Un climat délétère

samedi 22 novembre 2014  |  par  ÉÉ Revue  | 

Les médias se font l’écho de façon récurrente d’expressions d’hommes et de femmes politiques, ainsi que de sondages d’opinion, qui laissent à penser que les idées humanistes seraient devenues minoritaires dans notre société.

Selon une récente étude du Crédoc [1] 37 % des sondé-es pensent que les personnes qui vivent dans la pauvreté n’ont pas fait d’effort pour s’en sortir : « les crises économiques avaient par le passé renforcé la compassion, mais depuis 2008, c’est l’inverse, les liens de solidarité s’affaiblissent ».

Notre modèle social n’a plus la cote, et nos ministres eux-mêmes ne se privent pas de le remettre en cause : Valls veut interroger l’assurance-chômage et le CDI, Rebsamen voit en chaque chômeur un fraudeur potentiel ; quant à Macron, il évoque les « ouvrières illettrées », et « les pauvres qui pourront voyager en car »…

Racisme décomplexé quand des commentaires haineux, évoquant une prétendue « invasion », voire le « grand remplacement », obligent le ministère de l’éducation à retirer de sa page Facebook une photo d’élèves issu-es de la diversité ethnique.

À Calais, le collectif « sauvons Calais » est l’objet d’une enquête pour incitation à la haine raciale après une manifestation contre les migrant-es (avec saluts nazis).
Les maires FN ont du mal à rester dans le cadre respectable souhaité par leur parti. Celui de Beaucaire dénonce les moyens mis en place par l’Éducation nationale pour les enfants allophones.
Mais ailleurs, des élu-es UMP reprennent sans vergogne des refrains similaires : la maire de Montauban veut réserver l’école aux Montalbanais « de souche »…

La lepénisation des esprits se poursuit, les idées de l’extrême droite se banalisent de plus en plus. La responsabilité en incombe notamment aux politiques qui, de droite comme de gauche, ont repris ces thèses, parlant par exemple du « problème » de l’immigration, ou fustigeant « l’assistanat »…
Croyaient-ils franchement combattre l’extrême droite en adoptant sa rhétorique ? C’est bien le Front National qui engrange aujourd’hui, avec une vraie soif de pouvoir.

De fortes poussées réactionnaires

L’école est le terrain d’offensives multiples des extrêmes droites. Surfant sur le malaise enseignant, les collectifs Racine tentent d’y populariser les idées du FN.
Les tenant-es de l’ordre moral entendent contrôler le choix des manuels et spectacles scolaires, voire les contenus d’enseignement, et ont écrit en ce sens à de nombreux établissements de Loire-atlantique.

Mais c’est aussi la rue qu’occupent ces réactionnaires, bien trop souvent depuis dix-huit mois. En témoigne encore la « manif pour tous » du 5 octobre, et son déni de la réalité plurielle des familles.
Eux, qui s’érigent en protecteurs de l’enfance, instrumentalisent leur progéniture dans ces cortèges de la haine, incapa­bles de penser aux dégâts que cela occasionnera chez certain-es de ces jeunes qui se découvriront LGBT à l’adolescence, et qui le vivront d’autant plus douloureusement.

Quant aux enfants qui grandissent dans des familles homoparentales, ou bien recomposées, ou monoparentales, ils et elles auront souffert d’entendre que « une famille, c’est un papa et une maman », discours négatifs et excluants.
Où se situe vraiment l’intérêt des enfants ?

L’extrême droite n’est pas la seule composante de ce mouvement, l’UMP y tient une place non négligeable.
N’oublions pas le poids des églises dans ces mobilisations, rappelons-nous que le Vatican est entré en guerre, voilà plus de 20 ans, contre le genre, les féministes et « le lobby » LGBT.

Un effet de loupe ?

Ces positions réactionnaires sont-elles largement partagées ? Ou bien grossies par les projecteurs médiatiques ?
Quand seulement 24 % de l’opinion pensent que la « manif pour tous » a encore un sens, 57 % sont favorables au mariage pour tous les couples, et 61 % considèrent les familles homoparentales comme des familles à part entière.
Dans un tout autre registre, la campagne multiforme d’ATD-quart monde contre les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté connaît un succès certain.

Comme le dit Philippe Corcuff, ne nous laissons pas voler la critique sociale.
« Une des pistes pour éviter le risque postfasciste consiste à réintégrer le « sociétal » dans une question sociale trop délaissée : les dominations de classe, mais aussi de genre, raciale ou hétérosexiste, doivent être prises en compte pour sortir du clivage national/racial porté par le FN. » ●

Cécile Ropiteaux


[1] Centre de Recherche pour l’Étude et l’Observation des Conditions de vie.


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