Note sur la circulaire de rentrée 2014

Projet de texte revu par les OS, quasi définitif (publié ces jours-ci) Travail collectif EE -FSU , 15 mai.
samedi 17 mai 2014  | 

La circulaire de rentrée a chaque année pour objectif de dresser les grandes lignes de la politique éducative du gouvernement (objectifs, priorités, …) ; le texte proposé trace aussi une feuille de route assez précise sur le calendrier de la mise en œuvre des réformes et des différentes échéances. C’est la poursuite et la mise en œuvre des préconisations contenues dans la Refondation de l’école dont nous avons depuis le début, rappelons-le, contesté l’orientation et dénoncé la continuité avec la politique éducative des années Sarkozy.

Sur la forme
Le texte définitif n’est toujours pas publié, ce qui est très tardif pour une circulaire qui paraît plus souvent en mars. Le texte en lui même est relativement long, il est en plus accompagné de fiches annexes qui alourdissent encore le contenu, sans pour autant détailler les moyens attribués ni donner des indications sur leur mise en œuvre.

Architecture : quatre parties de longueur inégale

  • accompagner les élèves dans leurs apprentissages et la construction de leur parcours pour une meilleure insertion sociale et professionnelle (I) ;
  • combattre les inégalités tout au long de la scolarité (II) ;
  • former, soutenir et accompagner les équipes pédagogiques et éducatives (III) ; *- promouvoir une école à la fois exigeante et bienveillante (IV).

L’introduction rappelle l’objectif principal des personnels de l’école : « combattre les inégalités sociales et territoriales… » (Cf constat PISA) ; il insiste sur le décret Peillon sur le métier, présenté comme moyen pour y parvenir : « La réflexion engagée sur les métiers de l’éducation nationale, dans une démarche fondée sur le dialogue social, la concertation et la confiance, doit permettre à tous les professionnels de l’éducation d’exercer au mieux les missions qui leur sont confiées. ».
Confiance avec les personnels, climat scolaire apaisé, école bienveillante… mots clés de l’école à mettre en place, tout un programme !

Au fil du texte

Partie I

  • Entrée par les contenus, la refonte des programmes, le CSP : des contenus qui seraient donc plus propices à l’insertion professionnelle ? Car c’est bien le premier objectif visé par l’école….
  • Pour mieux accompagner les élèves : plus de maîtres que de classes, rythmes scolaires et APC ; repenser l’évaluation (positive) ; améliorer les liaisons (conseil école-collège) et améliorer la « fluidité » des parcours jusqu’au supérieur. Ne mettre en CP que des enseignants expérimentés. Favoriser les « parcours » tels que le parcours d’éducation artistique et culturelle, et leur fluidité (éviter le redoublement, prévoir des périodes de détermination (avec changement d’affectation en cours d’année) en LP notamment, pour éviter tout décrochage. Elever le niveau de qualification des lycéens (incantation ?), développer les partenariats à l’étranger.
  • « Adapter l’offre de formation pour améliorer l’insertion professionnelle » ; détaille l’idée que la formation doit être en adéquation avec le monde économique et susceptible de répondre « au redressement productif » (sic). D’abord, développer les campus des métiers. Valoriser la filière professionnelle (importance du CCF sera revue à la baisse) et augmenter le nombre de bacheliers pro. Développer l’apprentissage (+20000 d’ici 2017) ; formation continue des adultes développée par les recteurs avec les Régions.
  • Pour favoriser l’insertion professionnelle, il faut aussi « renforcer la compétence à s’orienter, développer une culture économique et l’esprit d’entreprendre. » (sic) Encore ici, parcours individuel d’orientation (présenté par le CSP) ; création du SPRO.
  • Sur les fiches qui correspondent : A noter que « Seule la note de vie scolaire a été supprimée conformément au décret publié au Journal officiel du 15 janvier 2014, mais les compétences 6 (« Compétences sociales et civiques ») et 7 (« Autonomie et initiative ») qu’elle sollicitait sont évaluées dans le cadre du socle commun.". Sur l’orientation « choisie », elle met l’accent sur des partenariats qui « viseront notamment à mieux faire connaître le monde économique, le monde de l’entreprise et les métiers, ainsi qu’à développer le goût d’entreprendre et l’esprit d’initiative. » (sic). Sur le SPRO, sous une approche qui différencie les missions de l’Etat et celles des régions, une conclusion connue : après les expérimentations, on verra s’il n’y a pas besoin de fusionner les missions, de voir qui a la gestion de l’orientation tout au long de la vie.

Partie II

  • Education prioritaire : REP et REP+ ; année de transition, et augmentation en 2015 ; scolarisation des moins de 3 ans ; plus de maîtres que de classe ; pondération pour les enseignants de REP+ ; développement des internats de la réussite (dotation de moyens à cet effet, 150 M d’€). Aucun souffle, aucun projet de relance de l’éducation prioritaire.
  • Mixité sociale : hiérarchie revue des critères de dérogation à la carte scolaire.
  • Aide aux élèves : Rased ; réflexion en cours sur les Segpa qui vise l’inclusion dans les collèges (sic). Ecole inclusive encore en terme de handicap (2400 CDI pour AVS à la rentrée).
  • Lutte contre le décrochage : dispositifs relais complétés par des internats relais à la place des ERS (déjà prévue dans la circulaire de l’an passé) ; création des réseaux FOQUALE (Formation Qualification Emploi) contre décrochage.
  • Sur les fiches qui correspondent : Des compétences banales pour lutter contre l’illettrisme sont alignées les unes derrière les autres. Celles-ci demandent de la proximité avec l’élève et du temps que les enseignants n’ont généralement pas. Fiche « Besoins particuliers », derrière la notion de « besoins particuliers », dénoncer la confusion entre « handicap » et « difficulté scolaire » ; dénoncer aussi le changement de paradigme : intégration contre inclusion… mais sans moyens en termes de baisse d’effectifs dans les classes qui accueillent des élèves handicapés (notre mandat prioritaire), de formation adaptée…L’inclusion repose sur la bonne volonté des enseignants.

Partie III

  • ESPE : première année de concours rénové et de M2 en alternance ; volonté affichée de développer une véritable formation encadrée des stagiaires sur le terrain. A suivre…pas un mot de la mobilisation des ESPE cette année, du problème chronique et aigu de recrutement : en plein déni. Rappel des formations à distance via le numérique : Magistère…
  • SP du numérique, « vecteur de renouvellement des pratiques pédagogiques » ; on rappelle que la formation initiale et continue des personnels se fera via le numérique ; développer aussi les ENT et le tout numérique dans les établissements.
  • Sur les fiches qui correspondent : La partie sur les ESPE et l’annexe qui correspond ne fait évidemment pas allusion à la différence de traitement (dans tous les sens) entre les différentes catégories de stagiaires, ni à la pénurie. Retour des « M2 en alternance » et d’une pédagogie de la « transmission d’une culture professionnelle ». A noter une partie sur les tuteurs qui sont « volontaires » et « proposés par les corps d’inspection », dans le premier degré, en priorité les PEMF, mais aussi les MAT, rien sur les futurs formateurs second degré. Sur le numérique : l’essentiel de la formation continue des personnels se fera via le numérique… Mort programmée de formations en présentiel.

Partie IV

  • Climat scolaire : lutte contre harcèlement et violence
  • Défendre les valeurs de la République (pour lutter contre la discrimination) : drapeau, devise de la République et drapeau européen dans tous les établissements ; charte de la laïcité affichée et dans règlement intérieur. Participer aux actions de commémoration ; mener des projets autour du développement durable (tout ça sur le même plan ?)…
  • politique éducative sociale et de santé : action de prévention des addictions, respect pause méridienne, sport scolaire ; prévenir l’absentéisme, mettre en œuvre des sanctions avec sursis (école bienveillante !) en cas de manquement au règlement. Plus rien cette année sur l’éducation à la sexualité (craintes de certains « lobbys » ?)
  • Partenariats : contrats d’objectifs tripartite pour associer les collectivités territoriales. PEDT pour le périscolaire.
  • Sur les fiches qui correspondent : Un paragraphe et une annexe sont consacrés à la « mémoire collective » avec une place particulièrement importante accordée aux commémorations, retour aux bons vieux fondamentaux. La tonalité générale de la fiche met l’accent sur une conception très particulière de la mémoire nationale : les deux guerres mondiales. A-t-on commémoré à l’Ecole la fin de la guerre d’Algérie et son indépendance ? Certes ce discours n’a rien de très nouveau, mais la rédaction d’une fiche spécifique marque une insistance qui n’a pas lieu d’être.

Sur le fond :

Les priorités : l’objectif premier du système éducatif, c’est dit très clairement, réside en l’insertion professionnelle. C’est le premier point développé, c’est le but transversal visé dans chacun des paragraphes ; ainsi, il n’est plus question de tendre vers l’épanouissement de l’individu, la construction du citoyen ou l’élévation du niveau de connaissances : tout, y compris les qualifications, est au service de l’insertion professionnelle qui irrigue tout le texte.

C’est la raison pour laquelle le socle s’impose de lui-même, et que la continuité affichée (conseil école collège) est au service de l’acquisition de ce seul niveau à atteindre. On est toujours dans ce projet d’école coupée en deux blocs, et l’école du socle prend corps réellement à travers les outils (cycle commun), les instances (conseils communs) et les personnels (coordonateurs) qui permettent sa mise en place. C’est aussi ce qui justifie la montée en puissance de l’apprentissage, réponse à la difficulté scolaire dès la fin du collège (puisqu’ensuite, le bloc bac-3/bac+3 prend la suite)

Cet objectif (insertion professionnelle) et lui seul permet de mettre de côté un certain nombre de problèmes : plus besoin forcément d’éducation « nationale » puisque les besoins économiques se définissent avant tout au niveau des territoires ; plus besoin d’un projet global d’élévation des qualifications (d’ailleurs, il n’y a plus d’objectif affiché en matière de réussite scolaire : renoncement) puisque chaque insertion vaut une réussite, et que chacune peut être diverse, à des niveaux scolaires différents (voir la formulation sur l’éducation prioritaire qui prône « la réussite de tous les élèves » et « la réussite de chacun ») ; plus besoin non plus de se soucier de l’échec scolaire : on gomme les difficultés et on vise la continuité scolaire, la fluidité des parcours en adaptant à chacun le parcours qui lui convient…

Par ailleurs, cet objectif bouleverse en profondeur les finalités assignées à l’école, lui donnant un tour résolument utilitariste : d’où l’adéquation avec les besoins économiques des régions, d’où l’individualisation des mesures (et l’essor du numérique, entre autre), des aides apportées et des parcours scolaires et d’orientation aussi. Développement des campus des métiers, de l’apprentissage…

Cela dit, la circulaire de l’an passé avait déjà mis en relief l’objectif d’insertion professionnelle, et le climat scolaire comme moyen pour y parvenir (en imposant la paix sociale), donc rien de très nouveau ici, on est bien dans le même projet d’école libérale.


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