CIMADE : 70 ans Contre le racisme !

Interview de... Jerôme Martinez
mercredi 30 mars 2011  |  par  ÉÉ Revue  | 

Jérôme Martinez est secrétaire général de la Cimade, qui vient de clore une année de réflexion et de bouleversements en fêtant ses 70 ans.

EE : Peux-tu nous rappeler ce qu’est la Cimade et quelle est sa place dans le paysage français des associations sur l’immigration ?

Jérôme Martinez : Fêter durant une année les 70 ans de la Cimade était intéressant car nous avons pu mesurer le chemin parcouru. C’est une association qui est née en 1939 et a gardé une certaine proximité avec les mouvements protestants.
Au départ, elle n’était pas spécialisée sur les migrants mais sur les personnes déplacées avec les évacués d’Alsace Lorraine (déplacement des protestants alsaciens vers le sud de la France). Elle a été ensuite présente dans les camps d’internement de Vichy, puis très active dans la protection des enfants juifs et dans la Résistance. Depuis les années 1970, il y a une prédominance de la problématique des réfugiés politiques et ensuite des migrants.
L’histoire de la Cimade a suivi de près celle des migrations en France et en Europe avec des réalités très différentes selon les périodes. Elle est présente dans les Centres de Rétention Administrative depuis 1984. Il s’agissait au départ d’une mission confiée par le gouvernement de l’époque (notamment Pierre Joxe et Robert Badinter) qui souhaitait y faire intervenir des gens extérieurs à l’administration, donc une association. Certains membres de ce gouvernement connaissaient l’action de la Cimade, particulièrement dans les camps d’internement de la Seconde guerre mondiale ou dans les différents camps de regroupement de populations indésirables des années 1950 et 60. Cette mission s’est poursuivie avec le développement des centres de rétention et a beaucoup évolué avec le temps. D’une mission d’aide humanitaire, elle est devenue une mission juridique au fur et à mesure de la multiplication des lois répressives.
Pendant très longtemps, cela a été accepté sans trop de problèmes par les pouvoirs en place, quel que soit leur bord politique, estimant qu’il y avait un rôle nécessaire de regard extérieur qui devait être indépendant.
Mais la parole publique de plus en plus forte de la Cimade a commencé à poser problème au gouvernement actuel. C’est ce qui a amené le conflit très dur avec Hortefeux puis Besson sur la réforme de la mission associative dans les centres de rétention, justifiée pour le gouvernement par l’ouverture à d’autres associations. Nous savions que le but était clairement de nous mettre dehors et de nous faire taire.
Au-delà de cette action spécifique dans les centres de rétention, la Cimade se développe beaucoup aujourd’hui par ses actions de terrain. Elle a doublé le nombre de ses bénévoles en 6/7 ans, surtout dans ses groupes locaux (80 aujourd’hui pour plus de 2 000 adhérents). Dans le même temps, sa « sociologie » s’éloigne de sa base protestante initiale. C’est aussi dû à l’augmentation de sa visibilité car maintenant elle s’exprime plus fortement sur la place publique et a développé de nombreux espaces de formation interne qui permettent à notre réseau d’être plus actif dans la défense des droits.


[1] Agence des frontières européennes extérieures, créée en 2004 par l’UE.

[2] Office français de protection des réfugiés et apatrides


Documents joints

Pages 7-8. Cimade.
Pages 7-8. Cimade.

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