Une autre école est possible ... même en Seine-Saint-Denis !

dimanche 22 septembre 2013  |  par  ÉÉ Revue  | 

Un département comme le 93 concentre toutes les difficultés du système éducatif.
Nous avons demandé aux camarades du premier degré de nous en dresser un tableau.
Dans le cadre d’un appel commun FSU, CGT et SUD à la grève de tous les personnels d’éducation, la journée du 19 septembre a été une réussite et 2000 personnes ont manifesté vers le ministère…

A suivre !

Des chiffres pour comprendre…

Le 93 c’est …
Le département le plus pauvre, le plus jeune de métropole.
La puissance publique y investit 47% de moins pour l’éducation d’un enfant par rapport à un enfant Parisien (rapport de la cour des comptes 2012).
18% des jeunes Séquanodionysiens passant une journée d’appel pour la préparation de la Défense sont identifiés en situation d’illettrisme (7% à Paris, 11% pour la moyenne nationale).
Plus de 3 jeunes du 93 sur 10 sortent du système scolaire sans qualification.
Le taux de réussite au brevet des collèges et au bac est de 10 points de moins par rapport aux chiffres de l’académie.
Seulement 0,77% des enfants de 2-3 ans sont scolarisés (nationalement c’est 13%, en Lozère c’est 49%).
42,5 des écoliers sont en zone d’éducation prioritaire (contre 18% nationalement).
40% des postes de médecins scolaires sont vacants (pourtant budgétés).
Et au final … en moyenne, dans toute sa scolarité, un élève du 93 perd 1 an de scolarité à cause du non-remplacement !

L’année terrible 2012-2013 : moins de maîtres que de classes !

La Seine-Saint-Denis a, depuis longtemps, l’expérience de la pénurie d’enseignants, qui commence en hiver avec les pics des congés maladies, l’accumulation des congés de maternité et parentaux (le 93 avait « inauguré » l’embauche, en janvier 2010, des premiers vacataires-remplaçants, les BRCD …).
En 5 ans, depuis 2007, le département a accueilli 11.000 écoliers supplémentaires et a perdu 18 emplois d’enseignants, les RASED sont exsangues…

En 2012, pas de trêve de rentrée, c’est la catastrophe dès le 2 septembre…
Tous les titulaires remplaçants sont envoyés sur les très nombreux postes vacants … et cela suffit pas : « Les écoles de la Seine-Saint-Denis (…) connaissent une telle pénurie d’enseignants qu’il leur est désormais difficile d’assurer leurs missions les plus fondamentales. (…)
Certaines classes ne disposent pas d’enseignants et, dans la plupart des circonscriptions, aucun remplacement ne peut être assuré. (…)
Nous pensons que la situation particulière de la Seine-Saint-Denis demande des mesures d’urgence. ».

C’est le cri d’alarme lancé par l’intersyndicale … des IENs du 93 ! [1]

Des enseignants et leurs syndicats mobilisés…

La pénurie est chiffrée : il manque 250 enseignants pour enseigner en Seine-Saint-Denis.
Le 11 octobre 2012, un professeur des écoles sur deux du département se met en grève à l’appel de l’intersyndicale SNUipp-SE Unsa et CGT et un millier d’enseignants manifestent devant le ministère (sans toutefois être reçus).
Les syndicats avancent des solutions à court et long termes : faire appel aux listes complémentaires des autres départements, ouvrir un concours exceptionnel, pré-recruter.
Le ministère préfère recruter les retraités … deux répondent à l’appel. Quelques postes sont aussi comblés par des listes complémentaires … une goutte d’eau … Alors, comme les années précédentes, le ministre fait le choix d’un recours massif aux vacataires étudiants, donc de la précarité.
Le DASEN a « carte blanche » pour recruter des BRCD (Brigades de remplacement de courte durée). Le SNUipp bataille pour atténuer leur précarité : ils obtiennent des contrats à l’année (jusqu’au 31 août) au lieu des petits contrats qui permettaient à l’administration de ne pas les payer pendant les petites vacances et … de les réembaucher sitôt les vacances terminées.

Aux nombreux débutants n’ayant eu aucune formation professionnelle s’ajoutent ces vacataires… les équipes se fragilisent. Avec « Moins de maîtres que de classes », le climat se détériore partout.

Cependant le non remplacement perdure toute l’année scolaire. Certains écoliers voient « défiler » 4, 5, 6 remplaçants, d’autres n’ont personne et sont répartis dans les autres classes.
À Saint-Ouen, pour le seul mois de janvier 2013, les écoles affichent des chiffres catastrophiques : ici, 18 jours non remplacés pour 21 jours d’absence, ailleurs 16 jours et demi pour 22 jours d’absence.
A court de solutions, pour éteindre la colère des parents d’une école élémentaire, une IEN enlève un enseignant remplaçant d’une maternelle et provoque donc un nouvel incendie…
A Saint-Denis on totalise depuis septembre : ici, 99 demi-journées non remplacées dont une classe totalise 3 mois sans remplaçant, là, 70 demi-journées non remplacées et une classe n’a pas eu de remplaçant pendant 2 mois !
En juin 2013, la FSU-93 lance une procédure d’alerte sociale.

Des parents d’élèves déterminés, imaginatifs et mobilisés au sein d’un collectif…

La colère gronde parmi les parents d’élèves !
Confrontés depuis plusieurs années aux absences non remplacées et ne s’y résignant pas, les parents d’élèves réclament des remplaçants formés.
La mobilisation, qui prenait déjà différentes formes - nuits des écoles, journées de mobilisation sur des villes, chaînes humaines, conférences de presse, s’amplifie.
Avant les élections présidentielles de 2012, un texte est élaboré avec des parents d’élèves FCPE ou indépendants et des syndicalistes enseignants du SNUipp et de SUD « Pour que l’Education redevienne une priorité nationale ».

Ce texte interpelle les candidats (avec la Une de Télérama).
En octobre 2012, les mobilisations passent à l’échelle supérieure : ces parents d’élèves créent le « Collectif des parents d’élèves de la Seine-Saint-Denis » [2] et forcent, sans répit, toutes les portes possibles aux niveaux local, départemental et national. Ils rédigent une charte et des « cahiers d’espérance », ils font classe sur le parvis de la Cité des Sciences de La Villette.

En février 2013, ils organisent un colloque au Sénat avec chercheurs et élus, interpellent deux ministres, François Lamy et Georges-Pau Langevin.
Ils coordonnent un blocage simultané de 130 écoles du département en avril et obtiennent un rendez-vous avec Vincent Peillon. Leur mobilisation ne s’essouffle pas durant l’été : pique-nique revendicatif en juin, « journée d’été » au début des congés et, dès le 31 août, ils effectuent leur pré-rentrée en plantant symboliquement une tente devant la DSDEN de Bobigny en présence de la presse.

Au-delà d’un plan d’urgence, le collectif des parents du 93 veut « changer radicalement l’école pour arrêter de placer la compétition et la recherche de l’excellence, compétition entre élèves, entre parents, entre classes, entre établissements et entre villes qui aboutissent au fait que des milliers d’élèves et de profs vont la boule au ventre, quasiment chaque matin , à l’école et qui produit un nombre d’élèves éjectés du système toujours très important et n’a que cette fonction de sélection, avec une reproduction sociale toujours très présente. »

Des élus mobilisés…

Des élus municipaux aussi se mobilisent : dès 2009, le maire de La Courneuve saisit la Halde et porte plainte pour discrimination territoriale, cette plainte permet une prise de conscience et une médiatisation des disparités territoriales face au Service public.

Le 16 février 2013, la municipalité de Saint-Denis organise, solennellement, un conseil municipal extraordinaire pour l’école et présente un « Manifeste pour l’Éducation : l’égalité pour nos enfants ».
Le maire et son élu à l’enseignement vont présenter le manifeste au ministère accompagnés de syndicats enseignants.

Une rentrée avec des bombes à retardement

Rentrée 2013 : pour le ministère, la rentrée s’est bien passée, il y a un adulte dans chaque classe…le DASEN a recruté dès juin les contractuels-BRCD jusqu’au 31 août 2014 et il attend les PES et étudiants admissibles au concours de juin à qui il propose un temps plein au lieu d’un tiers temps.

Comme depuis 2 ans, tous les PES sont en classe dès le 3 septembre, contrairement aux PES des autres départements en formation jusqu’à la Toussaint…
Des centaines de débutants de 6 profils différents cohabitent maintenant avec les professeurs des écoles : 141 BRCD (les vacataires), 544 PES, et les ECA (« Etudiants contractuels admissibles », ils ont passé le concours et sont admissibles, certains ont un M2 validé et d’autres non…) : 148 ECA à tiers temps, 60 ECA à mi-temps, 70 ECA à temps plein et 48 ECA en stage massé (venant de province).
De plus le DASEN remet en cause les seuils, globalise les élèves de 2 écoles pour fermer une classe…
Voilà comment le ministère a déminé le terrain…mais placé des bombes à retardement dans beaucoup d’écoles !

La grève du 19 septembre pour que le 93 voit un jour les effets de la Refondation !

Les écoles du 93 doivent à la fois : accueillir 1700 écoliers supplémentaires, avoir assez de remplaçants formés pour remplacer les congés notamment maternité d’une population enseignante très féminine et très jeune, transformer les pratiques avec le dispositif « Plus de maîtres que de classes », créer des « Toute petites sections » pour les 2-3 ans, reconstruire l’Éducation prioritaire, les RASED et la médecine scolaire, obtenir une formation professionnelle pour les milliers d’enseignants qui ont appris à faire classe « sur le tas » depuis la mastérisation, stabiliser les équipes.

Avec 150 postes, c’est impossible : 16 classes de TPS pour 40 communes et quelques écoles bénéficiant du « Plus de maîtres que de classes » … c’est une goutte d’eau dans l’océan des besoins pour faire reculer les inégalités et permettre à tous les élèves de réussir.

Un plan de rattrapage, comme celui de 1998, est nécessaire c’est pourquoi le 93 était en grève le 19 septembre !


[1] Lettre des IENs des SNPI-FSU, SIEN-UNSA, SGEN-CFDT, adressée à Vincent Peillon et George-Pau Langevin, ministres de l’Éducation nationale et de la réussite éducative (18 /09/ 2012).

[2] Blog du « Collectif des parents d’élèves de la Seine-Saint-Denis »


Navigation par Thèmes