Un printemps social… Enfin !

mercredi 23 mars 2016  |  par  ÉÉ Revue  | 

Quand des hommes en viennent à se coudre la bouche faute de pouvoir faire entendre autrement leur désespoir, c’est que nous vivons dans un monde inhumain…

Le traitement que le gouvernement français réserve aux réfugié-es à Calais en dit long sur sa faillite morale et politique. En Europe comme ailleurs, seul l’argent circule, les migrant-es, eux, sont rejeté-es sur les plages comme des déchets. Quel tort ont-ils sinon d’être des miséreux qui cherchent à fuir le malheur ? Les intérêts supérieurs des possédants ne s’embarrassent pas d’humanisme.
La bourgeoisie règne mais ne gouverne pas : elle place au pouvoir de fidèles serviteurs de ses intérêts de classe. Le soutien enthousiaste et tapageur que le MEDEF réserve à la politique gouvernementale devrait déssiller celles et ceux qui pensent encore qu’il y a quelque chose à attendre de Hollande et de son premier ministre.

Ils voulaient en finir avec le droit du travail… On n’a pas été déçus ! Le projet de loi El Khomri dépasse nos pires craintes. En subordonnant les droits des salarié-es au « bon fonctionnement de l’entreprise » [1] il met fin à l’idée même de droit du travail. L’accord d’entreprise, qui prend le dessus sur la loi, est la négation de son principe : la reconnaissance que les salarié-es sont en position de subordination par rapport à l’employeur et qu’en conséquence, ils doivent être protégé-es par des droits collectifs inaliénables. C’est une régression historique, incommensurable, qui ébranlera toute la société, et la Fonction publique et ses personnels en goûteront eux aussi les fruits amers.

On avait compris, depuis la constitutionnalisation de l’état d’urgence et le renforcement de l’arsenal répressif liberticide, que ceux qui nous gouvernent sapent les bases mêmes de la démocratie et de l’État de droit… On en a eu une ultime confirmation avec un Valls, plus autocrate et mégalomane que jamais, qui brandit le 49.3 avant même que ce projet de loi, par ailleurs jamais discuté avec les syndicats de salarié-es, ne soit présenté au conseil des ministres…

Dans la gauche, parmi les jeunes et les salarié-es, la sidération a heureusement fait place à la colère. Une colère féconde, libératrice. Les initiatives de pétitions (près de 1,3 million de signatures, du jamais vu), de manifestations ont fusé et les syndicats qui se refusent à accompagner les régressions sociales ont embrayé. L’heure est à la lutte et notre détermination ne doit rien céder à celle de nos ennemis. Après le succès du 9 mars, la montée en puissance du 17 mars au 31 mars, la mobilisation se poursuit. Les syndicats d’accompagnement se satisfont des aménagements annoncés par le gouvernement le 14 mars dernier, comme si nous étions dans une discussion entre gens de bonne compagnie pour s’entendre sur un prix… Celui de la trahison sans doute. Là où est la lutte des classes il n’est pas d’équilibre possible…Au contraire, la question de la généralisation des grèves et des manifestations se pose. Ce projet de loi doit être retiré. ●

Olivier Sillam


[1] Article 1 de l’avant-projet de loi


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