Consentement mon amour

vendredi 25 janvier 2019  |  par  École Émancipée  | 

Jamais les revendications féministes n’ont autant fait débat.
Depuis MeToo, les questions de violences faites aux femmes en sont le cœur.

Ne se sentant plus seules, les femmes expriment les violences verbales
et physiques qu’elles subissent, : violences individuelles (dans les
maisons, les familles), violences collectives (comportements masculins
communs, témoins qui se taisent et n’agissent pas), violences
économiques qui amènent les femmes à la pauvreté, violences morales
(on parle d’emprise quand il s’agit d’un compagnon, d’un mari).

En ce mois de novembre 2018, 58 ans après l’assassinat des sœurs
Mirabal, c’est aussi la question du consentement sexuel qui s’invite
au programme du mois contre les violences. Dire non et être entendue,
ne pas dire oui et être entendue aussi.

C’est l’enchevêtrement de ces débats qui est au cœur de celui sur la
prostitution, deux ans après l’adoption de la Loi sur le système
prostitutionnel.

Prostitué-es, victimes du système prostitutionnel, travailleu-ses du
sexe, la question du langage utilisé pour parler de la prostitution
est essentielle car elle contient en elle-même le sens politique qui
est donné à son expression. Même chose pour les revendications :
prohibitionnisme, abolitionnisme, réglementarisme, à chaque
positionnement politique son appartenance à un courant.

Et ces courants se rejoignent quand il s’agit d’autres thèmes,
d’autres luttes, d’autres combats : le corps des femmes et les
religions, la gestation pour autrui. Il s’agit en substance non pas
d’opposer des courants mais de faire ou non partie d’un « camp »,
comme cela peut être le cas dans le positionnement syndical.

Sans parler de vrai ou d’anti féminisme, ces courants sont
généralement porteurs d’idéologies plus généralistes sur la place des
premier-es concerné-es dans les luttes, de leur parole, de leurs voix,
de leurs réalités finalement un peu moins car, quand il s’agit de
prostitution, il est question de rapport à l’intime, à l’histoire
personnelle, à son propre corps et celui de l’autre, ses désirs, son
consentement.

Est-ce que consentir veut dire accepter les avantages et les
inconvénients ? Est-ce que consentir est un mot qui peut être utilisé
dans toutes les sphères de nos vies, même celle que l’on considère
comme du travail ? Et à considérer que la prostitution est un travail
du sexe, quel est donc l’inconvénient acceptable, consenti, qui y est
lié ?

Faut-il considérer que tout équivaut à tout, désir de sexe, peu
importe avec qui et comment, désir d’enfant assouvi, peu importe par
quel moyen même s’il soustend l’utilisation de corps étrangers ?

Quand il s’agit d’un système, le consentement exprimé de quelques-uns
rejaillit sur tou-tes les autres muet-tes non consentant-es, celles et
ceux qui ne peuvent s’exprimer et en subiront les conséquences
auxquelles elles et ils ne veulent pas consentir.

Les luttes collectives se construisent dans un rapport de force
global, dans une société non idéalisée, non libérée des pressions
sociales et sociologiques. Est-il possible de mettre au même plan une
négociation de convention collective dans des branches dont les
métiers s’apprennent au lycée professionnel, dans des écoles, dans des
universités et la reconnaissance d’un statut de travailleur-ses du
sexe ? Oui, cela est possible, mais encore faut-il pouvoir insérer
cette revendication dans un corpus plus large qui intègre qu’il n’est
pas plus nécessaire donc de former à l’éducation à la vie sexuelle et
affective qu’à autre chose, que le consentement sexuel n’inclut pas la
notion de désir intime et aussi de plaisir, seulement l’acceptation
d’une relation sexuelle.

Est-il possible de lutter contre la prostitution en assimilant le sexe
(le sien, celui de l’autre) à une partie du corps humain comme une
autre ? Oui. Mais il s’agit alors de faire aussi évoluer les
revendications féministes dans le sens même d’une libéralisation des
relations humaines, au-delà du rapport marchand, en y intégrant le
consentement collectif de la violence qui peut être reçue. Y
sommes-nous prêt-es réellement ? Sommes-nous donc à ce point désireux
de posséder le corps de l’autre malgré elle-lui, que le seul prix à
payer serait financier et dès lors reconnaître une impuissance
collective à lutter en faveur d’une abolition consentie collectivement
 ?

L’enjeu aujourd’hui est-il d’empêcher les violences ou de les accepter
malgré nous ? À chaque débat ses adeptes, attention à ne pas écouter
uniquement celles et ceux qui parlent le plus fort.

« Si la prostitution n’est pas faite pour ceux que l’on aime, alors
elle n’est faite pour personne » Bernard Lemettre, Le Nid

Ingrid Darroman


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