Tout va bien dans le monde de Parcoursup !

mardi 8 janvier 2019  |  par  École Émancipée  | 

D’après le discours de la ministre du MESRI (1) devant le Sénat ce 23 octobre, « tout va très bien, madame la Marquise ! ». Parcoursup serait un outil au service de la démocratisation, donnerait le dernier mot aux élèves après mûre réflexion sur leur projet d’études et aurait donc un rôle émancipateur.

Selon la ministre, l’orientation subie disparaîtrait et l’échec se réduirait en licence grâce aux 145000 parcours personnalisés. Notons que ces dispositifs d’aide à la réussite sont essentiellement financés sous forme d’appels à projet, renforçant les inégalités entre universités puisque les financements sont attribués aux meilleurs projets uniquement. La ministre envisage un accès prioritaire des bachelier-es professionnel-les aux STS, via les classes passerelles. Quelles chances auront ces bachelier-es pour poursuivre en STS si ces passerelles ont un programme défini localement comme c’est le cas aujourd’hui ? Il est aussi envisagé un renforcement du lien entre universités et acteurs socio-économiques pour créer des formations professionnalisantes courtes d’une durée allant d’un à trois ans. Va-ton dans ce contexte amener les jeunes au plus haut niveau de qualification afin de former des citoyen-nes émancipé-es ? Le souhait du gouvernement est surtout d’aiguiller les jeunes en fonction de la demande du patronat.

Certes le nombre de propositions dans Parcoursup 2018 a augmenté par rapport à 2017. Mais le système n’a pas redonné la main aux élèves comme le prétend la ministre. Certaines universités ont profité des algorithmes locaux pour éliminer les jeunes dont elles ne voulaient pas.

Selon les données officielles fournies au Sénat, seul-es 25000 jeunes ont été réaffecté-es par le rectorat suite à des refus : pour une orientation choisie ou subie ? Que sont devenu-es les 120430 bachelier-es (17,8 % des 675600 reçus) qui ont quitté Parcoursup ? Ainsi que les 39500 candidat-es (bachelier-es et étudiant-es en réorientation) déclaré-es « inactif-ves » par le Ministère. Difficile de mesurer le degré de satisfaction suite à la suppression de la hiérar chisation des vœux et d’un refus du Ministère,

Difficile de mesurer le degré de satisfaction suite à la suppression de la hiérarchisation des vœux et d’un refus du Ministère, pour le moment, de sonder le degré de satisfaction des élèves. Notons que, sur les 17,8 % qui ont quitté Parcoursup, 87 % d’entre eux avaient eu une réponse positive. Le verdict définitif tombera au vu du nombre de décrocheur-euses et des réorientations à la fin de la première année d’enseignement supérieur. Mais certains bilans d’académie sont déjà sans appel. Selon le sénateur P. Ouzoulias, « des lycéens réunis par le recteur de Nantes ont fait le bilan de la façon dont ils avaient vécu Parcoursup. Ils sont très critiques, éprouvent un sentiment d’injustice – certains ont subi de très longs délais d’attente – et jugent la procédure opaque. Ils veulent simplement connaître les critères de notation. » Parcoursup semble donc être une machine à décourager.

Parcoursup, une machine à inégalités

Alors que le nombre de vœux par candidat-e était presque identique selon le type de baccalauréat (2), le nombre moyen de propositions d’affectation est très disparate (cf. tableau). En fin de procédure, 62,4 % des bachelier-es professionnel-les ont eu une proposition d’affectation (incluant l’apprentissage) contre 77,9 % avec APB 2017 (3). Contrairement à ce que prétend le ministère, il y a bien eu un renforcement des inégalités sociales.

Parcoursup entraîne aussi une fuite vers l’enseignement supérieur privé amorcée depuis les années 1980, dont les effectifs atteignent de nos jours 19,4 % des étudiants. Ce phénomène va probablement s’accentuer lorsque toutes les formations reconnues par l’État auront intégré Parcoursup (à échéance de 2020). Un-e étudiant-e dans le privé coûte moins cher à l’État que dans le secteur public et l’État incite depuis des années au report des dépenses sur le dos des familles par le sous-investissement dans l’enseignement supérieur public. Cette politique s’inscrit dans un transfert croissant des missions du public vers le privé comme nous le voyons dans d’autres secteurs (les hôpitaux, la poste, etc.).

INÉGALITÉS DANS PARCOURSUP SELON LE BACCALAURÉAT OBTENU
TYPE DE BACCALAURÉAT GÉNÉRAL TECHNOLOGIQUE PROFESSIONNEL
Nombre de vœux par candidat-e 7,8 7,7 5,5
Nombre moyen de propositions d’affectation reçues 4,2 2,8 2,2
Nombre de jours moyens d’attente avant d’obtenir une proposition 4 12 17

Nathalie Lebrun

1) Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. 2) Note flash SIES « Orientation dans l’enseignement supérieur : les vœux des lycéens dans Parcoursup pour la rentrée 2018 », n°4, mai 2018. 3) Notes flash du SIES « Propositions d’admission dans l’enseignement supérieur et réponse des candidats pour 2017-2018 », n° 20, novembre 2017.


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