Désobéisseurs dans l’Education nationale.

Entretien avec Ninon Brivès.
dimanche 23 janvier 2011  |  par  ÉÉ Revue  | 

Ninon Brivès est professeur des écoles dans le Tarn et Garonne, déléguée du personnel SNUipp82. Ayant refusé d’organiser l’aide personnalisée et de faire passer les évaluations CM2 à ses élèves, Ninon vient de subir une inspection avec maintien de note.
Compte tenu des lourdes conséquences sur l’avancement dans la carrière, il s’agit bien d’une sanction indirecte !

EE : Pourquoi as-tu choisi ce mode d’action ?

Ninon Bivès : En 2008, la mise en place de l’aide personnalisée a été un prétexte au démantèlement des RASED ; de surcroît, elle venait percuter le décret de 1990 qui limite la journée de classe à 6h, et le postulat pédagogique de la « classe coopérative » : dépasser la difficulté au sein du groupe. Je n’ai pas choisi ce métier pour une école où, au mépris du rythme de l’enfant, au risque de le stigmatiser et d’abîmer l’estime de soi, les difficultés passagères sont traitées hors temps scolaire, où les élèves sont placés artificiellement en échec par des évaluations nationales qui nient la liberté pédagogique et le travail d’équipe... Je ne pouvais pas faire vivre ces réformes dans ma classe et, en l’absence de consigne syndicale de refus, j’ai informé l’IEN de ma démarche. D’autres enseignants ont eu le même réflexe et, très rapidement, nous avons constitué un réseau pour structurer cette dimension collective, tout en interpellant les syndicats. Notre objectif n’est pas d’être des « martyrs » mais de résister ! Comme l’a accrédité le dernier Congrès du SNUipp, la désobéissance est complémentaire à l’action syndicale. Certes, l’affirmer publiquement implique des risques de sanctions : blâme, déplacement d’office, retraits de salaire, maintien de note ou rétrogradation d’échelon. Nous nous battons contre ces pressions, mais pour conduire ces réformes à l’échec définitif, il faut une désobéissance de masse.

EE : Comment entends-tu poursuivre ?

N.B.  : Continuer à expliquer aux collègues et aux parents en quoi ces réformes mettent en danger l’école publique, et élargir le champ de cette résistance au 2nd degré. Nous avons lancé une campagne de lettres pour un dépôt commun en cours d’année [1]. Le réseau s’est doté d’une Caisse Nationale de Solidarité pour compenser les pertes financières [2]. Enfin, il est indispensable de renforcer le dialogue avec les syndicats parce que notre école publique mérite qu’on s’allie pour la défendre.


[2Caisse nationale de solidarité résistance pédagogique, 2074 route de la Vinouze, 82230 Verlhac Tescou.


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Ninon Brivès.

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