Flics, hors des établissements scolaires.

Alain Ponvert.
lundi 24 janvier 2011  | 

Sarkozy l’avait annoncé le jour de l’installation du préfet Lambert (un ex-policier) en Seine-Saint-Denis, Chatel l’a fait ! Profitant des états généraux de la sécurité à l’école, le ministre de l’Education a annoncé comme mesure phare pour lutter contre la violence en milieu scolaire, l’installation 4 heures par semaine de policiers « référents », en uniforme et en arme, dans 53 établissements du 2nd degré !

Cette présence policière dans 11 académies (Créteil, Aix-Marseille, Rouen,…) s’accompagne d’une autre mesure : la création d’établissements spécialisés [1] qui « permettront d’accueillir les jeunes de moins de 16 ans qui rendent la vie impossible au sein de leur établissement scolaire ». On voit tout de suite la logique de la politique gouvernementale vis-à-vis de la jeunesse : fliquer, ficher et enfermer !

Une mesure imposée et massivement rejetée !

Malgré les déclarations du ministre qui parle de « volontariat », l’installation de la Police dans les collèges et les lycées est bien imposée aux personnels et aux chefs d’établissement : en cas de refus, ceux-ci devront écrire directement aux ministres de l’Education et de l’Intérieur en engageant leur responsabilité ! Le Snpden [2]parle de « volontariat suggéré ». Alors qu’on supprime des milliers de postes d’enseignant-es, de conseiller-es d’orientation-psychologues (CO-psy) et de surveillant-es, cette mesure va à l’encontre des missions du service public d’éducation. Les oppositions sont multiples : les personnels, les parents, mais aussi les syndicats de policiers eux-mêmes, dont Alliance - pourtant classé « très » à droite ; certains parlent même de mascarade au moment où on supprime, au nom de la RGPP, des milliers de postes dans la Police. Un récent sondage Louis Harris révèle que 76 % de la population se déclare défavorable à une telle mesure. « L’installation » de la première policière référente au lycée de la Mare Carrée à Moisy Cramoyel, en présence de Chatel et Hortefeux s’est effectuée sous les huées des personnels, des parents et des élèves…

Une politique de plus en plus sécuritaire

Une des missions de ces policier-es est « d’identifier et recevoir des jeunes tentés par le chemin de la délinquance ». Une mesure semblable a été mise en place en 1998 par R. Giuliani, le très réactionnaire maire de New York et a conduit à des dérives liberticides : élèves menotté-es et enseignant-es fiché-es [3]. Elle est le prolongement à l’école d’une politique de plus en plus sécuritaire orchestrée par Sarkozy depuis son discours de Grenoble : la chasse aux Roms, aux sans-papiers, mais aussi aux chômeurs et aux jeunes, c’est-à-dire aux catégories les plus frappées par la crise et maintenues dans l’exclusion et le chômage ! Au moment où Sarko est au plus bas dans les sondages, elle s’inscrit aussi dans la politique de recyclage des voix du FN : Marine Le Pen réclame en effet à cor et à cri la création d’une Police des lycées.
C’est une démarche stigmatisante pour les établissements concernés qui risque d’aggraver des situations déjà tendues au moment même où les élèves en grève subissent les violences policières et la répression judiciaire.


[1ERS : établissements de réinsertion scolaire.

[2Syndicat National des Personnels de Direction
de l’Education Nationale, affilié à l’UNSA.

[3Voir Le Monde Diplomatique de juin 2010.


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