Être féministe, c’est ça mon genre !

jeudi 22 janvier 2015  |  par  ÉÉ Revue  | 

Le « genre » est une sorte de cache-sexe, une façon d’être poli ou de dire poliment – et donc d’euphémiser – les contenus féministes.
On a le sentiment qu’aujourd’hui on veut bien écouter des choses sur le « genre » mais sans les gros mots que sont « féminisme » et « patriarcat ». [1]

À l’heure de la dénonciation, à tout va, du grand méchant « gender » par tous les réactionnaires de tous bords, du retrait des ABCD de l’égalité, nous devons nous interroger sur les débats créés, au sein du mouvement des femmes, par l’utilisation systématique du « genre » à propos des rapports sociaux de sexe.

« Dans les années 1970, il (le concept de genre) est adopté et surtout adapté par des théoriciennes féministes, notamment par la sociologue britannique Ann Oakley, dont les recherches portent sur le travail domestique des femmes. » [2]

Dès les années 70, Christine Delphy utilisait le « genre », Danielle Kergoat adoptant, elle, le « rapport social de sexe », « promouvant l’étude empirique de l’articulation « dynamique » des rapports de production, de sexe, mais aussi de classe, et plus récemment de race ». [3]

Passant de « la femme », le sujet du féminisme est devenu « les femmes » [4] dont l’oppression spécifique se caractérise par une domination idéologique, politique, économique et sociale – la domination masculine – maintenue par un rapport de forces pouvant aller jusqu’à la violence physique.
La construction sociale du genre justifie l’oppression : les différences biologiques entre hommes et femmes sont naturellement créatrices d’inégalités.

L’oppression spécifique des femmes

Les études féministes ou de rapports sociaux de sexe se sont peu à peu transformées en « gender studies » et on peut s’interroger sur les positionnements qui évoquent que « En fait, loin de détruire ou d’abolir, les gender studies élargissent la perspective : elles ne disent pas que les normes n’existent pas ou qu’elles sont fausses, mais, au contraire, qu’elles ne cessent de se transformer au cours de l’histoire.
Elles n’opèrent pas de la même façon, tout le temps et partout, et ne sont donc pas figées dans un schéma unique. » [5]

La construction sociale du genre s’opère pourtant, partout, systématiquement au détriment des femmes. C’est une « norme » qui opère uniformément.

L’utilisation systématique du genre, à la place de rapport social de sexe, tend à mettre de côté la domination masculine.
Une oppression liée en premier lieu au sexe comme par exemple l’excision, le viol, la prostitution. C’est la féminisation, par la société, de l’homosexuel masculin qui le rend hors « normes » et c’est l’évitement du masculin qui rend le lesbianisme subversif. Les inégalités de sexe sont créatrices d’inégalités de sexualités.
« En tant que féministe, parler du genre, reste et restera, tant que la situation des femmes ne se sera pas améliorée, à peu près partout sur cette planète (éducation, salaires, santé, violences, violences conjugales, viols, féminicides, etc.), parler de l’abolition de la domination masculine, un point c’est tout. »

Le combat féministe pour la libération des sexes et des sexualités

La lutte féministe est bien une lutte pour l’égalité des sexes, pour qu’aucune assignation d’un sexe à un rôle social ne s’impose, tant dans la sphère publique que privée.
L’utilisation systématique du terme de genre, parfois comme synonyme de sexe, invisibilise la source de la domination masculine : le sexe féminin est considéré comme inférieur au sexe masculin. L’oppression et le combat des femmes sont spécifiques, comme par exemple la lutte contre l’utilisation de leur corps au profit des hommes.
Les débats à l’œuvre aujourd’hui sur la gestation pour autrui ou la prostitution en sont des exemples réels. Une libération commune ne pourra se faire que si on considère en premier lieu les sexes égaux, sans qu’aucun, sous aucun prétexte, ne puisse avoir de droits sur l’autre. ●

Ingrid Darroman


[1] Pascale Molinier in Christine Delphy, Pascale Molinier, Isabelle Clair et Sandrine Rui, « Genre à la française ? », Sociologie [En ligne], n° 3, vol. 3 | 2012, mis en ligne le 24 octobre 2012

[2] Genre et Féminisme : pourquoi vont-ils de pair ?
Anne Charlotte Husson (www.cafaitgenre.org)

[3] Christine Delphy, Pascale Molinier,
Isabelle Clair et Sandrine Rui, « Genre à la française ? »,
Sociologie [En ligne], n° 3, vol. 3 | 2012, mis en ligne le 24 octobre 2012.

[4] Raphaëlle Bellon/Cyril Barde
Article issu de la journée d’étude du laboratoire junior CMDR
« Le corps et les gender studies », ENS de Lyon, 20/11/2012.

[5] Judith Butler.


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