Musique : Michel Warlop. Livre : « Drôle de Gadjos »

samedi 16 novembre 2013  |  par  ÉÉ Revue  | 

Redécouverte de Michel Warlop

Alain Gerber, responsable chez Frémeaux et associés de la collection Quintessence, a décidé d’ajouter Michel Warlop à sa galerie.
Il ne dépareille pas. Il était logique qu’il demandât à Daniel Nevers d’écrire le livret. Il est tout de grâce et donne les renseignements nécessaires à la compréhension et de l’homme et du musicien.
Cette sélection n’épuise pas l’écoute de Michel Warlop. Notamment, ne sont pas reproduits ici ses faces de décembre 1937 avec Django Reinhardt dont ce « Christmas swing » superbe emportement du violoniste qui laisse le guitariste assis.
Il s’agit d’introduire dans les mondes ce violon que personne ne sait trop où ranger. Il fait partie de ces inclassables, marginaux que le jazz produit en grandes quantités et qui se font oublier comme le jazz lui-même.

Retracer la carrière de Michel Warlop – prononcez ouarlop, il est né à Douai le 25 janvier 1911 et mort d’épuisement le 6 mars 1947 – c’est traverser ces années 1920 et 30 où il participe à ces orchestres étranges qui ont nom Grégor et ses grégoriens, Patrick et son jazz sans compter Ray Ventura et les autres orchestres de ce jazz de variétés qui marque profondément toute la chanson française.

Michel, né dans une famille de boulangers, fréquente le Conservatoire de Douai et devait être destiné à une carrière de concertiste classique.
Le « Zeitgeist » de ces années, le jazz, sert d’étendard à la révolte de toute la jeunesse à commencer par les surréalistes et Jean Cocteau.
Il ne pouvait que prendre cette tangente pour créer un univers, le sien. Ce ne sera pas facile. Il fallait qu’il oublie son apprentissage pour s’approprier une nouvelle mémoire, celle du jazz, mémoire du passé et de l’avenir.
Il le fera dans la souffrance. Et dans l’alcool et d’autres substances pour perdre pied, pour accéder à d’autres strates, pour passer de l’autre côté du miroir comme a voulu le faire Cocteau. Il y a du poète chez Warlop.

Ce coffret de deux CD fait la démonstration que le génie n’est pas dans les gènes mais qu’il s’acquiert au prix d’un travail sur soi-même, dans l’oubli et la mémoire.
Paradoxalement, mais logiquement, c’est pendant la période de l’Occupation que Warlop pourra le plus créer. Contrairement à une idée toute faite, le jazz a droit de cité pendant cette période qui voit la vraie naissance d’un jazz français.
Django devient une vedette et le violoniste aussi, même si c’est dans une moindre mesure. Les concerts de jazz sont pleins à craquer…
Grâce à Raymond Legrand, chef d’orchestre sur les antennes collaborationnistes, il dirigera un septuor à cordes. Il faut entendre cette « Tempête sur les cordes », ce « swing concerto » de presque 8 mn (deux faces de 78 t) et les autres compositions de ce temps. Il faut entendre Michel Warlop, il parle de nous, de notre difficulté à accepter le monde tel qu’il est. Il parle d’un autre monde, celui de nos rêves, celui de la fraternité et de la liberté.
Souhaitons que ces compositions puissent renaître de leurs cendres pour qu’il vive de nouveau. ●

Nicolas Bénies

  • « Michel Warlop, 1933 – 1943 »,
    présenté par Daniel Nevers, collection Quintessence,
    Frémeaux et associés, distribué par Socadisc.

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Drôle de gadjos

« Dis papé c’est vrai que les gadjos ne vivent pas comme nous ? »
C’est par ces mots que commence ce très bel album modifiant l’habituel questionnement de l’altérité. Les autres, ce peut être aussi bien nous même.

Renversant les clichés en quelques pages bien senties, l’auteur a produit un livre éminemment subversif qui nous rappelle à quel point l’humanité est une.
En ces tristes temps de chasse aux Roms, qui va de pair avec le retour des préjugés les plus éculés, ces quelques pages sont lumineuses, magnifiquement servies par les illustrations chaudes et chaleureuses de Didier Mazellier, auteur illustrateur.
Ce dernier coanime avec Evelyne Mary la petite maison d’édition à l’origine de cette pépite : Heureux les cailloux.
Il s’agit d’une entreprise artisanale installée aux Vans dans l’Ardèche méridionale qui a l’ambition de conjuguer auto production, typographie mobile et production contemporaine. ●

Stéphane Moulain


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