Jérôme Falicon : notre syndicalisme à la croisée des chemins

jeudi 19 mars 2015  |  par  ÉÉ-SNUipp  | 

Notre syndicalisme est à la croisée des chemins. Quand en 1947, nous avons fait le choix de l’autonomie, ce n’est pas pour couper les travailleurs de l’éducation de l’ensemble du salariat, mais pour signifier notre désaccord sur la question du lien entre politique et syndicalisme. Cette question n’a pas de valeur en soi parce que le syndicalisme de transformation sociale progressiste porté à l’époque par la CGT et la CGT force ouvrière est de toute façon un syndicalisme politique. La fédération de l’éducation nationale de la confédération des travailleurs est un outil de transformation progressiste de la société, mais cela ne se conçoit que dans l’unité : l’unité d’action, bien sûr, l’unité structurelle aussi.

C’est bien en gardant ces principes en mémoire que nous devons participer à la construction du mouvement social qui permettra des avancées pour l’ensemble des travailleurs, en commençant par notre champ propre. Dans ce sens, notre CN de novembre, considérant la dégradation continue des conditions de travail de nos collègues, a posé les prémices d’une action de grève en début d’année. « Le SNUipp-FSU s’engage dans la construction d’une grève nationale dans le cadre fédéral et l’unité la plus large avant les vacances d’hiver 2015. » On sait ce qu’il en a été tant sur la construction que sur l’unité ! Nous nous sommes donc engagés dans cette action de la plus mauvaise des manières, une sorte de grève exutoire après un échec aux élections professionnelles. Au final environ 15 % de nos collègues seulement nous ont suivis. Mais 15 %, c’est quand même 60 000, à comparer à nos 40 000 syndiqués actifs, ça reste significatif.

Nous devons aujourd’hui franchir une marche supplémentaire. « Nos » confédérations ont enfin acté le ras le bol des travailleurs de ce pays face aux politiques d’austérités menées. Comment aurions-nous pu nous en désolidariser ? Nous ne l’avons pas fait, tant mieux car cela aurait été, non seulement une grande première, mais un signe désastreux envoyé à nos mandants. Évidemment cela ne suffit pas, nous devons absolument, à tous les niveaux, construire cette journée de grève pour qu’elle marque le début d’un réengagement des travailleurs dans les luttes. Préparer du matériel national pour notre secteur, rencontrer et préparer les actions avec nos partenaires départementalement et diffuser, rencontrer nos collègues, les convaincre, labourer notre terrain pour semer l’espoir.

Mais au-delà, interrogeons nous sur notre outil syndical. Rester dans l’autonomie est-il encore justifié ? Comment ensuite toucher et mobiliser l’ensemble des travailleurs alors qu’une partie de plus en plus importante d’entre eux traverse de longues périodes de chômage ou est engluée dans un salariat de plus en plus précaire ? Pouvons-nous, dès maintenant, commencer la constitution d’une caisse de grève, centralisée ou non ? Comment reconstituer un réseau militant en capacité de faire un travail de terrain ? Comment rencontrer régulièrement l’ensemble de nos mandants pour qu’ils participent réellement à la construction de l’orientation et de l’action syndicales ?

Autant de questions que nous devons avoir à l’esprit dans la période qui vient en construisant la mobilisation nécessaire du 9 avril.


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