Le fichage (CR de l’atelier des JEEE)

Commission du 5 juillet 2011 animée par Cécile Ropiteaux et Brigitte Cerf
lundi 5 septembre 2011  | 

Compte rendu téléchargeable en bas de page.

- J’ai 3 ans, j’entre à l’école, me voilà avec un INE (Identifiant National Élève) qui va me suivre tout au long de ma scolarité ; j’entre aussi dans Base Élèves.
- 7 ans : Évaluations CE1, mes résultats sont traités informatiquement.
- 10 ans : je suis en CM, mon enseignant-e remplit le LPC pour me permettre de rentrer au collège ; dans la cour, on s’est moqué des filles, du coup on n’a pas validé le palier des compétences sociales et civiques.
- 14 ans : Je suis au collège, la mairie enregistre sur mon dossier mon absentéisme scolaire, la fiche sera croisée avec celle de ma famille (allocs, …)
- 15 ans : Je me suis fait arrêter avec ma bande de copains pour chahut dans un hall d’immeuble, me voilà fiché pour au moins 15 ans, l’excuse de minorité ne marchera pas et l’info restera dans mon dossier ; on me le rappellera lorsqu’à 17 ans je me ferai arrêter en manif.
- 16 ans : Pour discuter avec mes copains j’ai un compte facebook et je télécharge mes groupes préférés. Mais Hadopi me rattrape pour cause de téléchargement, voilà mon internet sous surveillance.

Et j’en oublie sûrement … Si mon parcours est linéaire et que je ne croise jamais la police, je suis pourtant « multifiché-e ».

* * *

Du simple fichier papier aux grandes bases de données informatiques, le fichage des populations dépasse le cadre des données administratives et s’étend aux données biologiques via des prélèvements d’ADN notamment. À la fois moyen de gestion et de surveillance des populations, l’activité de fichage s’est considérablement accrue au cours de l’histoire - en même temps que se renforçaient les domaines d’intervention et les moyens de police des puissances publiques - pour devenir aujourd’hui une des caractéristiques de la société moderne.

Tout cela n’est pas nouveau : Petit aperçu historique jusqu’à 1945 (source : Wikipédia)

Le Livret ouvrier, mis en service par Napoléon au début du XIXe siècle, sert à surveiller les déplacements des classes populaires. Avant lui, au XVIIe siècle, Louis XIV avait déjà mis en place des papiers visant à surveiller les artisans du royaume. Le Carnet B (début du XXe siècle) : son but est de repérer les suspects d’espionnage, les éléments antimilitaristes, les Français et les étrangers susceptibles de menacer l’ordre intérieur, notamment les militants politiques et syndicaux. Les machines Hollerith (à cartes perforées) vont permettre aux nazis, à partir de 1933, d’améliorer leurs techniques de recensement, notamment des juifs, mais également d’organiser de façon méticuleuse la déportation. Sous la Troisième République, le policier André Tulard fiche les communistes ; il fait de même pour les juifs sous Vichy. Ce « fichier Tulard » a été transmis à la Gestapo à Paris. Il sera principalement utilisé pour l’organisation de la rafle du Vélodrome d’Hiver. En 1942, le régime de Vichy créé un Fichier de la batellerie.

INE, Base Élèves, LPC, sécu, les cartes de fidélité, téléphone, internet carte de transport, banque, CB, logement (SIAO pour les demandeurs d’hébergement), impôts, prestations sociales, suivi psychiatrique…

Chacun de nous est en général présent dans des centaines de fichiers qu’ils soient publics (ceux des nombreuses administrations) ou privés (les fichiers commerciaux et bancaires principalement). Les risques de détournement, d’utilisation frauduleuse… sont nombreux. Tous les États démocratiques modernes se sont dotés de lois définissant et encadrant l’exercice du fichage. En France nous avons la Loi informatique et liberté et la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés). On dénombre aujourd’hui pas moins de 56 fichiers de police, toutes les catégories de population sont visées. Et cela dès la petite enfance, gardant en mémoire nos faits et gestes même les plus anodins. Le croisement de tous ces fichiers permet un véritable tramage de la population, ne laissant que peu de champ à nos libertés.


Documents joints

CR Commission Fichage JEEE
CR Commission Fichage JEEE

Portfolio

Base élèves = fichage

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