Cécile Ropiteaux : Islamophobie vs féminisme : « Au pays des Lumières, on a vraiment pété les plombs ! »

vendredi 16 septembre 2016  |  par  ÉÉ-SNUipp  | 

Il est important de revenir sur les débats autour du burkini, pour dénoncer le racisme, de plus en plus décomplexé, et pour décrypter les tentatives d’instrumentalisation des droits des femmes, venues de tous les bords politiques.

Par un glissement qui pouvait paraître ridicule au départ, on est passé de la dénonciation du terrorisme à la stigmatisation de femmes musulmanes portant une tenue de bain spéciale, puis plus largement de celles portant un foulard.

Et tout cela se fait au nom de la défense des droits des femmes… par des personnalités politiques qui ne s’en soucient guère d’ordinaire. Le processus est comparable à celui qui aboutit à une laïcité dévoyée.

On entend alors des discours qui réduisent les conquis féministes des années 70 à la longueur de la jupe ! Ce qui est injurieux pour les combats politiques que ces femmes ont menés. Il est vrai que les vêtements féminins ont toujours été un enjeu de pouvoir, révélant la volonté patriarcale de contrôler le corps des femmes. Mais « Il y a quelque chose qui donne le vertige, affirme une chroniqueuse du New York Times, dans le fait d’interdire un vêtement au motif que les femmes ne doivent pas se laisser imposer leur vêtement . »

Oui, il faut combattre les injonctions des religions à la pudeur, combattre l’ordre moral ! Mais dénonçons aussi l’autre versant, les injonctions à la féminité « taille 38 » et à la disponibilité sexuelle, avec des canons de beauté si rigides qu’eux aussi produisent de la pudeur.

Malheureusement, les faits sont allés plus loin que de simples pressions, résultat de tant d’années de lepénisation des esprits. Des femmes ont été exclues des plages, humiliées, forcées de se dévêtir, insultées, des mamans empêchées d’entrer dans une maternelle. A quand la première femme lapidée ?

Au pays des Lumières, on a vraiment pété les plombs… Et aux yeux de la presse étrangère, la France donne l’image d’un pays profondément islamophobe .

On pense ce qu’on veut du burkini ou du voile, mais de critiquer à interdire, la ligne rouge des libertés a été franchie. Le burkini est-il un signe de fanatisme religieux ? Non, le wahhabisme interdit carrément aux femmes d’aller à la plage. Signifie-t-il comme le prétend Valls « l’asservissement de la femme » ? Une jeune femme témoigne : « Ce vêtement a cassé mes chaînes » . En le portant, elle peut désormais se baigner avec ses enfants. Préfère-t-on que ces femmes restent habillées sous le parasol, ou même chez elles où elles se baigneront « dans leur baignoire » ? Elles seront alors tellement « discrètes » qu’elles deviendront invisibles. Cela n’est assurément pas une vision féministe !

Oui, certaines femmes, même en France, subissent des pressions, de différents ordres, pour porter le foulard. Mais n’en faisons pas une généralité. En France, le port du voile relève de la liberté de choix qui s’exerce dans un pays démocratique et laïque. Il est bien sûr intolérable qu’une femme soit obligée à se voiler. Mais il est tout aussi intolérable qu’elle soit obligée à se dévoiler.

Quand on est féministe, on écoute ce que les femmes ont à dire. On peut être musulmane, voilée, et défendre la laïcité, comme Latifa Ibn Ziaten , mère d’une des victimes de Mérah, qui sillonne le pays pour nouer le dialogue entre communautés.

On peut être voilée, clamer son attachement à la devise de la France, et revendiquer l’égalité entre les sexes, comme ces jeunes filles des quartiers populaires rencontrées par la psychosociologue Joëlle Bordet . Le port du foulard peut aussi être une affirmation identitaire en réaction justement à la stigmatisation.

Ces femmes tentent de concilier foi, culture d’origine et modernité, comme l’écrit Olivier Roy , à l’image de ces femmes actives qui portent le foulard avec un jean ou un tailleur, loin des stéréotypes de femmes soumises. N’est-ce pas justement le signe d’une intégration réussie ?

Chaque femme s’émancipe elle-même, selon le chemin qu’elle choisit, en composant avec ses convictions, et avec les déterminismes qui pèsent sur ses choix. Chaque femme a droit à la parole, et non que d’autres parlent à sa place !

Face aux obscurantismes de tous ordres, dans ce contexte de racisme exacerbé, de sexisme permanent, il est urgent de rallumer les Lumières !

Liens vers des articles pour poursuivre la réflexion :
https://www.mediapart.fr/journal/fr…
http://www.huffingtonpost.fr/2016/0…
http://www.nytimes.com/2016/09/03/w…
http://www.francetvinfo.fr/societe/…
http://olivierdouville.blogspot.fr/…
http://www.francetvinfo.fr/societe/…


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