Syndicalistes, pas voyous !

samedi 17 mai 2014  |  par  ÉÉ Revue  | 

Philippe Galano, ancien délégué syndical CGT des Autoroutes de France, Pierre Coquan, responsable de l’UD CGT du Rhône, Guylaine Raffin, secrétaire générale de l’UD CGT d’Eure et Loire, Gaël Quirante, secrétaire départemental SUD PTT 92, les « Cinq de Roanne » et, les derniers en date, les quatre militants CGT de l’UL du Havre, toutes et tous ont été traîné-es devant les tribunaux pour leur activité syndicale (y compris pour certain-es pour diffusion de tracts).
Loin de cesser avec l’arrivée de F. Hollande au pouvoir, la criminalisation du mouvement social s’est poursuivie.

Criminaliser, il en reste quelque chose…

Pour le patronat, l’objectif est simple : « il s’agit de faire passer les syndicalistes les plus combatifs pour des voyous auprès d’une opinion publique, influencée par les campagnes médiatiques contre celles et ceux qui pour défendre les emplois et les salaires bloquent les ZI et séquestrent les patrons licencieurs » déclare Jacques Richer, secrétaire de l’UL CGT du Havre, contre qui le procureur réclamait 6 mois ferme pour avoir soi-disant « bousculé » un huissier…
Dans beaucoup de cas, le scénario est le même : les militant-es sont interpellé-es, placé-es en garde à vue et contraint-es de subir un prélèvement ADN qui inscrit d’office au fichier des empreintes génétiques.
Pour rappel, ce fichier avait été mis en place par Sarkozy pour ficher « les terroristes et les délinquants sexuels » avant d’y ajouter les militants syndicaux et associatifs !
« En nous assimilant à des délinquant-es, on veut aussi empêcher l’action collective de se développer et empêcher l’émergence d’équipes syndicales combatives » [1].

L’action collective reste déterminante…

Un certain nombre de militant-es (comme Xavier Mathieu de la CGT Continental) ont été condamnés par des tribunaux, mais il y a eu aussi des victoires : des militant-es comme ceux de Roanne et du Havre ont été relaxé-es.
« Mais cela n’a pas été chose facile, il a fallu convaincre l’opinion publique à travers les signatures de pétition mais aussi imposer le rapport de force au patronat local [2] ».

Dans le cas du Havre, plusieurs éléments ont été déterminants dans la relaxe prononcée par le tribunal le 31 mars devant 5 000 personnes !
Tout d’abord la menace de paralysie du port, brandie par la CGT portuaire et des dockers en cas de condamnation des militants CGT !
Ensuite, la mobilisation dans les entreprises des ZI d’Harfleur-Tancarville et du Havre avec des interventions de soutien dans des dizaines de réunions des comités d’entreprise.
Et puis, la mobilisation intersyndicale (CGT - FSU - Solidaires et FO) qui a représenté une réelle surprise pour les membres de l’Union locale CGT !
Cette unité s’est révélée sans faille (notamment au cours de la journée de grève du 18 mars) le jour du déroulement du procès mais aussi au moment du verdict avec un meeting unitaire, très émouvant (« on avait la chair de poule [3] ») avec des interventions de Thierry Le Paon, Annick Coupé et Stéphanie Rio pour la FSU.

C’est une loi d’amnistie qu’il faut…

Malgré un vote favorable au Sénat, François Hollande a décidé d’enterrer la loi d’amnistie syndicale en mai 2013.
Il considère sans doute qu’une telle loi serait un encouragement pour les luttes revendicatives. En termes de signes d’encouragement, c’est surtout au MEDEF, qu’ils sont envoyés ! En refusant la loi d’amnistie, le gouvernement que certain-es osent encore qualifier « de gauche », permet au patronat d’intimider l’ensemble des salarié-es en « cognant » de plus en plus fort contre celles et ceux qui résistent au blocage des salaires et aux plans massifs de licenciements.

En Europe aussi

La commission européenne a créé en 2011 le RAN (« radicalism awareness netWork ») qui sous couvert de lutte contre le terrorisme vise à criminaliser les mouvements sociaux.

En Grèce, le Parlement a fait voter une loi permettant de condamner de 2 mois à 2 ans toutes celles et tous ceux qui agiraient en « violations des décisions du conseil de sécurité de l’ONU et de la réglementation au sein de l’Union européenne », ainsi on pourra condamner les opposant-es aux politiques d’austérité infligée par la commission européenne au peuple grec.

En Espagne, 8 syndicalistes d’Airbus qui avaient participé à des piquets de grève au cours de la grève générale du 29 octobre 2010, risquent 8 ans et 2 mois de prison ainsi que plusieurs milliers d’euros d’amende pour « attentat contre l’autorité », « blessures » et « attentat contre la liberté des travailleurs ».
C’est la peine la plus lourde requise depuis la dictature franquiste. ●

Alain Ponvert


[1] Propos de Jacques Richer co-secrétaire de l’UL CGT du Havre.

[2] idem

[3] idem


Navigation par Thèmes