Palestine, Israël, l’enjeu des manuels scolaires….

samedi 16 novembre 2013  |  par  ÉÉ Revue  | 

Le 28 septembre dernier s’est tenu au Sénat un colloque sur les représentations du conflit israélo-palestinien à l’initiative de l’Association France Palestine Solidarité, du CICUP (Collectif Universitaire pour la Coopération avec les Universités Palestiniennes) et l’Institut de recherche de la FSU.

Il a permis de présenter les recherches sur cette question au sein de 4 pays (Israël, Palestine, Suède et France) et de constater les erreurs, les biais ou oublis nombreux présents dans les manuels scolaires malgré les progrès sur cette question faits par la recherche historique académique.
Et au-delà de la question israélo-palestinienne, c’est la question des enjeux autour des manuels scolaires qui fut posée, avec bien souvent, les logiques des classes dominantes et de l’État s’invitant dans la définition du savoir légitime.

Nurit Peled [1], prix Sakharov pour la liberté de penser du Parlement européen, professeure à l’université hébraïque de Jérusalem, a ainsi débuté la présentation de ses études portant sur les manuels d’histoire de géographie et d’éducation civique par l’interrogation qui guide depuis de longues années sa recherche : comment les oppresseurs élèvent-ils leurs enfants ?

Cette fille de général s’est ainsi émancipée de ses tutelles familiales pour s’interroger sur « ce que nous disent les discours ». Et c’est peut-être son origine et son statut social qui lui permettent d’être aussi abrupte dans ses propos, tout en étant aussi lucide sur le constat.

Les livres scolaires sont ainsi empreints du narratif national israélien avec comme objectif de construire une identité juive nationale et territoriale.
L’exemple du traitement de la Nakba (catastrophe pour les Palestinien-nes, lorsqu’en 1947-1948, 800 000 d’entre eux furent expulsés de leurs foyers) est par exemple éclairant : glorification des héros et légitimation des massacres par les conséquences, le résultat positif de la création de l’État d’Israël justifiant l’action passée : « la fuite des Arabes a permis de régler un problème démographique »…

Le corollaire étant pour les Palestiniens d’être soit totalement « invisibilisés », soit totalement « essentialisés ». La version palestinienne des événements n’étant jamais citée, leurs actions non représentées à l’exception de leurs actions violentes. Le statut de sujet leur est dénié.

Quant au problème palestinien, celui-ci se résume à un problème de territoire, en l’absence de représentations de ses habitant-es. Dans des manuels de géographie, la Cisjordanie est par exemple présentée comme une partie d’Israël pour laquelle il n’existerait pas de données !

L’essentialisation de la population palestinienne se construit dans une représentation d’un groupe homogène, en soulignant les stéréotypes culturels et sociaux négatifs.

L’apport de Samira Alayan, sociologue, enseignante dans la même université que Nurit, sur les manuels palestiniens confirme l’importance du processus de légitimation de l’État dans les manuels scolaires.
En l’occurrence, ils s’inscrivent dans la logique du processus d’Oslo, soutenu par des institutions internationales. La production scolaire palestinienne est très récente, puisqu’auparavant les manuels étaient jordaniens en Cisjordanie, égyptiens à Gaza.
En Cisjordanie, ces manuels n’ont de cesse de valoriser l’importance de l’État. Contrairement aux accusations généreusement portées par Israël contre eux, ils ne développent aucun racisme, ni aucune « haine des Juifs ».

En revanche, non seulement ils n’échappent pas à la critique sur les questions de genre et d’égalité des sexes, mais ils tendent à faire de l’Islam un élément de définition de la nation palestinienne. Quand Samira a tenté d’en discuter avec les responsables de l’éducation de l’Autorité Palestinienne, les réponses n’ont guère été satisfaisantes, puisqu’ils évoquaient l’intérêt de cette référence pour renforcer l’unité nationale. Impossible de faire un compte rendu exhaustif.

En ce qui concerne les manuels français, présentés par Sandrine Mansour Mérien [2], notre Revue en a déjà donné un aperçu. Nous vous informerons de la parution des Actes. Mais cette question des manuels scolaires, pas seulement en Histoire, redevient un objet de discussion y compris dans la presse. Cela vaudra la peine d’y revenir ici même. ●

Julien Rivoire et André Rosevègue


[1] Nurit PELED-ELHANAN, Palestine in Israeli School Books – Ideology and Porpaganda in Education, I.B.Tauris, 2012. malheureusement pas encore de traduction française.

[2] Sandrine MANSOUR-MERIEN, l’Histoire occultée des Palestiniens – 1947-1953, Privat, 2013.


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