Venezuela. Révolution bolivarienne : le quio-proquo permanent

Fernando Esteban
dimanche 3 avril 2011  |  par  ÉÉ Revue  | 

Après onze ans de révolution bolivarienne, les premiers bilans s’imposent, et force est de constater qu’ils sont contrastés. L’une des raisons de cette analyse en demi-teinte est sans aucun doute le manque de clarté théorique qui fait du « laboratoire du socialisme du XXIe siècle » un fourre-tout idéologique.

Hugo Chávez a décidé de faire de la question du logement et du pouvoir d’achat ses deux priorités pour 2011…
Sur la question du logement, les pluies diluviennes de décembre ont provoqué la mort de 38 personnes et jeté à la rue 130 000 autres qui ont vu leurs maisons de terre avalées par des torrents de boue et d’eau. Cela a rappelé cruellement combien la question du logement est essentielle dans une ville comme Caracas où 3 des 4 millions d’habitants que compte la ville vivent dans des barrios où règne la plus grande précarité. Ces inondations sont venues accentuer la problématique déjà compliquée de l’habitat, alors que le gouvernement bolivarien a construit à peine 300 000 logements en 10 ans, la moyenne la plus basse de ces 40 dernières années.
Sur la question du pouvoir d’achat, l’inflation annuelle (26,9 % officiellement en 2010, le taux le plus élevé d’Amérique latine pour la cinquième année consécutive, mais la réalité approche plutôt les 45 à 50 %) fait que les Vénézuéliens voient leur pouvoir d’achat diminuer très rapidement ce qui les oblige à s’endetter chaque jour un peu plus. Endettement par ailleurs encouragé par Banco de Venezuela (nationalisée il y a plus d’un an) qui offrait des crédits à la consommation exceptionnels pour les fêtes. Durant plus d’un mois, une campagne publicitaire de la banque bolivarienne incitait les Vénézuéliens à faire littéralement « chauffer la carte de crédit »…
La question de la TVA est également révélatrice d’embardées idéologiques. Celle-ci se situe actuellement à 12 %, après avoir été abaissée de 16,5 % en 1998 à 9 % en 2007 et 2008, années d’abondance pétrolière. Mais l’Etat vénézuélien a besoin de fonds et Hugo Chávez annonçait, le 13 décembre dernier, une possible hausse de la TVA espérant récupérer dans les poches des contribuables 5 milliards de bolivars (1,2 milliards de dollars) pour chaque pour cent d’augmentation. Or un accroissement de la TVA ne ferait qu’accentuer l’inflation. Cela n’a pas empêché nombre de responsables de la bureaucratie bolivarienne de monter au créneau pour défendre cette nouvelle mesure « socialiste » oubliant de préciser que la TVA reste l’impôt le plus inégalitaire qui soit. Ce n’est pas la première fois que la dialectique marxiste révolutionnaire est appelée à la rescousse pour peindre en rouge des mesures d’inspiration libérale. Cela entretient une confusion permanente bien pratique entre Socialisme et Etat-providence. Si Chávez a finalement renoncé à cette hausse en expliquant que les cours élevés du pétrole permettaient de s’en dispenser, le débat fut révélateur des errements idéologiques. Passées les premières années où les nombreuses missions pour l’éducation et la santé ont semé de nombreux espoirs, le processus bolivarien peine à confirmer. Et ce n’est pas la nouvelle série de lois habilitantes qui va dissiper les doutes. Car si certaines des lois vont dans le bon sens, certaines autres, et la façon dont elles sont appliquées, laissent un arrière goût amer.

Légiférer par décrets pour contrer l’assemblée nationale

A quelques jours de l’entrée en fonction de la nouvelle Assemblée nationale, les députés viennent en effet d’autoriser le président vénézuélien à légiférer par décret pendant 18 mois, pour la troisième fois en onze ans. A chaque fois, les partis d’opposition et les médias ont dénoncé une dérive autoritaire du gouvernement (les lois promulguées lors de la première habilitante avaient provoqué une réaction radicale de l’opposition qui avait mené au coup d’Etat du 11 avril 2002). Aujourd’hui, la Mesa de la Unidad Democrática (Table de l’unité démocratique, coalition regroupant les différents partis d’opposition) dénonce une inhabilitation du Parlement alors que les partis de la MUD viennent d’y faire leur grand retour le 5 janvier dernier, lors de l’entrée en fonction de la nouvelle Assemblée nationale issue des élections du 26 septembre 2010.
Officiellement, la loi habilitante accordée au président vénézuélien le 17 décembre vise à « faire face à l’urgence et à la crise » provoquées par les fortes pluies et inondations qui ont affecté le pays ces dernières semaines. Le premier décret adopté par Hugo Chávez est en effet la création d’un fonds de 10 milliards de bolivars (2,3 milliards de dollars) pour la reconstruction de zones touchées. Cependant, l’habilitante permet aussi au Comandante de légiférer dans d’autres domaines tels que sécurité et défense, fiscalité, aménagement du territoire, utilisation des terres rurales et urbaines, logement, infrastructures, transports, services publics et accords internationaux (entre autres).


Documents joints

Pages 28-29. Révolution bolivarienne...
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