Logiciel...

vendredi 20 novembre 2015  |  par  École Émancipée  | 

Le logiciel qui donne « les résultats qu’on veut », utilisé sur les moteurs des « voitures du peuple », n’est pas qu’une entourloupe industrielle et commerciale. Les logiques à l’œuvre ne sont pas cantonnées à l’automobile.

Les logiciels des ministères qui nous gouvernent auraient ainsi été mis au point par des ingénieurs issus des mêmes cénacles que leurs collègues qui travaillent pour les grandes firmes ? En tous cas, les indicateurs sont « dans les clous », la tendance se maintient, et les agents de l’état ou des collectivités territoriales qui auront fait preuve de « loyauté » et de « savoir faire » en seront gratifiés, car ils le méritent. Si vous n’avez pas les mêmes ressentis, des dispositifs de remédiations ont été prévus, ils sont à votre disposition… même pour vous !

De même que les normes « acceptables » sont définies pour les voitures sur circuit, à vitesse de croisière installée, après qu’on ait retiré du véhicule tout ce qui pouvait inutilement le surcharger et le faire échouer aux tests (les sièges, la batterie…), on a soigneusement fixé pour les services publics une bonne gouvernance adaptée à des territoires sur lesquels ne souffle aucun vent contraire comme la pauvreté ou le déclassement, sans les boulets que sont l’accumulation de problèmes particuliers (relégation sociale, ghettoïsation urbaine, précarité du quotidien…).

Mais comme nous ne sommes pas dans un monde parfait, ni virtuel, il arrive que le climat se dégrade : la COP 21 fixera des normes de bonne conduite, on « séquestrera » le CO2 ou les gaz à effet de serre, comme on met en rétention les sans papiers ; on peut même dans les deux cas négocier des échanges entre pays. Ainsi la jungle de Calais, qui est décidément peuplée de gens hors normes, fait désordre : les ministres sont allés sur le terrain, ou à proximité, pour dire comment il fallait traiter le problème, alors que des ONG ou des organisations caritatives le tentent (sans jeu de mots) tous les jours : leurs expertises, comme pour celles et ceux qui font le vrai boulot dans tous les domaines, n’est pas réellement prise en compte, car elles n’utilisent pas le bon logiciel. Et si des acteurs de terrain exaspérés de ne pouvoir se faire entendre cassent ou bousculent (ferme des mille vaches, Air France, ZAD…), on les fiche au tribunal (ce sont des « stupid people », qui ne représentent pas convenablement notre pays, a dit un ministre à de puissants médias).

La fermeture des frontières à la libre circulation des personnes à l’intérieur de l’Europe ne sera pas facile à dénoncer, après les tueries du 13 novembre. Le travail militant visant à maintenir les luttes sociales pourrait vite être considéré comme une attitude hors normes, le dérèglement symptomatique d’une inadaptation chronique aux logiciels… adaptés. Comme l’ont vécu ceux qui ont fait connaître la fraude pour les moteurs, les dénonciations sont ardues et longues à faire connaître, et il faut ensuite construire d’autres logiques.

Si on n’est pas en plein dedans, ça risque de durer…


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