Élections professionnelles : Un point de vue Cgt

samedi 23 février 2019  |  par  École Émancipée  | 

Les élections professionnelles de décembre se sont déroulées dans une situation exceptionnelle et posent un défi au syndicalisme de lutte.

Depuis son élection en 2017, Macron – avec le gouvernement – met en œuvre une politique libérale de grande ampleur, multiplie les cadeaux au patronat et aux plus fortuné-es, et mène une casse violente et profonde des conquêtes sociales et démocratiques. Adepte du passage en force, il affiche un mépris total pour qui n’est pas d’accord avec lui, notamment les organisations syndicales.

Ces éléments concourent à un contexte sans doute inédit par la gravité de ses enjeux et la violence qu’ils génèrent.

De surcroît, ces élections se sont déroulées en plein mouvement des Gilets jaunes qui, quelle que soit l’analyse que l’on puisse avoir, vient rajouter au caractère extraordinaire de la période.

Sur les trois versants de la Fonction publique, la participation s’établit à 49,8 % et est en recul de 3 points par rapport à 2014.

Cette nouvelle baisse ne peut qu’alerter toutes les organisations syndicales.

La CGT est confirmée comme première organisation dans la Fonction publique avec 21,8 % des voix, près de 3 points devant la CFDT. C’est évidemment un point essentiel, fruit d’un important travail militant. Mais avec un nouveau recul de 1,3 point, ce résultat ne peut pas être considéré comme satisfaisant.

Le pouvoir central et les employeurs publics ont une responsabilité incontournable dans la baisse de la participation et l’issue du scrutin.

L’extension du vote électronique dans des conditions souvent mal préparées, la remise en cause des prérogatives des organismes consultatifs et le déni du rôle des organisations syndicales sont autant d’éléments qui ont eu un impact négatif et dont « le camp d’en face » est seul coupable.

Ceci posé, nous avons souligné dès le début de cette tribune combien la situation était exceptionnelle.

Parce que ce qui est au cœur des enjeux actuels est considérable, nous estimons que cela doit interdire la langue de bois et, à l’inverse, conduire à un regard lucide. Une telle démarche n’a rien à voir avec un quelconque défaitisme ou exercice mortifère de flagellation : il s’agit d’aller de l’avant dans une démarche offensive. Si le gouvernement n’est pas pour rien dans la baisse de participation, il serait infondé d’en faire l’unique responsable. Il y a là une tendance lourde, inscrite dans la durée, que le mouvement syndical ne peut ignorer. En 1960, la participation était de 87 % dans la Fonction publique de l’État. Depuis, quelles que soient les circonstances et les évènements, c’est une augmentation continue de l’abstention qui est à l’ordre du jour. En parallèle, depuis une dizaine d’années, le syndicalisme de transformation sociale connaît globalement une érosion. Depuis dix ans, la CGT a reculé de 1,8 point. Si la FSU progresse cette fois-ci, elle demeure à près de 2 points en dessous de son score de 2008. Solidaires, sur la même période, a reculé de 1,3 point. Quant à FO, si elle progresse de 1,8 point, ses gains électoraux ne proviennent pas de ses organisations les plus contestataires de l’ordre établi.

Il n’est pas envisageable dans le cadre de cette contribution de tracer de manière approfondie des pistes ouvrant d’autres possibles. Citons-en quelques-unes, sans ordre de priorité : un syndicalisme de lutte qui sache aussi valoriser ses succès ; travailler encore et toujours à la crédibilité de nos propositions ; rendre mieux le/la syndiqué-e et le/la salarié-e acteurs du syndicalisme ; dialoguer davantage avec les forces qui travaillent à des alternatives de progrès.

Nous citerons enfin une question à nos yeux structurante et plus que jamais d’actualité : l’unification syndicale.

En effet, face à la fragmentation du mouvement syndical (9 OS demeurent représentatives au CCFP), dont on ne voit pas qu’elle apporte efficacité accrue et syndicalisation de masse, nous pensons que cette question essentielle doit être mise en débat de manière concrète.

Et c’est à nous, organisations syndicales, syndiqué-es et salarié-es, de la porter en dépit des difficultés et des obstacles. Lucide, offensif et audacieux : voilà sans nul doute ce que le syndicalisme doit être pour relever les défis qui sont devant lui.

Nous sommes convaincu-es que nous en avons les capacités.

Affirmons donc notre volonté partagée d’œuvrer en ce sens.

Jean-Marc Canon (UFSE) et Baptiste Talbot (Services publics)


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