Intervention de Marie-Cécile Périllat (Toulouse) sur l’oppression spécifique des femmes

vendredi 1er avril 2016  |  par  ÉÉ-SNES  | 

Les femmes subissent encore une oppression spécifique. Les débats du congrès ont pourtant montré que tout le monde au SNES FSU n’en est pas convaincu. J’entends que des camarades puissent être sceptiques sur la pertinence d’une mesure contraignante comme la parité ; le débat est légitime. En revanche ce qui n’est pas entendable, ce sont les argumentations qui visent à démontrer qu’être femme n’a aucun impact particulier sur le rapport au militantisme et la prise de responsabilité. C’est ce qu’on peut lire par exemple dans le 8 pages femmes qui dit : « L’absence ou la moindre présence de femmes dans une structure militante est un problème en soi, mais est plus largement un symptôme de quelque chose d’encore plus large que le seul problème de représentation des femmes. C’est la manière de militer en général qu’il faut interroger. Son aspect parfois trop « sacrificiel » et chronophage en particulier est un problème, mais c’est un problème pour les femmes comme pour les hommes. » Pas d’oppression spécifique des femmes : pas de problème spécifique, pas de solution spécifique à y apporter.

Permettez moi un parallèle : quand on constate que l’origine sociale a un impact sur le destin scolaire des enfants des milieux populaires, on en conclut qu’il faut trouver les moyens de contrecarrer les ressorts sociaux de l’échec scolaires.

L’égalité des chances est un concept faussement universaliste et profondément libéral qui entend masquer la reproduction scolaire des inégalités sociales. Pourquoi ce qui est évident sur le terrain des inégalités sociales ne l’est plus sur celui de l’inégalité de genre ? L’égalité des chances n’existe pas non plus entre les hommes et les femmes.

Pourtant ça fait longtemps qu’on sait qu’« on ne naît pas femme, on le devient » qui a pour pendant un « on ne naît pas homme, on le devient ». Les études montrent que les parents ne se comportent pas de la même façon avec leur bébé, selon que c’est une fille ou un garçon. On sait que les filles et les garçons n’ont pas le même rapport à l’école, à la compétition, que l’orientation est genrée, que l’estime de soi est moindre chez les filles etc… Les inégalités dans le monde du travail sont une évidence, et pour ceux qui douteraient que le partage des tâches domestiques reste très inégalitaire je vous invite à consulter les enquêtes emploi du temps de l’INSEE. Alors si on a conscience de cette réalité sociale qui nous dépasse, que fait on ?

Pensez-vous sérieusement tous les ressorts de l’oppression des femmes en tant que catégorie sociale disparaissent à l’entrée du local du SNES FSU ?

Le SNES FSU doit non seulement se battre pour l’égalité hommes/femmes dans la société mais aussi agir consciemment pour contrecarrer la reproduction des inégalités en son sein.

Que certaines à titre individuel puissent s’émanciper de l’oppression n’est pas une preuve de son inexistence. Dans ce débat le « moi je » n’est pas un argument : on ne parle pas de choix ou de parcours de tel ou telle individu-es, on parle de logiques collectives, globales dont il faut avoir conscience et se sortir. Que des femmes soient SG du SNES FSU n’enlève pas les mécanismes qui aboutissent à ce qu’elles soient sous représentées dans les instances décisionnelles par rapport à leur nombre dans le milieu et parmi les syndiqué-es.

Le SNES FSU doit prendre conscience de l’oppression spécifique que subissent les femmes et travailler à en contrecarrer les effets dans son propre fonctionnement.


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