On ne lâche rien ! On va gagner !

jeudi 12 décembre 2019  |  par  ÉÉ FSU  | 

Intervention de Véronique Ponvert au titre de l’École Émancipée à l’entrée du congrès FSU de CLERMONT-FERRAND

Cher-es camarades,

On peut dire que le 5 décembre a été une journée historique. Nous étions plus d’un million dans la rue et massivement en grève ! Ce 5 décembre a été une grande réussite pour le mouvement social et le mouvement syndical :

- une journée préparée de longue date par l’unité du syndicalisme de lutte et de transformation sociale,

- une journée inscrite dans un processus avec la volonté des personnels de poursuivre pour gagner !

La puissance du 5 ne vient pas de nulle part. Des mouvements sociaux, il y en a eu ces derniers mois : le mouvement des GJ bien-sûr, mais aussi l’hôpital public, l’éducation contre la loi Blanquer et la réforme du lycée, la RATP en septembre, toutes les mobilisations sectorielles qui ont marqué l’année et aussi, bien sûr, les mobilisations pour l’urgence climatique et sociale.

C’est un rejet déterminé de la politique Macron, une résistance et, mieux encore, une volonté d’affronter ce gouvernement !

Oui, affrontement, c’est de cela qu’il s’agit. Jeudi, les taux de grève étaient très élevés, les manifs énormes : si les grévistes sont allé-es, plus nombreux que d’habitude, aux AG, c’est parce qu’ils et elles savaient la hauteur de l’enjeu, et qu’il fallait poursuivre. Il y a eu des reconductions, par secteur, par ville, il y a la journée nationale unitaire de grève demain (et nous serons toutes et tous ensemble dans la rue)... Et après cela, nous savons qu’il faudra poursuivre encore et sans délai ! Voilà pourquoi il nous faut prévoir le coup d’après : la FSU doit appeler avec l’intersyndicale à la grève et aux manifestations le 12 décembre, pour continuer et amplifier le bras de fer, pour gagner ! Disons-le ensemble aujourd’hui à la tribune de ce congrès ! Oui, il faut accélérer notre tempo d’actions : tout ne va pas forcément se jouer demain, mais le rapport de forces, indispensable pour la suite, se construit au jour le jour. Il est pour le moment de notre côté, du côté de la FP comme des autres champs professionnels et c’est le gouvernement qui est sur la défensive.

Le 5 décembre nous a permis de reprendre la main, autour d’un mot d’ordre fédérateur : le retrait du projet de réforme des retraites, nous pouvons l’obtenir ! Tous et toutes ensemble !

Je le disais, si ce mouvement est fort, c’est aussi parce que les forces du syndicalisme de lutte et de transformation sociale l’ont construit ensemble, sur le terrain interprofessionnel.

Rappelons-nous, dans un passé proche, la FSU n’a pas toujours été partie prenante des appels interprofessionnels, mais a seulement « soutenu » ces actions, en laissant nos sections départementales agir seules sur le terrain. Ce n’était pas une façon efficace de construire un rapport de force en faveur des salarié-es, du public comme du privé.

Aujourd’hui, il faut aller de l’avant, avec nos partenaires de lutte, avec la CGT et Solidaires notamment, et travailler un syndicalisme qui s’adresse à tous les champs professionnels, car tous sont concernés par la contre-réforme Macron.

Oui, un syndicalisme de lutte : c’est bien de ça qu’il s’agit. Il faut lutter contre un gouvernement qui de toute façon ne laisse pas d’autre choix, piétinant le fameux dialogue social dont il ne faut rien espérer. Un gouvernement qui s’attaque aux fondements de la Fonction publique. Un gouvernement qui entend imposer une réforme des retraites qui va accroître encore les inégalités et la pauvreté, et qui, de toute façon, va léser tout le monde.

Aujourd’hui, les salarié-es reprennent confiance dans la lutte collective, avec leurs organisations syndicales, c’est ça qui permet d’atteindre ce niveau de conflictualité.

La question des inégalités, comme la question démocratique sont centrales : en France, et ailleurs, ce sont les moteurs des mouvements sociaux en cours.

A travers le monde, des peuples se soulèvent pour réclamer plus de justice sociale et de démocratie, au Chili, en Irak, à Hong-Kong, en Algérie ou au Liban, et la liste n’est pas exhaustive. Les peuples veulent décider par eux- mêmes de la conduite de leur pays. Le mouvement pour l’urgence climatique met lui aussi en avant la dimension sociale de ce combat, tout comme les GJ, l’an dernier.

Les GJ : un mouvement inédit qui a énormément compté dans les rapports de forces contre ce gouvernement et pèse encore dans les consciences. L’an passé, le syndicalisme n’a pas été à la hauteur, il n’a pas cherché à agréger les forces syndicales à celles des GJ, il est resté majoritairement en extériorité, voire en rivalité. Alors que le gouvernement était en difficulté, il n’y a pas eu de volonté de convergence pour faire grossir le rapport de forces. Nous l’avons dit à l’EE, ça a été une occasion manquée. Bien d’autres l’ont pensé avec nous dans la FSU, avec la fenêtre du rapport d’activité qui a recueilli 43% des exprimées. C’est une indication forte dont il faut tenir compte pour les luttes en cours.

Cette séquence a aussi révélé la violence d’État mise en œuvre par ce pouvoir. Plus de 10 000 gardes à vue (au fait, 11 490 contrôles préventifs avant la manif parisienne du 5 décembre !), des blessures graves (sachez que les interventions policières ont blessé en quelques mois autant de manifestants qu’en vingt ans !), une justice expéditive, des interdictions de manifester... Les GJ ne sont pas les seuls. On se souvient de la charge contre le cortège de la FSU...

Ce gouvernement maltraite aussi sa jeunesse, il la plonge dans la désespérance à force de précarité. Il lui inflige la sélection à travers ses réformes des lycées et Parcoursup. Et en plus, il la brutalise quand elle se révolte : tout le monde se souvient des lycéens et des lycéennes humiliées à Mantes-la-jolie...

Cela nous concerne toutes et tous, cette répression vise aussi le mouvement syndical, en frappant ses militants et militantes. Notre fédération l’a sous-estimée. Elle a mis trop longtemps à dénoncer des violences policières qui sont devenues la norme. Il faut s’engager dans les cadres collectifs comme les observatoires des violences policières et les combattre désormais sans réserve.

Les enjeux de ce congrès sont énormes : nous avons à adopter des mandats syndicaux offensifs et d’autre part, déterminer une stratégie de lutte gagnante pour tous les combats, actuels et à venir.

Nous voulons une fédération clairement située dans le syndicalisme de lutte et de transformation sociale ! Nous travaillons sans relâche pour l’unité d’action syndicale la plus large possible ; mais nous avons besoin d’une dynamique d’entraînement que peut provoquer l’unité, et même l’unification, du syndicalisme de lutte et de transformation sociale. Travaillons avec la CGT, avec Solidaires, à la construction d’un cadre pérenne. Il nous faut un nouvel outil syndical, fer de lance des résistances aux politiques néolibérales et promoteur d’alternatives aux logiques capitalistes. Ouvrons-nous aussi à des cadres collectifs larges, avec des forces associatives et politiques à même de porter ces alternatives.

Pour mener ces combats, nous avons un outil, notre fédération ! Renforçons-la en construisant ses syndicats nationaux, ses sections départementales, et faisons qu’elle soit toujours plus démocratique en associant toutes ses composantes, dont les tendances, à son fonctionnement et à ses décisions. Faisons qu’elle continue à appartenir à tout le monde et que chacune et chacun y ait sa place.

Notre progression au vote d’orientation nous encourage à participer encore davantage, à tous les niveaux, à faire vivre la fédération sur une orientation combative.

Un dernier mot pour conclure :

dans un mouvement social comme celui que nous vivons, un congrès sert à définir une orientation syndicale, au-delà des mandats. Et celle-ci se vérifie immédiatement dans la pratique.

Camarades, c’est maintenant que les choses se jouent, après la puissance du 5 décembre, au moment où des secteurs professionnels importants sont en grève reconductible, où les salarié-es se préparent à retourner en grève et dans la rue demain !

C’est le moment : pour la première fois depuis son élection, Macron et ses soutiens subissent l’agenda et le rythme de l’intersyndicale. C’est pourquoi nous devons saisir toutes les occasions pour, sans délai, poursuivre, intensifier, généraliser la contestation, amplifier le rapport de forces qui nous permettra de faire céder le gouvernement.

On ne lâche rien ! On va gagner !


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