Construire un mouvement contre l’austérité : contribution aux débats de l’EE-SNUipp

vendredi 25 septembre 2015  |  par  ÉÉ-SNUipp  | 

Les politiques austéritaires, poursuivies sans relâche en Europe, creusent les inégalités de façon abyssale. Le rapport de l’Oxfam montre que jamais l’Europe n’a été aussi riche tandis que le nombre de pauvres croît de façon vertigineuse. D’un côté c’est chômage et sous-emploi avec les 40% les plus pauvres qui ne détiennent que 1% des richesses et de l’autre c’est l’opulence avec 31% des richesses captées par les 1% les plus riches.
Si les effets de la crise de 2008 contribuent également à ce désastre, crise dont il faudrait par ailleurs pointer les responsables, les politiques économiques menées depuis creusent et amplifient ces inégalités. Une enquête du FMI met en évidence l’impact désastreux des coupes budgétaires, privatisations et réformes structurelles aux dépens des services publics, la santé et l’éducation notamment, et celle de la casse des mécanismes de redistribution sociale, comme la fiscalité. Cette dernière cible les revenus du travail, épargnant ceux issus du capital, et bichonne les entreprises, qui ont bénéficié de 25% de baisse moyenne depuis 2008, à coups d’exonérations. On est loin de quelconques mesures vertueuses censées « assainir les finances publiques » mais bien en présence d’un choix politique délibéré et assumé de faire payer les peuples.
Et c’est sans compter la fraude fiscale qui s’élève à 1000 milliards d’euros pour l’Europe et entre 60 et 80 milliards rien que pour la France et qui profite aux plus riches. En comparaison, le 3e mémorandum austéritaire grec estime le plan « d’aide » à 85 milliards d’euros…

Provocations libérales du gouvernement

Non seulement l’Europe s’enfonce dans ces choix politiques désastreux mais le gouvernement Hollande les accompagne d’une casse des droits des salariés. Après la loi Macron, place au rapport Combrexelle. La hiérarchie des normes du droit du travail est clairement dans le viseur. Cette conquête syndicale permet pourtant que la législation soit la même pour tous, les accords collectifs ne pouvant être que plus favorables à la loi, et le contrat de travail individuel ne pouvant également être que plus favorable à ces accords. Une remise en cause de la hiérarchie des normes déboucherait immanquablement sur des régressions sur le temps de travail et les salaires. Dans la Fonction publique, c’est la Cour des comptes qui joue ce rôle de boîte à idées libérales pour diminuer encore davantage la masse salariale de l’Etat : réenclenchement d’une suppression mécanique de postes (mais seulement un sur quatre), ralentissement des carrières, suppression du supplément familial… Et la dernière sortie de Macron contre le statut des fonctionnaires est loin d’être anodine : malgré les dénégations effarouchées de Hollande, on sait bien que poser cette idée sur le devant de la scène ne manquera pas de la rendre légitime et donc acceptable puis utilisable pour enfoncer le coin de la division entre les salariés.

Aucune illusion en PPCR

C’est dans ce contexte que s’inscrit le débat sur l’accord PPCR dans la Fonction publique.
Un accord cadre très limité, qui n’écarte pas des remises en causes statutaires dans des discussions futures, qui limite la participation au comité de suivi aux seuls signataires, qui fait du chantage aux négociations salariales et dont les mesures en terme de déroulement de carrière et de revalorisation des grilles sont de faible ampleur, différées et sans garantie de financement. Avec de surcroît la création pour les enseignants d’un 3ème grade pour les plus méritants !

Signer et valider PPCR ne garantit en rien que l’accord s’applique. Dans ce contexte la crainte d’un financement des mesures par les fonctionnaires eux-mêmes est réelle. Enclencher une dynamique de mobilisations pour contraindre le gouvernement est donc indispensable. Une dynamique croissante doit se mettre en place jusqu’au rendez-vous salarial de février prochain, première étape des négociations liées à l’accord si ce dernier devait être signé. Il faut dès maintenant amplifier la campagne de votation CGT-FSU-Solidaires-FAFT en la prolongeant jusqu’en février et s’atteler à la construction d’une grève majoritaire dans la Fonction publique à l’ouverture de ces négociations salariales avec l’objectif de récupérer les pertes cumulées depuis 2010, soit 7,4% de pouvoir d’achat.

Le 8 octobre en grève

Notre campagne syndicale sur le travail doit également s’amplifier. Le volet « salaires » est traité globalement et décliné spécifiquement dans le premier degré avec l’exigence de l’Isae égale à l’Isoe pour tous immédiatement. Il s’agira de mettre également en lumière le volet « moyens » lors du budget 2016 avec la réalité des besoins dans les écoles et les insuffisants 54 000 postes qui en l’état ne verraient même pas le jour. Il nous faudra combiner les salaires et l’emploi de la façon la plus unitaire et la plus offensive possible au niveau de la Fonction publique lors de l’examen du budget. Cela rejoint la construction d’une mobilisation sur le long terme de l’ensemble des salariés pour l’emploi et contre les politiques d’austérité. Le 8 octobre, après le 9 avril, en est la prochaine étape. Cette journée doit clairement prendre la forme d’une journée de grève interprofessionnelle.

Reprendre la main sur notre temps de travail

Enfin dans notre campagne sur le travail, l’exigence d’une baisse du temps de travail des enseignants doit être prise à bras le corps. Dans un contexte de réforme des rythmes scolaires imposée en dépit des appréciations fortement négatives de la profession c’est le temps personnel des enseignants qui est attaqué au fil des réformes non financées et des prescriptions administratives qui en découlent. Les 108 heures de plus en plus contraintes permettent au ministère d’afficher une ambition de façade pour l’école et de masquer dans le même temps le déficit d’engagement budgétaire que cette ambition nécessiterait : difficulté scolaire, formation continue, travail en équipe, relations avec les familles… Reprendre la main sur les 108 heures en commençant par abandonner les APC c’est reconquérir du temps en imposant au ministère de prendre ses responsabilités dans son projet éducatif et en particulier dans le traitement de la difficulté scolaire par le renforcement des RASED. La consigne du SNUipp doit être le reflet de sa détermination à refuser que les enseignants soient les victimes à double titre de politiques d’austérité, non seulement par le recul des salaires mais aussi par la l’allongement du temps et la dégradation des conditions de travail. Cette consigne claire doit s’accompagner d’une adresse ferme au ministère pour que soient revues les ORS des enseignants du premier degré et d’une campagne d’opinion d’ampleur pour dénoncer le leurre que constitue le maintien des APC.

Obtenir des avancées sur le temps de travail ou les salaires ne sera possible qu’en mettant des coups de boutoir aux politiques d’austérité. Pour cela, le SNUipp-FSU doit s’engager avec la FSU et les autres organisations syndicales de transformation sociale dans la construction d’un mouvement d’ampleur, à la fois de conviction et d’actions, à la fois multiple et cohérente, qui passe par la grève du 8 octobre, la votation Fonction publique, la campagne sur le travail enseignant… et doit s’étendre.


Retour sur PPCR et le CDFN

Outre le fond contestable et contesté du texte, les conditions imposées par le calendrier ministériel ont contribué à rendre très compliqué le positionnement de la FSU sur la signature de cet accord. A la demande de nombreuses sections départementales le secrétariat national a pesé pour retarder la prise de position de la FSU pour permettre une meilleure appropriation de ce texte complexe par le plus grand nombre et construire des convergences avec les autres organisations syndicales de transformation sociale, sans succès… Après l’adoption à plus de 93% d’un texte caractérisant PPCR et la politique gouvernementale et le vote indicatif du CDFN à 60,7%, il fallait avancer. Il s’agissait de ne pas faire obstacle à la volonté majoritaire de la FSU, passer la barre des 70%, sans dénaturer le mandatement du SNUipp qui ne le permettait pas. Complexe et insoluble…
L’école émancipée s’est focalisée sur la préservation des 3 votes en « contre » dans le vote final, qui représentent les 30 sections en contre.
Pas forcément satisfaisant mais quelle solution aurait-elle été satisfaisante ?


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