La parole à Solidaires et à la CGT

jeudi 22 janvier 2015  |  par  ÉÉ Revue  | 

Questions à Denis Turbet-Delof,
secrétaire national de l’union syndicale solidaires.
« Un taux d’abstention qui nous interpelle »

Quel bilan général faites-vous de ces élections ?
Ce rendez-vous historique pour la Fonction publique, puisque pour la première fois les trois versants votaient ensemble, a été marqué par un taux d’abstention qui nous interpelle.
Certes, le processus du vote électronique pratiqué dans quelques ministères (MEN, Poste…) a été source, encore une fois, de dysfonctionnements graves, voire d’attente à la possibilité de voter. Mais cela n’explique pas tout.
Trop d’agents manifestement ne se sont pas sentis concernés par ce rendez-vous. Cela doit nous interroger. Ce qui est certain c’est que nous continuerons à réclamer l’abandon du processus électronique de vote pour le prochain rendez-vous… Il est éminemment critiquable.
Mais on peut aussi faire le constat que cette désaffection se retrouve dans les rendez-vous électoraux politiques… C’est donc bien la question du rapport à la chose publique et politique qui se pose ; ce rapport se fragilise.

Le monde syndical doit pouvoir y répondre en retrouvant le chemin du rapport de forces qui redonnera envie aux personnels de s’engager dans des combats qui méritent le coup ! C’est en étant force de proposition et d’action que nous pourrons retrouver ce sens perdu.

Et plus particulièrement pour votre organisation syndicale ?
Pour Solidaires FP, ces élections ont confirmé notre ancrage dans la Fonction publique en validant notre progression dans les versants de l’État et de la Territoriale et notre maintien à l’Hospitalière.
Nous avons gagné plus de 10 000 voix par rapport à 2011. Nous disposons de deux sièges au conseil commun de la FP, de deux sièges au conseil supérieur de la Fonction publique de l’État et au conseil supérieur de la Fonction publique hospitalière.
Nous espérions décrocher un siège dans le versant de la territoriale… Mais malgré notre développement réel dans ce secteur, cela n’a pas suffi. Notre organisation est une jeune force syndicale (au regard de certaines historiques).
Notre implantation est bien réelle, voire majoritaire dans certains secteurs. Mais il est clair qu’au sein de l’État, il nous appartient de travailler à un développement plus harmonieux. Cela sera un de nos engagements pour ce mandat qui s’ouvre désormais.

Quelles conséquences dans les relations intersyndicales ?
Le paysage syndical n’a pas fondamentalement changé suite à ces élections. La CFTC et la CGC sauvent leur siège au conseil commun. Malgré une baise générale, la CGT reste la première organisation syndicale dans la Fonction publique. FO renforce sa première place à l’État et l’UNSA progresse dans les trois versants.
On notera qu’au niveau de l’État, les forces syndicales qui ont choisi le combat pendant ce dernier mandat restent majoritaires (CGT, FSU, Solidaires et à côté FO).
Par contre, il est clair que certaines forces syndicales « accompagnatrices » semblent tirer les marrons du feu (UNSA). Quant à la CFDT, autre force « accompagnatrice », elle reste à son niveau.

Alors quelles conséquences pour l’action syndicale ? Pour nous, il ne doit pas y avoir de répit. La politique menée actuellement envers les personnels de la fonction publique est condamnable à plus d’un titre.
Un pouvoir d’achat en berne, des suppressions d’emplois qui se poursuivent, des conditions de travail qui se dégradent toujours un peu plus.

La perspective des négociations PPCR (parcours professionnels carrières et rémunérations) ne laisse guère poindre d’espoirs significatifs. Plus largement, la question des services publics, confrontés aux trains des réformes tous azimuts, doit nous forcer à agir ensemble pour éviter l’affaiblissement programmé de cet élément fondamental de cohésion sociale.

Nous pensons donc qu’il faut très vite se retrouver dans l’unité la plus large (à condition que celle-ci ne soit pas un frein à l’action) pour construire ensemble un rapport de force suffisant pour forcer le gouvernement à changer de politique dans ces domaines.
D’ores et déjà, une proposition de rencontre a été lancée par la CGT. Nous y répondons favorablement, bien volontiers. Mais ce qui est sûr, c’est que rien ne se fera si chacune et chacun se retranche dans son coin, entretenant un fatalisme mortifère qui ne peut que déboucher sur des reculs sociaux importants.
Oui, il est possible de faire autrement. Oui, il est possible de construire un monde plus juste et plus solidaire ! ●

Propos recueillis
par Laurent Zappi

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Questions à Christophe Delecourt,
membre du bureau de l’UGFF-CGT.
« Créer les conditions de processus de mobilisations massifs »

Quel bilan général faites-vous de ces élections ?
Il serait prétentieux de proposer ici un bilan général. C’est dans un contexte pour le moins difficile que les personnels, cœurs de cible des politiques d’austérité, étaient appelés à voter.
Ces politiques se traduisent par des attaques sans précédent contre les politiques, les services et l’emploi publics ; des conditions de vie au et hors travail qui ne cessent de se dégrader ; une crise du sens, des finalités et des conditions d’exercice du travail.
Dans le même temps, même si la CGT et d’autres organisations syndicales ne cessent d’y travailler, on constate des difficultés récurrentes quant à notre capacité à construire, avec les personnels, des propositions et des revendications alternatives et à créer les conditions de processus de mobilisations massifs.

Dans un contexte caractérisé par une crise d’efficacité du syndicalisme, parmi les enjeux clé du scrutin, le taux de participation, le vote et l’adhésion aux organisations porteuses d’alternatives étaient posés.
Même si beaucoup reste à faire, avec un taux de participation de l’ordre de 53 %, les personnels ont marqué leur attachement à la démocratie sociale et au mouvement syndical. Toutefois, la baisse enregistrée dans les trois versants de la Fonction publique pose question.

Dans le même temps, pour ce qui concerne plus particulièrement la FPE, les résultats obtenus par les différentes organisations syndicales génèrent une balkanisation du mouvement syndical qui pourrait nourrir encore l’inefficacité de celui-ci.
Plus de la moitié des personnels ont participé au scrutin sans qu’il soit possible d’identifier une adhésion significative aux démarches et pratiques syndicales initiées par les organisations syndicales candidates.
Ces organisations sont interrogées sur le syndicalisme qu’elles entendent proposer et mettre en œuvre. Un questionnement qu’elles devront travailler ensemble mais aussi dans une confrontation constructive avec les personnels.

Et plus particulièrement pour votre organisation syndicale ?
La CGT demeure la première organisation syndicale de la Fonction publique mais est en recul significatif dans les trois versants.
Elle conserve sa première place dans les fonctions publiques territoriale et hospitalière mais elle recule respectivement de l’ordre de 3,5 et 2 points.
S’agissant de la FPE, la CGT est confrontée à un recul conséquent de l’ordre de 2,4 points par rapport aux résultats électoraux de 2011. Les personnels nous ont donc adressé un véritable message en sanctionnant la CGT. Il nous faudra en tirer toutes les conséquences.

Quelles conséquences dans les relations intersyndicales ?
Nous avons besoin du temps nécessaire pour procéder à une analyse la plus affinée possible des résultats électoraux avant d’en tirer toute une série de conclusions.
A ce stade, je me permets de soumettre au débat quelques réflexions. Cette consultation intervenait dans un contexte de basculement dans les dispositions pérennes des accords de Bercy de 2008, puisque, avec la loi de juillet 2010, seules les organisations syndicales ayant obtenu au moins un siège dans les différentes instances concernées sont représentatives des personnels.
Seules ces organisations pourront négocier des accords, qui ne pourront être valides que s’ils sont signés par des organisations syndicales représentant une majorité de voix aux élections professionnelles.
C’est aussi de ce point de vue et de notre volonté de mettre en œuvre un syndicalisme articulant critiques des réformes initiées, élaboration de propositions et de revendications alternatives, construction des rapports de forces nécessaires pour imposer la prise en compte de ces corpus revendicatifs dans les processus de négociation, qu’il nous faut analyser les résultats obtenus par les différentes organisations syndicales.

Une telle démarche devra amener les organisations syndicales à des constructions unitaires exigeantes et renouvelées. Au-delà de cet enjeu majeur, il me semble que ces élections interrogent plus particulièrement encore la CGT, la FSU et Solidaires.
Porteuses d’une démarche syndicale de transformation profonde et durable de la société, porteuses d’une démarche syndicale posant et aspirant à une évolution du paysage syndical visant à créer les conditions d’un rassemblement d’un syndicalisme interprofessionnel, il me semble que nos organisations doivent aussi, dans la période qui s’ouvre, réfléchir et s’adresser, ensemble, à leurs militantes et militants, à leurs syndiqué-es, aux salarié-es, pour débattre des moyens nécessaires afin d’y parvenir. ●

Propos recueillis
par Laurent Zappi


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