Joséphine Baker, danseuse et résistante

dimanche 21 juin 2015  |  par  ÉÉ Revue  | 

En ces temps de panthéonisation exacerbée, il est judicieux de revenir sur Joséphine Baker. Qui sait encore qu’elle a été autre chose qu’une danseuse d’exception ?

Toute sa vie n’a été que protestation contre le poison de la haine raciale. Toute jeune, elle avait mesuré l’ignoble traitement infligé aux noirs dans ce pays du Sud des États-Unis où le malheur l’avait fait naître avec la peau noire.

La musique, le chant et surtout la danse seront, certes, son échappatoire et son moyen de survie. Ils sont aussi la protestation qu’elle adresse à la ségrégation qui mutile sa soif de vivre.
Chacune des étapes de sa vie est comme une effraction qu’elle commet avec culot. Et c’est presque par hasard qu’elle arrive à Paris pour participer à la revue nègre.
Le Paris des années folles et de la découverte du jazz lui paraît plus accueillant. En tout cas c’est le début d’un succès absolument phénoménal qui va embraser une grande partie de l’Europe.

La suite de son histoire est moins connue. Joséphine Baker participe à la Résistance pendant la guerre, puis donne des concerts aux soldats où elle exige que blancs et noirs soient mêlés.
Après guerre, elle se retire un temps pour se consacrer à la famille qu’elle vient de fonder en adoptant une douzaine d’enfants du monde entier.
C’est sa « famille arc-en-ciel » qu’elle voudrait ériger en étendard antiraciste. Cela ne l’empêche en rien de soutenir la cause noire aux États-Unis du temps de la Grande Marche.

Le roman de sa vie se poursuit dans de nouveaux cahots. Ruinée, elle se refait en remontant sur scène, réussissant même à s’imposer aux États-Unis où le succès lui avait pourtant toujours été chichement mesuré.

L’exubérance et la folie qui ont fait le succès de Joséphine Baker sur scène cachaient la rage et la générosité exceptionnelles qui l’habitaient.
La force de cet album, initialement publié aux États-Unis, est d’évoquer avec justesse cette puissance et ce courage grâce aux couleurs fauves des illustrations rondes et joyeuses de Christian Robinson.
Le texte assez fourni rend le livre plutôt accessible aux enfants du collège. Il est parsemé de citations des textes autobiographiques de Joséphine Baker, une grande dame assurément. ●

Stéphane Moulain

Patricia Hruby Powell & Christian Robinson,
Joséphine – Joséphine Baker, la danse, la Résistance et les enfants,
Rue du monde,
19,50 euros.


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