Témoignage : REP+ : une réforme qui ne tient pas ses promesses !

mardi 26 mai 2015  |  par  ÉÉ Revue  | 

Notre collège prépare sa rentrée en REP+… Mais avec quels changements ?
La pondération des heures devant élèves n’apportera rien : le temps dégagé est investi par des réunions obligatoires. Instaurer un rapport de forces face aux pressions du chef d’établissement est indispensable à l’ensemble de l’équipe.

« Ça va changer quoi ? » Dans un collège qui a connu tous les sigles, de RAR à CLAIR jusqu’à l’ECLAIR actuel, qu’est-ce que ce nouveau label apportera ?
Première réunion REP+ avec l’administration : après 2h30 d’ateliers sur le travail en équipe, nous avons quitté le conseil pédagogique sans réponse et sans décision collective actée.
C’était un lundi soir et deux autres soirées, cette semaine-là, devaient être passées en réunions diverses au collège. Les assises de l’éducation prioritaire avaient pourtant, reconnu en 2013 que le creusement des inégalités sociales et la concentration d’élèves en grande difficulté dans certaines zones amenaient à reconsidérer le métier d’enseignant en REP+.
Or, cette semaine-là, en plus de nos journées de cours, 7 heures de réunion se sont ajoutées à notre emploi du temps, et ce rythme de travail se répète depuis le début de l’année scolaire.
C’est une des conséquences directes de la réforme qui affecte notre métier d’enseignant. A cela, il faut ajouter une évolution culturelle des chefs d’établissement (CE) qui managent leur personnel en fonction des objectifs qu’ils doivent remplir.

Les conséquences directes de la réforme

La pondération des heures de cours, voilà bien le cœur de cette réforme ! Chaque heure de cours assurée étant pondérée, les maxima de service sont réduits.
Cela libèrerait donc du temps pour réaliser d’autres tâches (rencontres avec les parents, projets, réunions d’équipe). Mais sur le terrain, cette annonce n’est-elle pas de la poudre aux yeux ?

Sur le plan pédagogique, cette réforme entend renforcer la présence des dispositifs d’aide et d’accompagnement personnel (AP) favorisant la réussite de tous les élèves.
L’AP est obligatoire à tous les niveaux et le soutien disciplinaire est proposé en fonction des besoins des élèves. Pour ce faire, les heures d’AP seront mises « en barrette » (en même temps) dans les emplois du temps, alourdissant considérablement nos journées de travail et celles de nos élèves, présents sur l’établissement de 8h30 à 17h30.

L’évolution culturelle des chefs d’établissement

La mise en place de la pondération est censée libérer du temps : or, les chefs d’établissement ont prévu un temps de concertation réparti sur une plage de 2 heures dans notre emploi du temps, ainsi qu’un planning des thématiques à travailler, décision imposée à l’équipe. La réforme prévoit, pourtant, que ce dispositif n’a pas « vocation à se traduire par une comptabilisation ».

Même la compétence travaillée en AP (qui sera la maîtrise des langages) nous est imposée. Nous n’avons, en fin de compte, plus grand-chose à discuter et à débattre puisque toutes les décisions sont prises en amont par nos chefs d’établissement, sans concertation aucune avec l’équipe éducative.
C’est une remise en question de notre liberté pédagogique et le signe que les enseignants du collège ne seront plus que des exécutants.

En conclusion, le constat établi est le suivant : cette réforme n’est pas celle que nous espérions et dont avait besoin de façon urgente l’éducation prioritaire !
Ce nouveau label, c’est plus de réunions et une augmentation de notre temps de travail, plus de présence au collège, plus de pressions managériales, plus de hiérarchies intermédiaires, plus de dispositifs d’accompagnement et moins d’heures de cours disciplinaires pour les élèves – ce qui sera également renforcé par la réforme du collège.

La pondération est un moyen de mettre au pas les personnels : seul un rapport de forces collectif permettra d’inverser la donne car cette réforme est prévue pour contraindre les équipes, souvent composées de jeunes collègues en début de carrière, avec peu d’expérience, parfois mis en difficulté par l’administration, et non pour libérer du temps.

Face aux dégradations de nos conditions de travail, liées aux politiques managériales des chefs d’établissement, une réponse individuelle, par équipe et par établissement, ne peut suffire.
Il faut une convergence de réseaux, de villes, de bassins, accompagnée d’une véritable volonté syndicale de convergence nationale ! ●

Maite DOUMEINGTS,
collège Henri Wallon, Le Havre.


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