Un moment suspendu...

jeudi 16 avril 2020  |  par  ÉÉ-Groupes Départementaux  | 

La continuité pédagogique durant cette période de fermeture des établissements et de confinement nous implique aussi nous les CPE (Conseiller.ère Principal.e d’Éducation)

Conseillère Principale d’Éducation en lycée professionnel avec internat, j’ai vu partir les élèves vendredi 13 mars ; ce vendredi où je ne leur disais pas « bon week-end » ou « bonnes vacances » mais « à bientôt, prenez soin de vous ». La journée Portes Ouvertes du lendemain avait été annulée en début d’après-midi et le chef d’établissement donnait rendez-vous à tous les personnels le lundi matin à 9h.

Je l’ai sollicité pour qu’a minima, l’équipe des assistants d’éducation soit dispensée de cette réunion. Le dimanche après-midi, il annulait par mail la réunion du lundi et c’était une sage décision (en lien avec les injonctions ministérielles). Il nous transmettrait les informations par mail et nous souhaitait bon courage à toutes et tous.

Je suis restée dans mon appartement de fonction qui est ma résidence principale à quelques pas de mon bureau au milieu de la cour de récréation agréable et suffisamment vaste pour être partagée par les quelques personnes confinées ici. L’équipe des assistant-es d’éducation a été autorisée à rester chez elle.

Le début de semaine a été pour moi un temps suspendu, je constatais que mes collègues enseignant-es faisaient leur maximum pour assurer cette fameuse continuité pédagogique via l’ENT, par mails, en organisant aussi des groupes classe et équipes pédagogiques sur les réseaux sociaux (WhatsApp, Discord, Snapchat et certainement d’autres que je ne connais pas). Logée à proximité de mon bureau, je m’y rendais régulièrement pour consulter les mails et je constatais que les échanges se mettaient en place. Je répondais à quelques questionnements de collègues, de parents et d’élèves.

Beaucoup d’élèves, bien que constamment connecté-es ne savent pas utiliser l’outil informatique

J’avais le sentiment d’être bien inutile tout en pensant aux élèves confiné-es sans ordinateur, sans l’espace, sans le calme nécessaire au travail scolaire ou parfois résidant en zone blanche. J’ai écrit aux collègues que j’étais à leur disposition pour les aider à rester en lien avec les élèves s’ils rencontraient des difficultés. Je leur souhaitais bon courage tout en leur disant qu’à l’impossible nul-le n’est tenu-e et que selon moi, l’essentiel était de garder le lien avec nos élèves car l’école numérique si chère à notre Ministre allait encore accentuer les inégalités entre nos élèves.

J’ai été sollicitée alors dans un premier temps pour renvoyer les coordonnées des élèves, adresses mail des parents, des élèves, voire leur numéro de téléphone. Les enseignant-es relayaient par mail la liste des élèves qu’ils et elles n’arrivaient pas à joindre ou qui ne répondaient pas aux sollicitations pédagogiques. Je prenais alors contact avec elles et eux pour prendre de leurs nouvelles d’abord et les aider le cas échéant.

Beaucoup d’élèves, bien que constamment connecté-es ne savent pas utiliser l’outil informatique, accéder à leur espace de la maison et se retrouvent en grande difficulté quand il faut le faire sur le téléphone car ils et elles ne possèdent pas d’ordinateur. J’ai ainsi contacté des élèves qui n’ont pas le matériel, qui n’ont pas d’accès internet suffisant, des élèves confiné-es seul-es à la maison pour des raisons diverses, des mineur-es isolé-es en appartement voire à l’hôtel. Ma priorité a été de les rassurer, de dédramatiser les difficultés numériques et de leur dire que l’essentiel est leur santé. Je leur ai proposé, quand le travail en ligne était difficile, de refaire des exercices déjà faits, de parcourir leurs cours et leurs manuels et leur ai rappelé de partager de bons moments quand c’est possible avec leurs proches. Avec ces élèves en particulier, et avec les professeur-es je garderai le lien évidemment jusqu’à leur retour en classe.

Je fais un compte-rendu de chaque situation difficile à l’équipe pédagogique et fait confiance à chacun-e pour adapter ses demandes et faire du lien. Le cas échéant, j’informe l’assistante sociale, l’infirmière et la psychologue de l’Éducation nationale pour qu’elles apportent à distance le soutien nécessaire.

Au moment où mes collègues enseignant-es se démènent pour répondre à l’injonction de la continuité pédagogique, j’ai cru que le temps sans élève pourrait me permettre d’avancer sur des projets en cours, préparer la fin de l’année, la rentrée. Mais j’ai vu s’annuler tellement d’évènements préparés et organisés avec les élèves programmés en mars et avril qu’il m’est difficile de me projeter sur de nouveaux dossiers.

Le temps est suspendu pour chacun. L’essentiel est ailleurs.

Nadine ÉÉ 86

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