Contribution de l’EE aux débats du CDFN - Septembre 2017

jeudi 21 septembre 2017  |  par  École Émancipée  | 

Politique de classes…

« Je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes. » EM, 8 sept 2017

Et ce n’est pas comme si il n’y avait pas déjà eu des dérapages…

« Une gare, c’est un lieu où on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien. » EM, 29 juin 2017

« Vous n’allez pas me faire peur, avec votre tee-shirt. La meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler. » EM, 27 mai 2016

Il y a la société Gad. (…) Il y a dans cette société une majorité de femmes. Il y en a qui sont, pour beaucoup illettrées. » EM, 17 septembre 2014

La dernière sortie en date du président de la république laissera des traces. Ces propos, où l’insulte le dispute à la brutalité, montrent tout le mépris de classe que lui inspirent les salarié-es et les citoyen-nes de notre pays. Parce qu’il n’y a pas de doutes à avoir : la politique de Macron est libérale, austéritaire, multipliant les cadeaux aux plus riches sur le dos de la majorité de la population.
Baisse des APL, suppression des emplois aidés… Ce sont les populations les plus fragiles, les jeunes, les précaires, les femmes, qui paient le prix fort.
Les luttes de GM&S et des Deliveroo sont symptomatiques de ces politiques et font le lien avec la loi travail XXL. La publication des ordonnances le 31 août a révélé la nature de ce nouveau droit du travail entièrement tourné vers l’intérêt du patronat. Les salarié-es du privé seront les premier-es directement touché-es par cette réforme qui a vocation à s’étendre à l’ensemble du salariat. C’est d’un projet global de société dont il s’agit, c’est l’ensemble des travailleurs et des travailleuses qui sont attaqué-es de façon violente, et c’est la première salve d’une série d’attaques et de réformes à venir. Qui peut croire un instant qu’une fois que Macron aura détruit les droits des salarié-es du privé, il ne s’en prendra pas dans la suite logique au statut des fonctionnaires ? Le découplage envisagé des 3 fonctions publiques indique la volonté de casser le statut commun, d’affaiblir les garanties collectives, renvoyant à terme les négociations aux échelons inférieurs, y compris sur les salaires. Ce n’est pas de la science fiction, les attaques sont déjà à l’œuvre.

Les agent-es de la Fonction Publique ne sont pas épargné-es : gel du point d’indice, réinstauration de la journée de carence, hausse de la CSG, report d’une année a minima de l’application des mesures PPCR, qui si elles n’étaient pas satisfaisantes vont pourtant être un nouveau recul pour nos collègues. À ajouter à cela les 120 000 suppressions de postes (dont 70 000 dans la FPT) déjà annoncées pour le quinquennat.
Parallèlement, ce sont les 10 % des Français-es les plus riches qui capteront 46 % des baisses d’impôts prévues par Emmanuel Macron (selon l’OFCE). C’est bien l’État social qui est visé : régression des droits sociaux, poursuite du démantèlement des services publics et reculs des solidarités dans notre société, c’est inacceptable !

Justice de classes

Cet été, la chasse aux migrant-es s’est également poursuivie et durcie, la scandaleuse condamnation de Cédric Herrou à 4 mois de prison avec sursis, suivie de celle de Pierre-Alain Mannoni la semaine passée à 2 mois avec sursis également a confirmé que le gouvernement n’avait pas renoncé au délit de solidarité, bien au contraire.
Parallèlement, la France et l’Europe s’apprêtent à passer des accords criminels avec la Libye pour limiter l’arrivée de migrant-es, alors que les camps de rétention libyens sont le théâtre de toutes sortes d’exactions ! Les politiques de repli sur soi et de fermetures des frontières font de plus le jeu des extrêmes droites, qui n’hésitent pas à user de violences, comme à Charlottesville ou en Méditerranée. Heureusement, de la Tunisie à San Fransisco, de Malte à Calais, des mobilisations antifascistes et antiracistes, citoyennes et syndicales, se dressent sur leur chemin.
En France, l’inscription dans le droit commun des mesures permises par l’état d’urgence représente une atteinte supplémentaire aux libertés individuelles et collectives, et confirment l’orientation sécuritaire et autoritaire de ce gouvernement, en ouvrant la possibilité d’ordonner des perquisitions administratives, des assignations à résidence, de déterminer des « périmètres de sécurité » au sein desquels les pouvoirs de police seront renforcés, ou de fermer des lieux de culte.

Luttes des classes

Le 12 septembre aura donc été la première journée d’ampleur pour le retour du mouvement social : même si la date était très proche de la rentrée, posée de façon unilatérale par la CGT, cette journée d’action était justifiée et a trouvé un écho dans l’opinion publique, a su fédérer au-delà du manque d’unité de départ. Solidaires a rejoint la CGT et appelé au 12, la FSU a opté pour des modalités qui ont permis d’appeler les collègues à se mobiliser, et d’apparaître aux yeux de toutes et tous comme partie prenante de l’action avec les autres organisations. C’est une très bonne chose. L’arc unitaire des syndicats de transformation sociale s’est donc justement reconstitué pour mener ce combat essentiel. Les nombreuses sections départementales FSU qui ont réuni des intersyndicales locales de même nature n’ont pas hésité à appeler les collègues à la grève car c’était le meilleur moyen de faire qu’ils/elles soient dans les manifestations avec les autres salarié-es. C’est de cette façon, auprès de nos partenaires CGT et Solidaires, qu’il faut poursuivre ces batailles essentielles. Et si la direction de FO n’y est plus engagée désormais, il faut cependant compter avec ses militant-es d’une dizaine de fédérations et de 52 départements, qui ont appelé clairement à la grève. Cette journée est un premier jalon très réussi, auquel il faut donner des suites de l’ampleur de la première journée de mobilisations contre la loi El Khomri, le 9 mars 2016, pourtant dans des conditions politiques, sociales et syndicales plus difficiles. Cela révèle une disponibilité à l’action d’une frange significative des salarié-es avec laquelle nous nous devons d’être en phase. Le 21 septembre doit amplifier le mouvement, la FSU doit y prendre toute sa place et se montrer disponible pour la suite. Bien que difficile à anticiper à cette heure, d’ores et déjà l’appel à la grève reconductible chez les routiers par les fédérations CGT et FO à partir du 25 montre que la situation est très évolutive. Il appartient à la FSU de montrer la cohérence des attaques entre le public et le privé, pour articuler comme il se doit la lutte contre la casse du code du travail, et la défense de la Fonction publique et de ses agent-es.

Si les appels se sont multipliés à la veille du 12, c’est aussi et surtout parce que ce mouvement est éminemment politique : au-delà du code du travail, cette mobilisation représente le premier affrontement avec ce gouvernement, et exprime un rejet des politiques antisociales qu’il met en œuvre et qui vont continuer à tomber.
Car il faudra compter au 1er janvier 2018 avec l’augmentation de la CSG, contrebalancée par la suppression des cotisations maladies et chômage, ce qui ne signifie pas autre chose qu’une volonté d’exclure les partenaires sociaux de la gestion de l’assurance chômage.
Le déficit de l’assurance chômage est pour l’année 2016 de 3,6 milliards, la dette cumulée se situe à 37 milliards. Le projet MACRON tend à élargir les bénéficiaires indépendant-es, démissionnaires et reste extrêmement floue sur les recettes permettant le retour à l’équilibre du régime. Il est à craindre que les chômeurs et chômeuses soient pénalisés.
De plus pour financer son projet on évoque l’intensification des contrôles de l’effectivité de la recherche d’emploi. Une fois de plus le chômeur-seuse est suspecté-e d’être responsable de sa situation. Nous devons donc continuer à faire front commun avec les associations de chômeur-euses pour nous préparer à lutter contre cette régression sociale programmée.
Il faudra également compter avec une réforme inquiétante des retraites, une remise en cause généralisée de la protection sociale telle que nous la connaissons.
Et aussi avec l’annonce, dernièrement, d’une réforme en profondeur du statut des cheminots et une remise en cause de leur régime spécial, avec à terme, l’aboutissement de la logique de privatisation qui a débuté il y a plusieurs années. Sans oublier les attaques contre la jeunesse, la jeunesse populaire en particulier, dont l’accès aux études sera de plus en plus difficile entre la sélection à l’entrée à la fac, le manque de places, la baisse des APL pour ne rien dire de la future réforme du bac.
L’agenda social risque donc d’être fortement chargé dans la rue.

Unité de classe

Les signaux sont là qui montrent une disponibilité pour les mobilisations à venir : les différentes universités d’été, celles des partis politiques de gauche ou d’ATTAC, ont été largement fréquentées. Plus de 2000 participant-es à Toulouse pour l’université d’été européenne des mouvements sociaux, c’est inédit. Ces différents succès, on peut l’espérer, témoignent d’une capacité dans l’avenir proche à construire les nécessaires mobilisations, nationales, européennes et au-delà, indispensables pour réussir à conserver les droits sociaux déjà acquis, les étendre à toutes et tous et les compléter par de nouveaux droits et statuts juridiques, nécessaires à la transition écologique, comme c’est le cas par exemple avec la campagne « 1 million d’emplois pour le climat ».
Alors, comment répondre aux attaques de Macron ? Non seulement à la brutalité des attaques, mais aussi à leur nombre, à leur diversité (tout le monde est touché), à la rapidité avec laquelle les mesures se mettent en place ? Comment éviter de se faire broyer par ce rouleau compresseur libéral, et en même temps, comment mobiliser l’ensemble des salarié-es ? Ce gouvernement nous assomme de coups violents et nombreux, pour nous empêcher de redresser la tête. Il faut que toutes les forces du mouvement social soient convoquées pour agir ensemble et résister de façon collective.
Il est de la responsabilité des organisations syndicales, de l’ensemble du mouvement social d’intégrer une donnée essentielle : face à un chantre du libéralisme comme Macron, il y a urgence à unifier les revendications. C’est l’union qui permettra de faire front, d’avoir enfin un rapport de force à la hauteur et d’espérer gagner.

Les attaques se multiplient dans la FP : la FSU est à l’initiative de la journée de mobilisation du 10 octobre qui réunira l’ensemble des fédérations de fonctionnaires. Du jamais vu depuis 10 ans ! C’est donc une excellente chose. La FSU appellera les agent-es à la grève ce jour-là, pour défendre leurs droits, leur statut, leur salaire, l’emploi public. Cette mobilisation ne s’oppose en rien, au contraire, au combat qu’il faut mener contre la loi Travail. Il faut d’ailleurs mettre au jour la cohérence de la politique envers le privé et celle qui se déploie dans le public. Cette journée du 10 octobre aurait encore plus de sens si elle s’inscrivait dans un plan d’action et de mobilisations visant à faire converger les luttes des salarié-es du public et du privé, pour défendre les droits et les acquis sociaux de tous et toutes.
Il y a urgence à contrer massivement ce gouvernement, dans la rue, dans les mobilisations, par la grève et les manifestations.
L’annonce de la suppression de dizaines de milliers d’emplois aidés a provoqué une onde de choc dans le secteur public confronté en cette rentrée à un véritable plan social. Sous la pression des politiques austéritaires, ces emplois ont largement été utilisés sur des missions de service public pérennes, sans pour autant donner lieu en contrepartie à des créations d’emplois publics permettant aux bénéficiaires des CUI-CAE de sortir de la précarité. Missions dans l’Éducation nationale, dans les collectivités territoriales, à Pôle Emploi… des pans entiers de secteurs sont aujourd’hui touchés. L’emploi et la justice sociale doivent demeurer au cœur des préoccupations de la FSU. Le réemploi des personnels en contrat aidé et la création d’emplois statutaires pour assurer les missions de service public doivent être inscrits à l’ordre du jour de la journée de grève FP du 10 octobre.

Concernant la loi travail, la place de la FSU est clairement au sein de l’intersyndicale qui avait mené le combat contre la loi El Khomri ; elle doit s’engager (fidèle à son « U ») à donner une nouvelle vitalité à cette intersyndicale. C’est collectivement, avec nos partenaires, que nous devons réfléchir à la meilleure façon de poursuivre les mobilisations contre la loi travail, et à la stratégie à mettre en place pour l’emporter contre le gouvernement Macron-Philippe.

Post-scriptum

Dans l’Educ’

Dans l’éducation, les coups pleuvent eux aussi : les déréglementations (rythmes, réforme du collège) vont engendrer autant d’inégalités sur le territoire, les mesures mises en place à moyens constants (dédoublements des CP) sont imposées aux dépens d’autres dispositifs (maîtres supplémentaires), la réforme du bac (concentré sur 4 épreuves terminales) va affaiblir considérablement la valeur nationale du diplôme, et entraînera un accès sélectif aux études supérieures (exigences de pré-requis à l’entrée à l’université). Passons sur les annonces « gadget » (rentrée en musique) ou les prescriptions de « bonnes pratiques » (méthode de lecture) hors de propos… Les orientations prônées par ce ministre ne vont pas dans le sens de l’égalité, de la mixité sociale et de la démocratisation scolaire. Élèves, étudiant-es et enseignant-es verront leurs conditions d’étude et de travail se dégrader.

Et ce n’est pas un hasard si ce ministre reçoit des soutiens de personnalités et organisations réactionnaires, comme SOS éducation ; parallèlement aux discours anti-pédagogie pointent les prémices de nouvelles attaques contre l’éducation à l’égalité et à la sexualité, avec par exemple la présence en Île de France du bus de CitizenGo, lobby européen anti-IVG et anti-égalité.
Dans ce contexte, il est d’autant plus important d’exiger le droit à l’avortement partout en Europe, avec la campagne « Les femmes décident », de faire signer la pétition et d’appeler à participer aux manifestations qui auront lieu autour du 28 septembre.

Dans la Fonction publique territoriale Pour la FPT, la politique ultra-libérale de Macron et de son gouvernement est malheureusement claire, comme cela a été confirmé lors de la Conférence nationale des territoires le 17 juillet dernier. Les annonces faites en cette occasion témoignent d’une régression sociale sans précédent, appuyée par une orientation austéritaire dont les agents serviront de variable d’ajustement et les missions de service public se verront considérablement réduites.
Avec la baisse drastique des dotations générales de fonctionnement les collectivités locales se trouveront plus limitées encore à répondre aux besoins de la population, notamment en matière de soutien et d’accompagnement social des plus fragiles alors que la précarité et la pauvreté ne font que s’accroître. Les organisations syndicales de la FPT -CGT, FO, SNUTER-FSU et SUD CT ont lancé un communiqué commun « Les lignes rouges ont été dépassées ! » pour construire le rapport de force indispensable à combattre ces mesures anti-sociales.


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