Education prioritaire : 2010, année sombre

vendredi 28 janvier 2011  | 

Le dispositif CLAIR (Collège, Lycée, Ambition, innovation, Réussite) poursuit le démantèlement des ZEP amorcé en 2006 par De Robien avec la mise en place des RAR et RRS. CLAIR constitue un véritable programme de gestion visant la dérégulation pédagogique et des statuts des personnels. Mis en place à titre expérimental dans certains collèges RAR depuis septembre 2010, il doit être généralisé aux écoles primaires à la rentrée 2011 pour devenir ECLAIR.

Depuis la création des ZEP en 1981, les plans de « relance » se sont succédés ; celui de 2006 a constitué la première rupture avec le projet originel. Il ne s’agissait plus de « donner plus à ceux qui ont moins », mais « d’individualiser les parcours » en renvoyant la responsabilité des réussites et des échecs à l’individu et sa famille, niant l’impact de l’environnement économique et social et de l’élitisme du système scolaire. La logique de zone était remise en question (assouplissement de la carte scolaire, recentrage sur les collèges RAR), les moyens spécifiques étaient considérablement réduits (suppression des Aides Éducateurs, alignement des seuils sur les écoles hors EP, diminution drastique de la scolarisation des moins de 3 ans). Pourtant, un bilan de la DGESCO qui vient d’être rendu public confirme que les moyens supplémentaires permettent effectivement la réduction des écarts de réussite scolaire… Sans attendre ce bilan, Luc Chatel annonçait le programme CLAIR en avril 2010 à la sortie des États Généraux de la violence en milieu scolaire.

Dans son allocution aux chefs d’établissement en juillet 2010, Chatel s’appuyait sur le concept de l’égalité des chances pour justifier sa politique. Il insistait surtout sur sa volonté de remettre la règle au cœur de la vie scolaire, de redonner sa dimension éducative à la sanction, et de conduire des actions ciblées dans les établissements où le climat est dégradé. Ces défis devaient être relevés grâce à des « innovations ». Sur le plan pédagogique, la possibilité de ne pas appliquer les règles nationales en matière de programme, d’horaires et organisation pédagogique. Sur le plan de la vie scolaire, la création d’un préfet des études pour chaque niveau, désigné sur profil, dont la mission est de rétablir le respect de la norme et l’autorité de l’adulte. Sur le plan des ressources humaines, le recrutement des personnels sur proposition des chefs d’établissement, par un système de postes à profil et d’entretien, une affectation pour une période de 5 ans, des résultats pris en compte dans l’évaluation des enseignants avec possibilité d’avancement au grand choix ou nomination à un grade supérieur…

D’après les dires du MEN, ce dernier volet ne concernerait pas le premier degré. Quoiqu’il en soit le SNUipp-FSU ne peut accepter ce démantèlement de l’Éducation prioritaire, il doit engager le débat avec les collègues et les parents d’élèves.


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