[Point de vue] Mise en sécurité ou éducation à la peur ?

jeudi 2 février 2017  |  par  ÉÉ-SNES-Acad  | 

Cette page est dédié au débat et vise à accueillir les opinions de sympathisant-es ou militant-es de l’ÉÉ sur les sujets qui ne sont pas encore tranchés entre nous. N’hésitez pas à l’enrichir en envoyant vos réponses ou vos contributions.

Dans nos établissements, le premier trimestre a été marqué par l’organisation d’un exercice « attentat- intrusion » dans le cadre du PPMS. Il s’agit, nous dit-on, dans le contexte des attentats et de l’état d’urgence, de préparer les personnels et les élèves au risque terroriste. Une mesure de plus dans un paysage de plus en plus sécuritaire, entre fouilles systématiques, patrouilles de militaires dans les rues, interdiction des manifestations…

Faut-il considérer cela comme un mal nécessaire face aux horreurs auxquelles nous avons été confronté-es, parfois de près, et dont personne ne peut affirmer avec certitude qu’elles ne peuvent se reproduire ?

Dans nos établissements, nous avons été quelques-un-es à remettre en question cette évidence.

D’abord parce que nous sommes sceptiques sur l’utilité de tels exercices dans l’hypothèse d’un at- tentat réel. D’ailleurs nous sentons bien, derrière les discours officiels, que personne n’est dupe de cela. Il s’agit donc bien d’autre chose, entre communica- tion et instrumentalisation politique.

Une opération politique qu’il est d’autant plus légitime de contester que sa mise en place, sous la forme d’une simulation macabre imposée à des enfants de 3 à 18 ans, ne sera pas sans impact psychologique. Combien de nos élèves, eux aussi marqué-es par les récents attentats, auront vécu l’exercice comme un traumatisme de plus, qu’ils l’aient exprimé sur le moment ou non ?

Osons une question un peu polémique : ne serions- nous pas en train d’offrir aux terroristes une victoire trop facile, eux dont la méthode consiste justement à imposer la loi de la peur au plus grand nombre par des attaques spectaculaires mais extrêmement ponctuelles ? Eux dont le principe idéologique est l’état de guerre permanent entre les « civilisations », entre les religions ?

A l’opposé du fameux slogan de la RATP qui pour- rait bientôt résonner dans nos établissements : « Attentifs ensemble, pour la sécurité de tous », il nous apparait de notre responsabilité d’éducatrices et éducateurs militant-es de nous élever contre cette éducation à la méfiance permanente, contre cette éducation au risque, contre cette éducation à la peur.

Nous pensons que l’Ecole doit être le lieu de l’émancipation et non du repli sécuritaire dans un cadre apaisé, qui fait voir le monde comme le lieu du possible plutôt que comme le lieu de tous les dangers. Cela nous parait d’autant plus important dans un contexte où montent les idées politiques les plus ré- actionnaires, des deux côtés de l’Atlantique.

Forts de ces arguments, nous avons largement dis- cuté avec nos collègues, majoritairement convain- cus par l’idéologie sécuritaire dominante, nous avons déposé des motions aux C.A. de nos établis- sements, nous avons demandé qu’en lieu et place du jeu de rôle macabre et anxiogène qui nous était imposé se tienne une simple réunion d’information des personnels. Si comme on nous l’annonce cet exercice devait être répété dans les prochains mois, il faudra continuer de nous battre, parce qu’il y a là à notre avis un enjeu démocratique majeur.

Raphaël Andere (Collège Marais de Villiers, Montreuil)


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