Stagiaire impossible !

vendredi 17 juin 2011  |  par  ÉÉ Revue  | 

Une stagiaire de Lettres en Seine-et-Marne (Académie de Créteil) qui a participé à la fondation de « stagiaire impossible » répond à nos questions.

Un témoignage…

Ecole Emancipée : Quel bilan fais-tu de ton année d’enseignement ?
Réponse : Ce qui marque le bilan de mon année est la charge de travail impossible même à 15 heures de cours (avec deux heures de décharge pour la formation). J’ai toujours travaillé dans l’urgence, noyée sous la masse de travail que représentent deux classes de seconde et une de première ES, qu’il fallait préparer au Bac. Je devais préparer mes cours le soir pour le lendemain. Avec 1 heure 30 de transports, levée à 5h40, après 5 heures de sommeil, pas de week-end, je n’ai pas trouvé le temps de prendre du recul et de me poser des questions pédagogiques essentielles. En plus des heures de cours, il fallait suivre une journée de formation par semaine, le vendredi. Une journée de présence supplémentaire, quand tant de travail m’attendait à la maison.

EE : Comment s’est déroulée cette formation ?
R : Cette formation s’est faite en deux temps. La formation disciplinaire s’est bien passée car les formatrices ont davantage joué le rôle de tutrices et nous apportaient des ressources à utiliser en classe. Par contre, la formation transversale sur la « gestion de classe » était complètement inutile avec des formateurs qui n’avaient rien préparé. Inutile et inadaptée : nous avons appris à faire une séquence en novembre et la formation « gestion de classe » a commencé en février ! Entre temps, on s’est débrouillés tout seuls.

EE : Comment s’est passé ton accueil dans l’établissement ?
R : Mes collègues ont suivi la consigne du SNES de refuser le tutorat et m’ont accueillie collectivement. Mais c’est très compliqué de s’adresser à plusieurs personnes et de ne pas avoir un référent. Finalement, cela se bornait souvent à quelques conseils autour de la machine à café. Je me suis trouvée un tuteur toute seule. Il travaillait dans le 94 et m’a très bien suivie, même si la distance ne facilitait pas les choses. Par contre, mon premier rendez-vous avec lui a été traumatisant car je me suis rendue compte que depuis un mois je ne faisais pas ce qu’il fallait.
Cette consigne de refus du tutorat pose de vrais problèmes, les stagiaires sont contre car ils en ont trop souffert. On la comprend en théorie, mais en pratique cela ne fonctionne pas, même avec un « accueil collectif ». Nous avons été choqués du maintien de cet appel par le SNES pour l’an prochain. ●

… Qui nous interpelle !

Ce témoignage appelle quelques réflexions. La distorsion entre la réalité du métier et l’absence de formation imaginée par l’institution somme le stagiaire de trouver seul les ressources pour exercer son métier. Outre la souffrance que cela représente, c’est aussi un outil supplémentaire de l’individualisation contre laquelle nous voulons lutter. Cela nous amène aussi à réinterroger le mandat du SNES de refus du tutorat et d’accueil collectif. Ce mandat n’a d’efficience que si le collectif est fort, or la situation dans les établissements est dégradée et le collectif partiellement détruit.

Paradoxalement, la syndicalisation chez les stagiaires a augmenté cette année. Mais cela signifie-t-il pour autant qu’ils adhèrent à l’action du SNES sur la formation ? Loin s’en faut, semble-t-il. Il faudrait en faire une analyse approfondie, mais en première approche, on peut penser que c’est le désarroi qui a poussé les stagiaires vers l’organisation syndicale. Qu’a-t-elle à offrir ? S’il est évident que le syndicat n’a pas vocation à former les enseignants, il doit continuer à s’emparer de la question du travail, des critères de qualité du travail pour lutter contre la destruction de nos métiers.


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