Formation des enseignants... que des histoires !

dimanche 17 novembre 2013  |  par  ÉÉ Revue  | 

La formation des enseignants est une préoccupation antérieure aux lois Ferry de 1881 et même à la révolution de 1789.
Mais avant la première École Normale en l’an III (1794-1795), la seule formation des maîtres était le petit séminaire.

Avec les Écoles normales de la 3e République, il s’agit alors de former de bons citoyens et de bonnes citoyennes pour la République et non plus un bon fidèle pour l’église.
La loi Paul Bert (1879) oblige l’ouverture d’une École normale de filles et d’une École normale de garçons dans tous les départements. Ces séminaires laïques forment les « hussards noirs » qui combattent le monopole de l’église.

Pendant ce temps, dans l’enseignement secondaire, l’importance de la culture générale des professeurs est mise en avant : « L’art d’enseigner se possède mais ne s’apprend pas » ! Longtemps la formation pédagogique a été considérée comme une compensation nécessaire au manque de connaissance théorique.

La valse des réformes

Entre 1881 et 1905, la formation des maîtres peut apparaître comme intégrée puisque mêlant les cours théoriques pour préparer le brevet supérieur et la formation professionnelle.
Puis, de 1905 à 1920, la formation isole les deux premières années consacrées à la préparation au brevet supérieur de la troisième année, uniquement professionnelle. Entre 1920 et 1940, le modèle de formation intégré est remis en place.

Le régime de Vichy ferme les Écoles normales considérées comme le nid de « l’anti-France ». La Libération voit leur réapparition mais conserve un recrutement après le bac.

Puis, à nouveau des modèles de formation consécutive (académique puis professionnelle) : de 1940 à 1968, c’est un bac en trois ans et une année de formation professionnelle, entre 1968 et 1978, toujours le bac en trois ans et deux années de formation professionnelle.

De 1978 à 1984, le ministère choisit de revenir à une formation intégrée : préparation d’un DEUG [1] en trois ans avec formation professionnelle en même temps.
Mais, à nouveau de 1986 à 1989, le modèle consécutif réapparaît avec un DEUG en deux ans puis une formation professionnelle de deux ans.

À partir de 1947, les élèves maîtres sont fonctionnaires et payés et, à partir de 1957, avec le concours des IPES [2], une partie des futurs professeurs sont payés pendant leurs études s’ils acceptent un engagement décennal.

Des logiques de formation inversées

Le dogme des savoirs universitaires est peu à peu relativisé dans le secondaire et complété par des aspects professionnels (stage pour les agrégés en 1906, création des CPR [3] en 1952, stage en responsabilité en 1980).
À l’inverse, une « universitarisation » de la formation des maîtres du primaire se met lentement en place. La même tendance est observée pour les enseignant-es du technique.
Ces modèles vont donc évoluer dans des sens opposés. Entre 1940 et 1989, les filières de recrutement et les logiques de professionnalisation se complexifient.

Les IUFM (1989) sont une nouvelle tentative de concilier la formation universitaire et l’expérience de terrain, de faire face à un besoin de recrutement toujours grandissant et d’unifier un système scolaire trop morcelé et divisé.

Le corps des PE est créé en 1991, pour aligner le premier degré sur le secondaire et le supérieur, qui ont chacun un corps de professeurs. L’intégration des IUFM aux universités dès 2005 amorce leur disparition.

L’École normale forgeait un esprit de corps, et de tout temps cela pose problème aux autorités. Ce n’est pas un hasard que ce soit la droite qui supprime tout lieu de formation avec la mastérisation en 2010.

La question d’une unification des premier et second degrés est posée dès le plan Langevin-Wallon de 1947 mais aucune réforme n’arrive à combler le fossé.
En finir avec la dichotomie entre formation académique et formation professionnelle est également un enjeu posé dans toutes les réformes qui n’a jamais réellement été atteint, et ne le sera pas plus avec la nouvelle réforme et sa formation consécutive.
Et la mise en place précipitée des ESPE en 2013 n’aidera pas non plus à régler les querelles de préséance entre le monde universitaire et celui de l’Éducation nationale.●

Mylène Denizot


[1] DEUG (Diplôme d’études universitaires générales = bac +2)

[2] IPES (institut de préparation aux enseignements de second degré)

[3] CPR (centre pédagogique régional)


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