Actualité. La crise ? Tout va bien, merci...

Isabelle Sargeni-Chetaud
mercredi 30 mars 2011  |  par  ÉÉ Revue  | 

Merci pour… les actionnaires et les traders, bien récompensés de leurs errances financières par une distribution record des entreprises du CAC 40 au titre de 2010 : 40 milliards ! Excusez du peu…

Non merci pour la casse du code du travail, des services publics, dont l’éducation, de ce qui met en jeu l’avenir de tous. Après le mouvement exceptionnel sur les retraites du premier trimestre, le plus gros risque reste la résignation, l’attentisme de lendemains qui ne chanteront pas… si on laisse faire !
Alors, bonne année 2011 ? Remise en question des 35h (avec mention spéciale à l’ami des salariés Manuel Valls !), du statut de la Fonction publique, de l’indemnisation du chômage... l’UMP poursuit une campagne médiatique bien orchestrée pendant que le gouvernement légifère à tour de bras et que la majorité parlementaire suit.
Des bons vœux de Chatel, Baroin et consorts, pour le service public et les salariés, on sait ce qu’il en est et ce qu’il en sera sans réaction sociale à la hauteur… et qu’on ne nous parle pas de cérémonies « républicaines » quand ce gouvernement bafoue chaque jour un peu plus la démocratie !

Qui sème la misère...

Partout dans le monde, les conséquences des politiques initiées par le capitalisme financier pèsent sur les populations. Les pays européens ne sont toujours pas à l’abri de la spéculation sur leurs dettes et le doublement prévu du fonds de secours européen (1500 milliards !) ne résoudra pas à lui seul la fuite en avant vers toujours plus de plans de rigueur, toujours plus de pression sur l’emploi et les salaires et toujours moins de taxation pour les profits et les multinationales.
La misère, les malversations au plus haut niveau gangrènent des pays entiers, faisant le terreau du racisme et du fanatisme religieux. L’Europe, les travailleurs européens ne pourront pas penser sortir seuls d’une situation créée et entretenue par le capitalisme mondialisé, qui, lui, soutient bien et partout ses intérêts.
Comment s’étonner des « révoltes sociales » en Algérie ou surtout ces dernières semaines en Tunisie ? Comment ne pas être révoltés par les tirs sur les manifestants, les discours politiciens ? Si les télés et les radios ont couvert des affrontements sanglants, les gouvernements de l’Europe ont continué jusqu’à la fuite de Ben Ali de détourner poliment les yeux des atteintes à la démocratie. Parce qu’in petto beaucoup d’entre eux n’hésiteraient pas à faire de même sans l’histoire sociale de l’Europe ?

Toujours en colère, sans résignation

La réponse à la crise, à ses conséquences violentes passe d’abord par une modification radicale de la répartition des revenus. Elle ne fera pas l’économie d’un véritable affrontement social. C’est à cela que nous devons continuer à travailler, dans tous les secteurs, en saisissant toutes les occasions de batailles mais aussi d’explicitation auprès du plus grand nombre des enjeux économiques, politiques et de la portée d’un vrai « tous ensemble », d’une grève générale. C’est ce qui a émergé cet automne en France dans l’opinion, c’est ce qu’il faut continuer à faire fructifier. Partout, il faut relancer les dynamiques de mobilisations, même si c’est à un « niveau » moins élevé que celui atteint cet automne.
Les échéances ne vont pas manquer : le 15 janvier contre la LOPPSI, le 20 janvier contre la précarité, puis les États-Généraux des Services Publics les 29 et 30 janvier.
« Fiers du Service Public », ce slogan de la FSU doit prendre corps au-delà d’une campagne de communication ambitieuse. Les Services Publics, la Fonction Publique sont ouvertement menacés dans leurs moyens et leurs structures. La précarité prend de nouvelles formes et, notamment avec le CDI qui arrive dans la Fonction publique, sert de cheval de Troie à ceux qui ont déjà décidé qu’il n’était plus question de « fonctionnaires à vie ». Les transformations de fond à l’œuvre au niveau de l’État, des ministères, des territoires posent des défis nouveaux au syndicalisme et particulièrement à une FSU essentiellement structurée par un syndicalisme de la défense des personnels et de leurs statuts.

Dans l’éducation

La journée nationale du 22 janvier trouvera-t-elle des suites mobilisatrices et déterminées ? C’est l’enjeu d’un plan d’action articulant dès février grève puis manifestation nationale en mars.
La question de la « dépendance » se profile dans le prolongement du dossier retraites avec volonté gouvernementale d’ouverture aux assurances privées et d’individualisation du risque en rupture totale avec les principes de solidarité.
Le syndicalisme trouvera-t-il les ressources pour prévenir et contrer les nouvelles agressions ? Une réactualisation de la plate-forme interprofessionnelle est en cours. Espérons que, malgré les divisions bien visibles dans nombre de secteurs et la pré campagne pour les élections Fonction publique, elle puisse aboutir. Car il s’agit bien maintenant et sans attendre 2012, comme tant nous le serinent, de trouver un nouvel élan qui renforce la confiance des salariés dans l’action collective.


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