Europe : quel syndicalisme face à l’offensive anti-sociale ?

Sophie Zafari.
dimanche 3 avril 2011  |  par  ÉÉ Revue  | 

A partir du « Plan de sauvetage de la Grèce » concocté par l’UE, le FMI et la Banque centrale européenne en mai dernier, des plans d’austérité drastiques ont commencé à se multiplier aux quatre coin de l’Europe, traduisant la volonté des classes dominantes européennes de prendre prétexte de la crise et des déficits publics provoqués par le sauvetage des banques pour mener une offensive frontale contre les salariés et leurs droits sociaux.

On assiste à une montée des mobilisations contre ces plans d’austérité, avec une nouvelle vague ces derniers mois : en Irlande et en Autriche le 27 novembre dernier, au Portugal, avec une grève générale historique le 24 novembre, des mobilisations étudiantes en Italie et au Royaume-Uni… Mais cette réaction est encore éparse et incertaine quant à ses rythmes et ses objectifs. Elle manque cruellement de coordination à l’échelle européenne, sans direction et sans alternative face au rouleau compresseur d’une offensive capitaliste sans précédent.
Les premières réactions de la part des organisations syndicales n’ont pas vraiment été à la hauteur de cette offensive. Un peu partout, la riposte a été lancée de manière dispersée entre les secteurs publics et privés, menée de manière insuffisamment déterminée et avec des mobilisations espacées dans le temps.

Quelle stratégie ?

Cette désorientation s’explique par un manque de stratégie et d’opposition des principales organisations syndicales et de la CES elle-même face au néolibéralisme et à la construction européenne. On peut certes noter depuis plusieurs mois une inflexion dans le discours, l’orientation : critique de la stratégie Europe 2020, ce qui n’avait pas été le cas pour la stratégie de Lisbonne. La CES cherche à construire un agenda de mobilisations - le 29 septembre dernier par exemple. Cependant elle se refuse encore à une véritable confrontation avec les institutions et les politiques de l’UE. De plus, son message, en ces temps de crise, reste centré sur l’exigence d’un bon fonctionnement du système, de mesures d’austérité équitables et de plans de relance efficaces !
Cette orientation, ce manque de combativité proviennent du choix originel de la CES de se couler dans le moule du « dialogue social », orchestré par une Commission européenne omniprésente dans les réunions dont elle fixe elle-même le plus souvent les thèmes en débat.
Ces dernières années, ce dialogue a été mis à mal par les institutions européennes et la CES s’est elle-même interrogée sur sa stratégie. Elle a aussi connu des changements, dus à la diversification à la fois géographique et syndicale de sa composition. Son fonctionnement n’est plus aussi consensuel qu’à ses débuts : elle connaît aujourd’hui des débats et des controverses internes, dont il faut espérer qu’ils iront dans le sens d’une repolitisation et d’une mise en action véritable du mouvement syndical européen. C’est bien ce dont les salariés de l’UE ont besoin face aux politiques patronales et gouvernementales !

La FSU et/à la CES…

Le congrès de la FSU de 2010 décidait d’une consultation interne sur une éventuelle demande d’affiliation à la CES « afin de participer à la construction d’un rapport de forces en faveur des salariés au niveau européen… ». Il est plutôt positif de se poser la question en ces termes et de l’inscrire dans la perspective de renforcer l’activité de la FSU à l’échelle européenne. Il est vrai qu’en terme de structure syndicale européenne, seule la CES rassemble l’essentiel des syndicats européens (le pire comme le mieux…).
Ce n’est qu’avec de fortes critiques et sans illusions que la demande d’affiliation de la FSU à la CES peut s’envisager. Mais la question d’une telle affiliation ne peut être la seule réponse (ni même devenir son axe prioritaire) à la nécessité de développer une activité européenne et de construire les rapports de force nécessaires.
Ce n’est certainement pas par « proximité » (sous forme de rapprochements sur l’orientation, la stratégie, les pratiques…) de la FSU et de ce qui domine à la CES que la demande d’affiliation peut s’envisager. Il ne peut s’agir d’un changement stratégique de la FSU : faire moins de « mouvement social » au profit d’un syndicalisme « institutionnel » !
Il s’agit d’y porter l’orientation de la FSU et notamment la nécessité de construire la confrontation et les rapports de force contre le patronat européen, la Commission européenne et ses politiques. Il faut y promouvoir la nécessité de travailler à cela sans exclusive vis-à-vis des mouvements syndicaux et sociaux qui s’inscrivent dans cette perspective. Il faut cependant être « réaliste » et ne pas sous-estimer le rapport de force interne à la CES, le poids de l’appareil, l’inclusion dans les institutions européennes qui joueront contre cela ! Il conviendra donc d’articuler une éventuelle participation à la CES avec l’investissement dans le FSE ( Forum Social Européen) et dans le mouvement social européen.

Développer un mouvement social européen…

La FSU doit renforcer son implication dans tous les cadres de rencontre, de luttes (FSE et autres collectifs, initiatives liés à ce processus) et agir pour construire les mobilisations indispensables au niveau européen.
La seule voie possible et réaliste afin de bloquer les attaques antisociales et passer à la nécessaire contre-offensive à l’échelle européenne est un plan d’action déterminé et croissant, autour d’une exigence : le retrait de toute mesure d’austérité sur le dos des travailleurs.
C’est d’un syndicalisme européen qui s’inscrive dans cette perspective dont nous avons besoin !


Documents joints

Page 32. Europe : quel syndicalisme...
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