La trousse à projet : vers une « philanthropie » à l’américaine ?

mardi 5 mars 2019  |  par  École Émancipée  | 

Depuis plus d’un an, le ministère invite les enseignant-es des premier et second degrés à s’emparer d’une plate-forme numérique coopérative pour financer des projets de classe ou d’école, La trousse à projet. Pour ce faire, il est associé à l’Office central de la coopération à l’école (OCCE), le réseau Canopé, le Crédit coopératif ainsi que le Fonds pour le numérique à l’école. Le but est de « mobiliser des financements pour concrétiser des projets pédagogiques et éducatifs au bénéfice des élèves scolarisés au sein d’écoles ou d’établissements du service public de l’enseignement ».

Si la dimension coopérative de cet outil peut séduire et si les partenaires associés à l’opération sont déjà présents dans l’école, on a tout à craindre de ce ministère capable de se saisir des principes qui ont constitué le socle de l’engagement militant des instituteurs/trices dans l’école (l’OCCE a été fondée en 1948 sur des bases posées dès 1928) pour les mettre au service d’une toute autre idéologie venue droit des pays anglo-saxons. Si pour l’OCCE, les projets et leur élaboration démocratique doivent primer sur la collecte de fonds, cette plate-forme peut très vite devenir l’outil qui autorise et facilite le mécénat et ainsi, l’entrée à grande échelle de fonds privés marchands (petites et grandes entreprises) dans la réalisation de projets pédagogiques. L’actuel plafonnement des dons, donnant droit à avantages fiscaux, n’autorise pas encore de dérives regrettables mais... la vigilance s’impose dans un marché scolaire de plus en plus ouvert.

Claude Gautheron


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