Formation des enseignants : stagiaires en terrain vague !

lundi 24 janvier 2011  | 

Depuis la rentrée 2010, la réforme de la formation des enseignants est « appliquée ».Avant de faire le point, écoutons celles et ceux qui la vivent, ou qui la subissent !
La parole à Juliane, Marie-Jo et B...

Juliane, professeur des écoles stagiaire en Gironde est de la promo Concours en juillet, devant la classe en septembre !

Sa rentrée : « On nous a mis en observation avant la prise de la classe, mais ça ne permet pas de mettre à jour les intentions pédagogiques, les choix de gestion de classe ... Dirait-on à un chirurgien regarde et tu sauras faire ? Non, on lui donne de la théorie, de la pratique pas à pas… Nous, on nous balance dans les classes ! »
Lors des stages de pratique accompagnée, de nombreux stagiaires ont été désemparés face aux enfants et sont ressortis avec un sentiment de dévalorisation important. « Mon expérience en animation m’a facilité la gestion de la classe et j’étais déjà assez au clair sur la question des objectifs, le déroulement des séances ! Mais lors de la première prise de classe, c’est un sentiment d’insécurité qui prédomine, non seulement à cause du manque de temps de réflexion et de préparation, mais aussi à cause de la surcharge de travail puisque nous sommes en classe à plein temps et que les préparations nous demandent beaucoup de temps en tant que débutants. »
Juliane estime que le manque de cadrage national engendre des inégalités dans la formation et qu’il y a aussi des différences dans un même département. « Les tuteurs ont un double statut : formateur et évaluateur mais on ne nous a pas donné les critères d’évaluation. Certains n’ont même pas encore vu leurs stagiaires ! »
Beaucoup d’interrogations ne sont pas levées : « comment fait-on la classe ? Comment gère-t-on un groupe d’enfants ? Comment s’occupe-t-on des élèves en difficulté ? Pourquoi travailler seul ou en groupe ? Pourquoi et comment différencier ? Quelle école ?... »

Marie-Jo, PEMF (Professeur des Ecoles Maître Formateur), exerce en petite section en Lot et Garonne. Cette année, Marie-Jo est tutrice de 4 stagiaires.
« Nous avons refusé de les avoir en observation dans nos classes car nous étions opposés à cette réforme et nous ne voulions pas cautionner ce qui ne serait pas une véritable formation. Et puis nous ne voulions pas avoir des stagiaires en permanence dans nos classes et ce dès la rentrée, nos élèves ont besoin de se poser avec nous à un moment. »
Les premières conséquences de la réforme qu’elle évoque portent sur la charge de travail qui s’est considérablement alourdie. « A ce jour (7 octobre) j’en suis à 31 h sur les 110 que je dois effectuer pour l’IA. Que va-t-il se passer après, nous allons laisser les stagiaires se débrouiller ? »
Les sollicitations des stagiaires aussi sont pressantes. « Ils ont une pseudo formation. Que ce soit en classe ou à l’IUFM, on survole les choses. J’ai l’impression de jouer les pompiers, de ne pas faire mon travail comme il faut. Tout est concentré, comment les stagiaires vont le digérer ? Tout va trop vite, sans compter les infos et contre infos. »
Les stagiaires devaient être en formation mais ils sont utilisés comme moyen de remplacement. « Les règles du jeu annoncées sont bafouées dès que l’administration a besoin d’eux. Ils servent à boucher les trous.  » En conclusion : « Le seul endroit où nous avons le temps de nous voir entre PEMF c’est pendant les manifs et le sentiment général c’est l’impression d’être débordés de travail et de ne pas le faire dans de bonnes conditions. Si ça doit continuer comme ça j’hésite à rester PEMF, travailler dans ces conditions, c’est inintéressant  ».



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Formation des enseignants.
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