Contre le FN : urgence sociale et démocratique !

mardi 26 mai 2015  |  par  ÉÉ Revue  | 

Participant de l’émergence d’une extrême droite et d’une droite populiste xénophobe et raciste en Europe (Hongrie, Danemark, Autriche, Finlande, Grèce …), le FN tend à se banaliser. Le « feuilleton » familial ou sa prétendue mue ne doivent pourtant pas masquer le danger, ni nous faire oublier la nécessité d’analyser sa progression et celle d’organiser les résistances.

D’élection en élection, le FN élargit et « enracine » son influence. Aux municipales, dix villes et le 7e arrondissement de Marseille ont été conquises, auxquelles la Ligue du Sud en a ajouté cinq.
Selon un document de la CGT, « ce sont près de 450 000 de nos concitoyens qui vivent dans une commune administrée par l’extrême droite », sans compter les toutes petites communes et celles sous de pseudo-étiquettes divers droite ou “a-politique”.

Les sénatoriales ont confirmé cette poussée, par l’élection de 2 sénateurs et 3972 suffrages de grands électeurs alors qu’un seul millier lui était acquis.

Les départementales ont permis au FN de se présenter dans 95 % des cantons (9648 candidats), d’y recueillir près de 26 % des suffrages exprimés en n’y faisant élire que 62 conseillers départementaux (contre un sortant). S’il a échoué à conquérir plusieurs départements cela est du surtout au mode de scrutin !

Des progrès électoraux …

Ses scores aux départementales ont progressé dans les villes qu’il dirige. Selon un sondage IFOP, dans ces 10 villes, 73 % des habitant-es se déclarent satisfaits de leur maire, 82 % leur reconnaissent de l’autorité et 72 % de la compétence, même si 58 % les jugent sectaires.

La tactique des maires FN a changé depuis 1995. Plus insidieuse, « à pas de velours », ils relayent les thématiques frontistes et transforment progressivement le paysage social (cantine, logement, action sociale …) et le climat politique de ces communes ( associations, culture, démocratie locale…) à coup de provocations dosées et d’intimidations ciblées. Pour Marine le Pen, l’exercice municipal est un passage obligé pour doter le FN d’un bilan, grâce auquel « on passera à un stade supérieur ».

Au plan géographique, le vote FN s’appuyait sur 2 grands épicentres avec des électorats socialement diversifiés.
Ouvrier et populaire dans le Nord et classes moyennes et bourgeoises agglomérant un électorat « pied-noir »au Sud-Est.
Il réussit maintenant à s’étendre, y compris dans les zones traditionnelles de la vieille démocratie-chrétienne comme l’Ouest de la France. Le FN est en passe de devenir un parti … national au point que la presse évoque la « bande des trois » (UMP, PS, FN) et y voit la fin du « bipartisme » de la 5ème République !

D’une implantation au sein des artisans, petits patrons, paysan, le vote FN a encore progressé chez les ouvrier-es.
Cette évolution ne résulte pas tant d’un passage du vote ouvrier de la gauche vers le FN (le « gaucho-lepénisme » selon Pascal Perrineau) mais relève plutôt d’« un droito-lepénisme » (Nonna Mayer) c’est à dire d’une radicalisation du vote ouvrier réactionnaire qui a lui même progressé depuis 30 ans… Et de l’apport « … de nouveaux ouvriers qui entrent dans le corps électoral » qui selon Florent Gougon en forment l’essentiel.

… et bien au delà

Ce sont dans les milieux populaires où l’on s’inscrit le moins sur les listes électorales.
L’abstention, nourrie par les déceptions et les trahisons de la gauche gouvernante, avoisine 50 % et se situe aussi massivement dans les quartiers populaires.
Or, selon Nonna Mayer, « la proximité avec les idées du FN est encore plus massive que le vote FN », en particulier chez les ouvrier-es et les précaires. Les suffrages exprimées ne représentent donc qu’une partie de cette progression !

Autre élargissement populaire c’est « une explosion du vote MLP chez les employé-es du commerce ». Ce sont celles et ceux qui subissent le plus la peur du déclassement. Elles et ils sont « un peu plus catholiques, ont un taux d ’équipement légèrement supérieur à la moyenne, habitent hors des grandes villes, ont un petit diplôme et ont peur de perdre quelque chose ».

Le progrès du vote des fonctionnaires pour le FN est aussi emblématique. La gauche traditionnelle puisait dans l’ensemble de la FP une part importante de son électorat.
Or, dans la catégorie C (47 % des effectifs des trois versants de la FP), en 25 ans, la gauche chute de 60 % à 30 % quand le FN passe de 12 % à 30 %.
Cette évolution, peu marquée dans les catégories A et B, recoupe le constat d’un électorat populaire, peu diplômé et à faibles revenus ou précaire, polarisé par un FN qui n’en est pas à une contradiction près entre son « nouveau » discours de défense de la F.P et son orientation « anti-impôts ».

Enfin, chez les enseignant-es (1/5 de la FP), les progrès, modestes du FN, sont pourtant significatifs d’une stratégie de conquête qui teste, à rebours de son programme traditionnel (libéralisme, religion et ordre), de nouveaux secteurs sur la base du protectionnisme, de la « laïcité » et du service public, le tout fédéré dans la haine de l’immigration et des étrangers.

L’électorat du FN s’est aussi massivement féminisé. Alors que « les femmes étaient plus réticentes à l’égard de ce parti, en 2012, ce n’est plus le cas » selon Nonna Mayer.
Si l’image de Marine le Pen, par rapport à celle de son père, a pu jouer, cette évolution est liée, avant tout, à la conquête des milieux populaires et à la mise en sourdine des thématiques les plus « anti-féministes » ou à sa « discrétion » dans les manifestations contre « le mariage pour tous ».

Attestant de cette radicalisation à droite, au moins 44 % de l’électorat UMP adhère aux idées du FN et 40 % des sympathisants UMP sont pour des alliances avec le FN. Cette porosité de la droite vers le FN semble à sens unique : peu d’électeurs ayant voté FN « reviennent » au premier tour de scrutin vers la droite « classique » !

Le FN prétend être le premier parti de France. Au delà de l’effet d’estrade, il ne faut pas sous estimer une évolution dans la population où ses propositions sont partagées au delà de son électorat : « Il faudrait rétablir la peine de mort » (52 %), « il y a trop d’immigrés en France » (67 %), « plus de pouvoir à la police » (65 %) ou encore « la justice n’est pas assez sévère avec les petits délinquants » (66 %).

Le syndicalisme en état d’alerte ?

La désindustrialisation continue, le chômage de masse et la destruction du droit du travail ont modifié en profondeur le monde du travail et fait émerger une « nouvelle classe ouvrière » éclatée et précaire.

Les « adieux au socialisme » de la gauche gouvernante depuis plus de 30 ans ont été entendus par celle-ci qui n’a pas vu à « la gauche de la gauche » une alternative crédible à ces trahisons.

Le syndicalisme est lui aussi profondément en crise. Il est en difficulté pour représenter et organiser ce salariat. La brutalité des politiques gouvernementale et patronale met à nu sa faiblesse.
Sa pusillanimité et ses divisions ne l’aident pas à mener des combats. Devant cette « impuissance », certains de ses secteurs sont sensibles à la pression du FN qui a approfondi son tournant social des années 90 en y ajoutant un volet social-protectionniste : retraite à 60 ans, défense des 35h au discours hyper nationaliste (antimondialisation, repli hexagonal, anti Europe libérale).

L’heure n’est plus à implanter des syndicats fascisants. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à des adhérent-es ou militant-es « retourné-es », gagné-es aux idées de l’extrême droite, comme le montre une enquête de l’Humanité du 25/05/14.
Le vote FN, chez les salarié-es proches de FO s’élevait à 33 %, à 29 % pour les autres syndicats (CGC, CFTC et autonomes…), à 27 % pour Solidaires , à 22 % pour la CGT et à 34 % pour les salariés ne se sentant proches d’aucun syndicat.

L’apparition de militant-es ou responsables syndicaux sur les listes FN en est la traduction. La plupart des syndicats a été touchée (CGT, FO, Solidaires, CFTC) et on peut penser que cet « outing » ne dévoile pas tout. !
La pénétration des idéologies fascisantes par des réseaux type « Dieudonné-Soral » est avérée. Ainsi cette photo d’un groupe de grévistes faisant « la quenelle » sous une banderole CGT lors d’une grève dans le transport aérien.

La radicalité, si elle n’est pas articulée avec des programmes alternatifs de gauche et internationaliste, est parfois trompeuse … comme dans ce questionnaire sur l’attitude des syndicats par rapport aux patrons.
Parmi les 32 % de salarié-es qui estiment les syndicats trop conciliants à leur égard, 43 % se réclament du Front de gauche, puis 42 % du FN !

Mais tous les syndicats ne sont pas à la même enseigne. Dans les municipalités sous domination de l’extrême droite, les scores de FO sont le double de la moyenne de ce syndicat au plan national.
Même refusé par la direction de FO, l’appel à voter pour cette centrale par le FN aux élections professionnelles de la FP a pris un sens inquiétant !

La réaction des syndicats est également différente. Dans les cas où des membres des syndicats CGT/CFDT/Solidaires se sont présentés sur les listes FN, ils ont été exclus.
Ce n’est plus le cas de FO, qui au nom de l’apolitisme, refuse d’exclure ses membres présents sur ces listes (comme à Hayange pour l’ex-maire adjointe).
Ce comportement est en régression puisque FO y avait recouru avant.

D’où l’importance de l’action inter-syndicale unie, dont la FSU est partie prenante (CGT, Solidaires, UNEF, UNL, FIDL).
Cette campagne permanente n’est pas exclusive d’autres initiatives intersyndicales et associatives plus larges. Il est de l’intérêt de toutes et de tous, salarié-es, chômeuses-chômeurs, militant-es politique et d’associations et syndicalistes de réduire l’influence du FN, de le mettre hors-d’état de nuire. ●

NOËL DAUCÉ
BRUNO DUFOUR.


Navigation par Thèmes