Métier : des chantiers en souffrance

dimanche 19 janvier 2014  |  par  ÉÉ Revue  | 

Le ministère a ouvert un cycle de discussion sur la « redéfinition des métiers » dont 5 « chantiers » concernent le premier degré (PE, direction d’école, PEMF, Rased, conseiller pédagogique) et, pour l’instant, un seul les enseignants du second degré.
L’austérité budgétaire interdit que toute revalorisation salariale ou baisse des effectifs par classe ne soient discutées.

En revanche, les propositions ministérielles préfigurent la mise en place de hiérarchies intermédiaires avec la volonté de différencier les personnels selon les missions exercées, et poursuivent la politique managériale engagée ces dernières années dans l’éducation.

Dans le premier degré, ces chantiers n’ont concerné qu’une faible partie des enseignants. Pour la grande majorité, la mise en place d’une indemnité en juin, l’ISAE, et le passage de 60 heures d’aide personnalisée à 36 heures d’activités pédagogiques complémentaires (APC) font figure de solde de tout compte.

La volonté ministérielle de distinguer les personnels occupant des postes considérés comme stratégiques illustrent les décisions prises. Les directeurs d’écoles et les conseillers pédagogiques bénéficieront d’un point supplémentaire pour intégrer la hors classe et pourront avoir la possibilité d’accéder à un grade, le GRAF, jusqu’alors réservé à la haute fonction publique.

Tout cela ouvrira des perspectives de carrière plus avantageuses pour ces catégories de personnels et participera à une division de la profession. De plus, la nomination sur des postes à profil indique la volonté de l’administration de pourvoir un nombre de plus en plus important de postes à sa guise, en dehors de tout barème et règles communes.
Ce renforcement de la sélection d’enseignants pour renforcer le pilotage des circonscriptions et la constitution d’une hiérarchie intermédiaire intégrant également les directeurs des grosses écoles s’inscrivent dans une logique de remise en cause de l’unité professionnelle des enseignants des écoles.

Cadre moins protecteur

On n’observe pratiquement aucune avancée concernant les conditions d’exercice des directeurs, quelques jours de décharge annuelle pour les petites écoles et l’allégement voire la disparition des heures d’APC pour les plus grosses.
Alors que la surcharge de travail liée aux injonctions administratives et à la complexification des tâches prescrites est dénoncée, seules les mesures les moins coûteuses budgétairement ont été privilégiées.

Les maîtres formateurs se verront attribués des missions supplémentaires (mise en place d’une formation à distance, coordination des réseaux de maîtres d’accueil…) sans les moyens correspondants en termes de décharge de classe, ce qui compromet leur participation effective aux équipes d’ESPE et accroît la charge globale de travail.

Pour les conseillers pédagogiques, la référence au cadre général de la Fonction publique pour leurs obligations de service ouvre la voie à une dérégulation pouvant les conduire à être sollicités par l’administration au-delà des 36 semaines de l’année scolaire.

Une dégradation des conditions d’exercice des remplaçants se profile avec le projet de décret permettant leur annualisation complète du temps de service.

RASED réorientés

La nouvelle organisation des RASED est inquiétante et rompt avec une tradition de proximité avec les écoles, les enseignants et les élèves, et de travail en équipe.
Les groupes de travail RASED ont porté sur l’adaptation des missions à un repositionnement du réseau au niveau de la circonscription, l’objectif ministériel étant d’attaquer la notion de périmètre d’intervention, coûteuse en postes, mais qui garantit le travail en équipe sur un nombre limité d’écoles.
Il s’agissait de rompre avec les missions traditionnelles de suivi des élèves pour faire des RASED des experts de la difficulté scolaire intervenant en situation de crise sur tout le territoire de la circonscription. Sans oser le dire, le ministère veut remplacer le terme RASED par la formule managériale de “pôle ressource de circonscription” dans lequel les inspecteurs pourraient piocher en fonction des urgences.

Destruction programmée des statuts ?

Dans le second degré, l’année 2013 s’achevait pour le gouvernement par un recul concernant une catégorie peu nombreuse, celle des professeurs des classes préparatoires.
Ces derniers, menacés de voir leur temps de travail augmenter, étaient très vite entrés en lutte, ce qui est loin de leur tradition. Dans le même temps, le ministère décidait de reporter à plus tard la suite des discussions sur les autres enseignants.

Quel est aujourd’hui l’état des lieux ?
Rappelons que les professeurs des lycées et collèges sont régis par les décrets de 1950 qui établissent leur temps de travail par un service d’enseignement dans la discipline de recrutement de 15 h pour les agrégés et de 18 h pour les certifiés.
Ce service pouvant être diminué ou augmenté selon les conditions : enseignement en cycle terminal, effectifs, responsabilités de laboratoires. A ces décrets s’ajoutent différents textes portant obligation pour les enseignants (cahier de texte électronique, notes, aide à l’orientation) ou définissant des fonctions particulières (professeur principal).

Charge de travail augmentée

Les discussions ministérielles s’organisent en trois volets. Le premier concerne le nombre d’heures d’enseignement. Les grandes modifications portent sur la transformation des heures de décharge attribuées aux enseignant-es en cycle terminal en une pondération qui de fait coûtera moins cher au ministère.
Certains collègues y gagneront, d’autres, plus nombreux, y perdront. Plus grave, les diminutions de service pour des effectifs lourds sont menacées : toutes les classes qui sont à l’heure actuelle bloquées à 35 élèves, pour éviter le paiement d’heures (1 h de décharge pour 8 h devant 36 élèves), pourraient voir leurs effectifs augmenter.
C’est un véritable danger en période de vaches maigres. Les décharges pour responsabilité des laboratoires seraient remplacées par des indemnités.
Enfin, il est prévu une pondération pour les enseignant-es des établissements très difficiles, à la hauteur de 1 h = 1,1 h (donc au maximum moins de 2 h pour un service complet). Si cette pondération est plus que justifiée, sa limitation à un très petit nombre d’établissements est un pur scandale.

Le deuxième volet porte sur le travail en dehors des cours (préparations, corrections, suivi des élèves, rencontres avec les parents, travail en équipe, participation au projet d’établissement etc.).
Le SNES réclamait la reconnaissance de l’évolution de notre métier. On pourrait dire que dresser la liste des tâches que nous assumons déjà vaut reconnaissance… mais cela n’a pas de sens et c’est au contraire porteur de dangers.
Si on regarde la liste dressée, le chef d’établissement peut demander aux enseignants d’assister à n’importe quelle réunion (et il y en a !) ou de corriger des évaluations d’élèves qu’ils n’ont pas en classe. Il sera dans son droit.
Dans le contexte actuel de dérive managériale, c’est particulièrement grave.

À travers le troisième volet définissant les missions complémentaires, la logique managériale s’accentue via la mise en place de hiérarchies intermédiaires à la main des chefs d’établissement.

Dans l’ensemble, les propositions ministérielles ne portent aucune réduction du temps de travail alors que les enseignant-es n’ont bénéficié d’aucune des réductions qu’a connu le reste des salariés depuis 1950 et que la charge de travail s’est déjà considérablement accrue.

Porter nos revendications

Les chantiers métiers devraient se poursuivre pour les enseignants du second degré, ils s’ouvrent pour les CPE et les Conseillers d’Orientation Psychologue ; les professeurs de classes prépa vont avoir leur propre cycle de discussion.
Il est temps de porter ce qui devrait être nos revendications :

  1. Un seul corps du second degré
  2. Une réduction du temps de travail incluant le travail en équipe
  3. La suppression de tout ce qui donne du pouvoir aux hiérarchies locales (indemnitaire, heures supplémentaires, décharges liées à certains services, etc.)
  4. La fin des services partagés entre plusieurs établissements
  5. Des décharges pour le travail en équipe et une diminution de service supplémentaire pour les établissements à conditions de travail difficiles.●

Nathalie Blanqui et Elisabeth Hervouet


Un Graf pour diviser

Le GRAF est un grade à accès fonctionnel, une mesure laissée en héritage par le gouvernement précédent, qui permet à une très petite fraction de personnels exerçants sur des postes « à enjeux et à fortes responsabilités » de gagner beaucoup plus d’argent.

Il faut pour cela avoir exercé un certain nombre d’année sur ce type de poste et l’accès est totalement au mérite.
Limité jusqu’ici à la « haute » Fonction publique, par exemple dans l’éducation les conseillers ou chargés de mission auprès des recteurs peuvent y accéder, le ministère envisage de l’élargir à certains directeurs d’école et aux conseillers pédagogiques.
Élargir ainsi ce grade est un signe fort d’une recherche de petite hiérarchie intermédiaire locale.


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