A l’école Arc en ciel ; Les animaux malades de la peste ; Le bonheur pauvre rengaine

dimanche 22 septembre 2013  |  par  ÉÉ Revue  | 

A l’école Arc-en-ciel
Le Blues de la rentrée

C’est l’histoire de Tom, petit garçon qui se sent encore plus petit maintenant que c’est la rentrée des classes. Tellement petit qu’il se met pleurer à chaudes larmes. Ses larmes font des flaques puis des torrents… Il ne peut plus s’arrêter de pleurer et l’école est submergée par ses larmes emportant même les maîtresses.

Mais quand tout le monde se trouve plongé dans l’eau, tout se met à changer : les enfants s’amusent comme si de rien n’était et les maîtresses se transforment en sirènes. Et pour finir c’est un immense arc-en-ciel qui apparaît sortant de l’école ainsi métamorphosée.

Contre les petits chagrins de la rentrée, rien de tel qu’un magnifique album comme celui-ci ! Certes l’école peut être un lieu bien inquiétant pour celui qui la découvre mais on sait tous au final qu’elle est en réalité un lieu enchanteur à l’image des pages chamarrées de cet album arc-en-ciel. ●

Béatrice Fontanel et Lucile Placin, A l’école Arc-en-ciel,
Rue du Monde, 16 euros.


Les animaux malades de la peste
Moderne peste

Qui ne connaît pas la fable de La Fontaine intitulée Les animaux malades de la peste ? Face à un fléau qui semble venu du ciel, en l’occurrence la peste, les animaux décident que chacun d’entre eux se livre à une introspection sévère afin de déterminer lequel est responsable du châtiment qui les accable.

Quand le lion reconnaît avoir tué de nombreux moutons qui ne lui avaient rien fait, tout le monde s’accorde à l’excuser. Mais quand l’âne reconnaît avoir brouté quelque herbe d’un pâturage qui ne lui appartenait pas, tout le monde s’acharne sur lui et le condamne sans délai.

« Selon que vous soyez puissant ou misérable, les jugements de cours vous feront blancs ou noirs. » La conclusion de la fable est célèbre. Pertinente du temps du roi Soleil, cette observation de La Fontaine est toujours d’actualité. Olivier Morel nous le rappelle avec des illustrations très évocatrices.

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Certaines rappellent la catastrophe de Fukushima. Dans une autre, le lion fait sa plaidoirie devant des courbes de croissances déclinantes.
La peste moderne peut avoir maints visages. À la fin, l’âne est emmené, prisonnier, dans une tenue du genre de celle de Guatanamo.
Une autre illustration fait référence au Déjeuner sur l’herbe de Manet, toile qui avait fait scandale en son temps et qui donne une autre dimension à la transgression, pourtant minime, de l’âne.
Un album riche qui redonne une actualité éclatante à l’insolente fable de La Fontaine. ●

Jean de La fontaine, Olivier Morel,
Les animaux malades de la peste
(Ed. Courtes et longues), 22 euros.


Le bonheur pauvre rengaine
Meurtrière rengaine

Pour son deuxième roman, qui sort cette rentrée, Sylvain Pattieu exhume un fait divers qui, au début des années 1920, a défrayé la chronique. Une jeune prostituée avait été retrouvée étranglée dans un appartement d’un quartier plutôt bourgeois de Marseille, provoquant scandale.

C’est tout un monde auquel Sylvain Pattieu redonne vie, un monde interlope où la violence sociale se retrouve dans la brutalité exercée par les souteneurs sur les “filles” qu’ils exploitent sans vergogne, autant que dans la guerre que se livrent entre eux les macs.

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À l’ombre de la grande guerre qui vient de s’achever et qui a singulièrement dévalué la valeur de la vie humaine, tous ces hommes et femmes ont en commun la volonté farouche de sortir de leur condition misérable et de parvenir à se hisser à un niveau social qui leur permette de jouir légitimement des bienfaits de cette modernité éclatante que la société réserve à une minorité.
Ils y arrivent momentanément, forts de leur absence totale de scrupule qui se pare parfois du drapeau de la révolte sociale, au prix de manipulations perverses et de travestissements dérisoires.
Car malgré tous leurs efforts, les demi-mondaines restent, aux yeux des biens nés, de méprisables prostituées, et les voyous, malgré leurs beaux habits, ont bien du mal à se faire passer pour des bourgeois.
Tels des Icare modernes, c’est parce qu’ils veulent trop s’élever qu’ils se brûlent les ailes. Respectabilité et fin de la précarité sont un Graal inaccessible après lequel ils courent en vain.

C’est tout le talent de Sylvain Pattieu de donner à une histoire, tirée d’un fait divers sordide, le lustre de l’épique. On retrouve dans ce roman la formidable aptitude de l’auteur à se glisser dans la peau de ses personnages et à leur donner une étonnante vérité. ●

Sylvain Pattieu,
Le bonheur pauvre rengaine
(Rouergue), 21,5 euros.

Stéphane Moulain


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