Palestine : défier le désespoir

Sophie Zafari.
mercredi 26 janvier 2011  | 

De retour du Forum mondial de l’Éducation (FME) en Palestine (28-31 octobre)…
La situation générale en Palestine occupée a quasiment atteint un point de « non-retour ». Le gouvernement israélien, un des plus bellicistes de l’histoire d’Israël, s’emploie à anéantir les chances restantes de faire la paix, principalement en construisant de nouvelles colonies et en rétrécissant toujours plus l’horizon des Palestiniens.

La société palestinienne, quant à elle, est divisée, et l’Autorité palestinienne de plus en plus discréditée. Son « choix » d’accepter les diktats de l’UE ou des Etats-Unis, en échange d’aides économiques substantielles, est très contesté. Certes, à Ramallah, nous avons pu voir des logements et des écoles en bon état ; certes, les fonctionnaires de Cisjordanie ont pu être payés. Mais la plupart des palestiniens – notamment les réfugiés, les palestiniens de 48, les habitants de Jérusalem-est, ceux des villes de Cisjordanie, isolés, coupés du monde – ne se font aucune illusion sur les « négociations », et développent des formes disparates, éclatées, spontanées de mobilisation.
Ainsi le lancement du Forum mondial de l’Education en Cisjordanie a eu lieu dans le quartier de Silwam, où les habitants mènent un combat incessant pour résister aux expropriations.
L’isolement de la Bande de Gaza et la fragmentation de la Cisjordanie en plusieurs dizaines d’entités territoriales séparées les unes des autres par des points de contrôle israéliens réduisent non seulement l’activité économique mais aussi politique. Le fait que le FME se soit tenu est en cela une victoire. Mais nous avons pu vérifier à quel point celles et ceux qui veulent construire un mouvement et poursuivre la résistance sont confrontés à des difficultés majeures : pour se déplacer, pour se réunir, pour mener des actions en commun sur l’ensemble du territoire… L’asphyxie économique conduit la quasi-totalité des habitants des territoires palestiniens à se préoccuper en premier lieu de leur survie.

Organiser un Forum, un défi de taille

Les comités de préparation, constitués d’organisations de la société civile, de syndicats en Cisjordanie et à Gaza, de coalitions civiles et d’organisations arabes dans les villes de 1948, ont travaillé dans différents sites (Beyrouth, Cisjordanie, Jérusalem, Gaza, Haifa).
La délégation venue de France, avec près de 150 personnes, était la délégation la plus importante, suivie par la québécoise.
Les activités – marches de solidarité, conférences, ateliers, activités culturelles, sportives et festives, activités dédiées aux enfants et aux jeunes – étaient organisées simultanément dans les différents sites. En Cisjordanie, le forum s’est ouvert avec la marche des solidarités qui a réuni 3 000 manifestants environ dans les rues de Ramallah, suivie d’une cérémonie au cours de laquelle les intervenants ont insisté sur l’importance de cet événement, et qu’il se tienne à Ramallah dans un contexte difficile, sur l’importance de la solidarité internationale et sur la contribution du forum pour enrichir l’expérience internationale sur l’éducation. Le forum a démarré aussi à Gaza avec une participation palestinienne et internationale défiant le siège israélien imposé depuis des années.
Le FME a montré que les Palestinien-nes ont une riche expérience à offrir : non seulement quant aux moyens de développer une lutte politique pour leurs droits inaliénables, mais aussi une expertise dans le domaine de l’éducation et des échanges d’expériences éducatives. Les jeunes Palestiniens sont pourtant confrontés quotidiennement aux atteintes à leur droit à l’éducation, en raison de l’occupation israélienne qui, depuis 43 ans, s’emploie à paralyser le système éducatif palestinien : fermeture ou destruction des écoles, arrestations de professeurs ou d’élèves, obstacles à la circulation à l’intérieur des Territoires palestiniens ou pour se rendre à l’étranger, passages de check-points ou du Mur pour se rendre à l’école ou à l’université…

Solidarité contre l’impunité

Le Forum a appelé, dans le cadre de ses sessions de clôture, les partis palestiniens à dépasser leur division et fait le vœu de l’unité du Peuple palestinien face à la politique israélienne d’agression. Il a insisté sur la nécessité de s’occuper de l’éducation des opprimés, en demandant aux gouvernements de dédier une plus grande part de leurs budgets à l’éducation, en permettant aux enfants de suivre une éducation de qualité dans un environnement sûr et sain.

« le Forum Mondial pour l’Education en Palestine affirme sa solidarité et son soutien envers tous les peuples et nations luttant contre l’oppression et l’exploitation (…). Le Forum demande également à la communauté internationale d’imposer un boycott sur Israël pour l’obliger à se retirer de la Palestine occupée, à faire partir les colons, permettant alors le retour des Palestiniens sur leur terre, le retour des réfugiés et l’obtention de l’indépendance nationale. »

Documents joints

Palestine : défier le désespoir
Palestine : défier le désespoir

Navigation par Thèmes