besoin. Cauchemar !
La vraie victoire contre le terrorisme et l’obscurantisme religieux, ce n’est pas l’exécution de Ben Laden par les commandos d’Obama, ce sont justement ces révolutions arabes qui se font au nom des revendications sociales et démocratiques. Leur cheminement sera sûrement lent et chaotique mais elles ouvrent un avenir.

- En France, une récente étude de l’Insee confirme que les inégalités se sont creusées du fait d’un spectaculaire enrichissement… des plus riches ! La fin du bouclier fiscal s’accompagne d’une réforme de l’ISF qui les comble. Continuer à baisser le coût du travail, en finir par tous les moyens avec le « modèle social » français et se rallier au pacte de compétitivité d’Angela Merkel, tel est le programme MEDEF/UMP dans les mois à venir.
Les services publics se dégradent de façon continue avec les conséquences lourdes voire dramatiques de la réorganisation territoriale de l’État et de la RGPP. Les questions du pouvoir d’achat, avec celles de l’emploi et de la précarité, celles de la hausse indue des prix des loyers, de l’essence ou de l’électricité, reviennent en force, pour tous, salariés du public et du privé.
On ne peut que constater l’effet-retard de la fin avortée de la mobilisation sur les retraites et du manque de perspectives interprofessionnelles. En France, le mois de mai se terminera par une journée d’action dans la Fonction publique, centrée sur les salaires et le pouvoir d’achat. Fera-t-elle date dans un contexte social pour le moins atone ? En Grèce, le FMI passe aux choses sérieuses et dresse la population contre lui.

- Alors, pendant que Sarkozy et ses ministres, taraudés par le calendrier électoral, mettent les bouchées doubles, face à l’injustice sociale criante, il n’y aurait rien à faire ensemble qu’à attendre 2012 en suivant les accords-désaccords des grands de la politique ? Après l’élan du printemps arabe, le courage et la détermination de peuples confrontés à la répression, à des dictatures enfin reconnues comme telles, on pourrait se contenter de commenter le risque « Le Pen » sans s’affronter à ce qui continue à faire le lit de la xénophobie et du rejet ? Il n’en est pas question ! Et c’est bien cette conviction qui anime les manifestants du contre-G8 au Havre et toutes celles et ceux qui continuent à coup d’occupation d’écoles, de résistances diverses à essayer d’enrayer la machine folle du libéralisme, à essayer coûte que coûte de donner corps à d’autres possibles.

Le 13 mai 2011.


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