FRAternité, LIBerté, Solidarité

dimanche 14 septembre 2014  |  par  ÉÉ Revue  | 

Fralib est une lutte amblématique par sa durée et la tenacité des salarié-es.
Ceux-ci, après quatre années de bagarre afin de conserver l’usine et les emplois à Gémenos, ont obtenu la création d’une coopérative ouvrière.
Retour sur une lutte victorieuse.

Il y a beaucoup de monde ce vendredi 4 juillet à l’usine Fralib de Gémenos, dans les Bouches du Rhône. Syndicalistes, représentant-es de partis politiques, militant-es venus de partout en France, ils se sont donné un dernier rendez-vous pour saluer la victoire de ces salarié-e-s désormais célèbres dans tout l’hexagone.

Dehors on achète des T-shirts qui revisitent le nom de la boîte : FRA comme fraternité, LIB comme liberté et S comme solidarité, et on déguste une glace « La Belle Aude », anciennement glace Pilpa, désormais produites dans une SCOP. Solidarité simple du monde ouvrier.

À l’intérieur de l’usine c’est sur une scène en palettes, que sont accueillis les artistes. Les copains d’abord sont venus pousser la chansonnette : reprises de Renaud, Brassens ou de chants révolutionnaires.
Il y a aussi les salariés de Fralibs qui, entre deux piquets de grève, ont monté une troupe de théâtre (Los Théâtros) pour raconter leur histoire, et un groupe de musique engagée (Los Fralibos).
Puis, il y a bien entendu les soutiens de toujours : Audrey Vernon, HK, Gari Grèu ou encore les Red Lezards. Ce soir, il y a comme un parfum de révolte qui flotte dans l’air.

C’est la victoire des travailleurs contre le monde de la finance, et nombreux sont ceux qui veulent partager cette joie.
Il faut dire qu’après tant d’années à battre le pavé pour défendre nos retraites, notre système de santé, notre service public, nos emplois… et souvent pour pas grand-chose, quand une lutte paye, tout le monde veut faire partie de la fête. Enfin !
Les Fralibs (ou plutôt faut-il dire maintenant les « ex-fralibs » !) ont gagné, le groupe Unilever va devoir verser 19 millions d’euros à ces salariés pour pouvoir démarrer leur projet de SCOP (Société Coopérative (Ouvrière !) et Participative).

Mais si ce vendredi 4 juillet les sourires sont sur toutes les lèvres et les poings hauts levés, ces 1336 jours de grève n’ont pas été de tout repos.
Pour prendre la mesure de cette victoire, il faut revenir sur quatre ans de conflit.

Travailleurs contre multinationale

C’est en septembre 2010 que le groupe Unilever, en troisième position mondiale dans la grande consommation, annonce son intention de fermer l’usine de Gémenos, jugée « pas assez rentable » aux appétits des actionnaires de la boîte.

C’est vrai qu’un sachet de thé produit dans le sud de la France ne rapporte « que » 14 centimes de bénéfices, alors qu’à la sortie d’une usine en Pologne, ça en ferait 17 !
190 familles bossent ici, mais la sacro-sainte règle du capitalisme est aussi simple qu’inflexible : satisfaire les actionnaires d’abord. Refuser le « plan social » présenté comme inéluctable et choisir le combat social est alors le point de départ de l’aventure vécue par ces salarié-es, producteurs de sachets de thé.

Les étapes qui ont marqué cette histoire sont nombreuses. De la fermeture de l’usine au printemps 2012 aux annulations successives par la justice des plans sociaux proposés par le groupe, en passant par les heurts avec les vigiles tout en muscles envoyés par la direction pour « sécuriser » le site, le combat mené par les Fralibs s’est rapidement politisé : appel au boycott, meetings, prise de position d’un François Hollande candidat à la présidence…

De manifestations en manifestations, les Fralibs ont montré combien le chemin est long pour que des travailleurs puissent faire valoir leurs droits dans l’univers marécageux du néolibéralisme.
La décision du tribunal contraignant le groupe Unilever à verser 19 millions d’euros aux salariés marque la fin de cette lutte mémorable et ouvre une nouvelle page, celle de la SCOP-TI (Thés et Infusions).

Une victoire riche d’espoirs

Les 70 salarié-es qui ont mené la bataille et qui veulent désormais produire un thé de qualité naturelle doivent maintenant trouver un mode de fonctionnement équitable, des réseaux de distribution, un nom…
La singularité de cette lutte de classe et son dénouement triomphant donnent l’occasion aux syndicalistes de tracer des perspectives. Avec la réalité d’une lutte sociale d’abord : les forces mises en jeu, l’énergie collective dépensée, les soutiens à créer, les pièges à éviter… pour qu’elle soit victorieuse. Avec le modèle de production ensuite que sont les SCOP, avant postes d’expériences autogestionnaires [1] ?
À tous les salarié-es enfin, cette histoire donne un souffle d’espoir en ouvrant une brèche dans le capitalisme triomphant… et ça fait du bien ! ●

Frédéric Grimaud
ÉÉ 13



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