Actualité. Colère et mouvement social dès la rentrée.

Isabelle Sargeni-Chetaud.
lundi 20 septembre 2010  |  par  ÉÉ Revue  | 

La concordance « réforme des retraites » et affaire « Woerth-Bettencourt » a révélé au grand jour que le gouvernement et l’Etat sont, sans même s’en cacher, au service des exploiteurs et des profiteurs. Pour échapper à cette évidence, Sarkozy, Hortefeux et Besson n’ont pas hésité à sonner le tambour de la xénophobie d’État, du racisme ordinaire au point de révulser certains de leurs amis. Face à ce dégoût, ce sentiment d’injustice, ce rejet massif qui se sont exprimés, notamment dans les manifestations des 4 et 7 septembre, la question nous est posée : comment transformer cette crise politique en crise sociale majeure ?

La crise économique et financière mondiale est loin d’être finie, les solutions imposées par les gouvernements aggravent les injustices et les inégalités, mettant à mal l’avenir des jeunes – un risque de « génération perdue », annonce le Bureau International du Travail. Les économistes prédisent une récession durable.
Dans ce contexte, le feuilleton de l’été Woerth/Bettencourt a mis en évidence l’insolente richesse et l’indécence des collusions d’intérêts au plus haut niveau.
Il est tentant, dans ces conditions, pour un gouvernement et un Président de la République qui ont fait de la politique sécuritaire un instrument de vente de leur programme électoral, d’essayer de faire une diversion en cherchant un nouveau bouc émissaire. Après les jeunes des banlieues, les musulmans polygames, ce sont donc les Roms qui se sont retrouvés dans la tourmente, expulsés très médiatiquement comme des sans-droits.
Facile aussi de jouer dans l’opinion l’assimilation Roms-gens du voyage, ces populations dangereuses, ces « pas comme nous »… Pire encore, sans doute, la campagne orchestrée sur le risque de déchéance de nationalité (pourtant inconstitutionnelle et ils le savent !), entretenant sciemment un sentiment de précarité voire de terreur chez les jeunes issus de l’immigration.
Oui, ce gouvernement joue sur des ressorts qui font frémir… et réagir. Cela a été le cas avec les manifestations du 4 septembre, partout en France, rassemblant largement associations, organisations syndicales et politiques.
On n’en a pas fini avec cette volonté d’instiller méfiance et divisions dans la société, de la préparer à d’autres restrictions de droits et de libertés. Ne pas le voir, ne pas résister au quotidien serait inconscient et porteur d’autres drames futurs, car en France comme en Europe, l’extrême-droite avance ses pions.

Rentrée scolaire… sous tensions

Conséquences des suppressions de postes, cafouillages intenses sur la formation (dont nous n’oublions pas qu’il est dû à la stratégie erronée de la direction du SNES sur une fameuse revalo !), le secteur de l’éducation avait de quoi réagir. Certes, la grève annoncée le 6 septembre par le SNES n’a pas vu une déferlante dans l’éducation mais elle a contribué à marquer dès les premiers jours le rejet des réformes à l’œuvre, la situation de crise dans les zones difficiles, l’aggravation des conditions de travail et de scolarisation pour tous.
La grève du 7 a été très fortement suivie dans l’éducation, toutes catégories de personnels confondues. Dans tous les établissements scolaires, la tension reste perceptible, entre injonctions administratives, pressions hiérarchiques et conditions de la rentrée. De quoi alimenter les mouvements de résistance professionnelle (sur le livret de compétences ou les fichiers) et contribuer à la mobilisation générale interprofessionnelle, plutôt que de privilégier une dynamique sectorielle.

Rentrée sociale… sous le signe de la rigueur

Percuté par l’affaire Woerth, contesté sur les scandaleuses expulsions des Roms (jusqu’aux évêques et à la Commission européenne !), contredit par les mauvaises perspectives de croissance, le gouvernement apparaît affaibli, en proie à de forts conflits internes. Mais il reste toujours aussi déterminé à faire payer au maximum aux salariés les conséquences de la crise, à continuer à protéger les intérêts des marchés et à tenter de mettre, comme Thatcher en son temps, le syndicalisme et les forces sociales à genoux. Malgré la mobilisation croissante et sa chute dans l’opinion, Sarkozy fait le pari de passer en force, mettant ses opposants au défi. D’où le refus constant sur le dossier des retraites, qu’il a voulu emblématique, d’ouvrir de vraies marges de négociation, même aux organisations qui en manifestent l’envie. Inflexible sur les mesures-clés, dont le report de l’âge légal de départ de 60 à 62 ans et celui de la retraite à taux plein de 65 à 67 ans, les maigres ouvertures (polypensionnés, carrières longues, pénibilité) étaient rejetées avant même la journée du 7 septembre.

Le 7 septembre, un cran a été franchi

Près de trois millions de manifestants partout en France une marée humaine impressionnante, appuyée sur un solide soutien populaire (près de 70 % d’opinions favorables). Les espoirs initiaux du gouvernement de s’appuyer sur la trêve de l’été et sur un calendrier resserré pour limiter la contestation ont fait long feu. Au contraire, la mobilisation du 24 juin est largement dépassée, le taux de grévistes progresse dans la fonction publique d’Etat, dans les hôpitaux, les écoles et dans certains services publics (La Poste, Pôle Emploi), les transports ont été très perturbés et le mouvement de grève a aussi été plus net dans le secteur privé.
Réforme « injuste et inacceptable », ce slogan martelé par l’intersyndicale est intégré, repris… et dépassé : c’est surtout le mot d’ordre de « retrait » qu’on entend dans les manifs ! C’est la politique gouvernementale qui est injuste et inacceptable et c’est ce qu’on sent monter un peu plus fort à chaque rendez-vous social.
Raison de plus, dans un calendrier parlementaire serré, pour accélérer les choses, intensifier le bras de fer, car tout le monde a beaucoup à y perdre : le gouvernement s’il est au bout du compte obligé de reculer, le mouvement syndical s’il encaisse ce qui sera vécu comme une défaite majeure et l’échec d’une stratégie syndicale…


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