Irresponsable socialement !

dimanche 19 janvier 2014  |  par  ÉÉ Revue  | 

C’est en social-libéral assumé qu’Hollande a présenté ses orientations pour 2014 et après : trop de charges et trop de contraintes pour les entreprises, trop d’impôts. Il faut réduire toujours plus la dépense publique et sociale, martèle-t-il. Et de proposer son « pacte de responsabilité » avec l’accord du MEDEF.

Choyer la finance et le grand patronat et accepter le dogme « d’équilibre budgétaire » dicté par le TSCG, le budget 2014 traduit ce double choix politique de continuité avec Sarkozy. Avec de très lourdes contreparties antisociales : la taxation des ménages et une très forte réduction des dépenses publiques. Les ménages paieront par l’augmentation de la TVA le cadeau fiscal de 10 Mds d’€ aux entreprises. Ce sont les ménages les plus pauvres qui seront taxés le plus durement quand, dans le même temps, le gouvernement a refusé tout « coup de pouce » au SMIC.

Les services publics vont subir eux une saignée sans précédent de 15 Mds d’€. Après des années de RGPP qui les ont mis à genoux, c’est la capacité même à entretenir les infrastructures et assurer un service public de qualité sur tout le territoire qui sont en cause. C’est bien un accroissement des inégalités sociales et territoriales que programme ainsi ce gouvernement de « gauche ».

Toujours prompt à satisfaire par avance le Medef, le gouvernement veut supprimer les élections prud’homales en 2014. Le dernier scrutin national et transparent où les salariés peuvent voter en faveur du syndicat de leur choix serait supprimé. Les juges seraient désignés sur la base des résultats de la représentativité. Cette « réforme » renforcera le syndicalisme d’accompagnement (la CFDT passerait de 21,67 % à 26 %, la CGT chuterait de 33,56 % à 26,77 %). Ce pourrait être une première étape vers la suppression pure et simple des juges prud’homaux dont la bible est le Code du travail, ultime survivance d’un modèle social que le patronat veut éradiquer. Car, au-delà des prud’hommes, c’est bien une question politique majeure qui se joue : celle qui veut faire de l’entreprise le pivot central du dialogue social au détriment de la loi. L’entreprise considérée comme le lieu où patronat, actionnaires et travailleurs auraient des intérêts communs alors qu’elle reste le lieu de l’exploitation du travail salarié et de l’extorsion de la plus-value et que, par nature, les intérêts du patronat et du salariat sont antagoniques.

D’ailleurs, les requins de la finance et les gros actionnaires ne sont jamais rassasiés et en exigent toujours plus. Au niveau international, dans l’opacité la plus totale, l’UE et les Etats-Unis, ardemment soutenus par les multinationales, négocient en vue de conclure un accord de libéralisation accrue du commerce et des investissements. Cet accord, le Transatlantic Free Trade Area (TAFTA), pourrait avoir des conséquences considérables dans bien des domaines (agriculture, énergie, internet, services, droits sociaux…). Il vise l’affaiblissement –voire le démantèlement- de toutes les normes qui limitent les profits des entreprises et permettrait à celles-ci d’attaquer en justice tout Etat qui ne se plierait pas aux normes du libéralisme. A travers « l’harmonisation » des normes et règles, de fortes pressions s’exerceraient sur les droits sociaux et les salaires dans une Europe frappée de plein fouet par les politiques d’austérité et le chômage.

En 2014, encore et toujours, le syndicalisme de lutte et de transformation sociale, et plus largement, le mouvement social n’auront d’autres choix que de résister et de lutter pour convaincre que vraiment un « autre monde » que ce système inique est possible.

Christian Navarro


Navigation par Thèmes