L’apartheid israélien, fin d’un tabou ?

lundi 24 juin 2013  |  par  ÉÉ Revue  | 

L’actualité éditoriale liée au conflit israélo-palestinien ces derniers mois a mis sur le devant de la scène la question de l’apartheid israélien(1), faisant écho par ailleurs aux conclusions du tribunal Russel pour la Palestine(2), qui lors de sa session en Afrique du Sud a conclu à l’existence d’une situation d’apartheid mise en œuvre par l’Etat israélien.

Cette définition de la situation vécue par les Palestiniens agite le landerneau des mouvements de solidarité mais, plus encore, inquiète les autorités israéliennes.
Le tribunal Russel pour la Palestine conclu que « depuis 1948 par sa législation et ses pratiques, l’État d’Israël a séparé les populations juives israéliennes des palestiniennes et leur a alloué des espaces différents. Le niveau et la qualité des infrastructures, des services et de l’accès aux ressources varient selon le groupe auquel on appartient. Tout cela débouche sur une fragmentation territoriale généralisée et sur la création d’une série de réserves et d’enclaves séparées ». Il en résulte une vaste ségrégation entre ces deux groupes.

De quoi l’apartheid israélien est il le nom ?

Si cette situation d’apartheid subie par les Palestiniens ne signifie pas l’Apartheid au sens d’une analogie stricte avec l’Afrique du Sud des Afrikaners, c’est que les logiques en sont différentes. L’objectif colonial en Israël n’est pas déterminé par l’exploitation de la force de travail de la population colonisée mais par la maîtrise de l’espace, et la loi israélienne ne proclame pas l’inégalité de traitement, y compris de ses citoyens.
Selon Michel Bôle Richard, ancien correspondant du Monde en Afrique du Sud puis en Israël et Palestine, il existe en fait un ensemble de comportements de la part de l’Etat israélien caractérisés par ce concept, pertinent au regard de la description des crimes d’apartheid retenus par l’ONU. C’est donc un apartheid de facto, « ne disant pas son nom », qui s’applique en Palestine. Les citoyens palestiniens d’Israël ont certes formellement les mêmes droits que les citoyens juifs d’Israël. Mais de nombreux dispositifs les cantonnent à un rôle de citoyens de seconde zone : l’attribution des terres, régie par l’État ou le fond national juif conduit par exemple aujourd’hui ce 1/5° de la population à ne détenir que 3% des terres. Quant à la situation en Cisjordanie, celle ci ne laisse plus de place au doute. L’existence de routes séparées pour les colons et les Palestiniens ou la création de véritables bantoustans palestiniens enfermés par des check points matérialisent la politique de séparation.
Ces politiques sont menées au nom de la sécurité pour Israël, sans que jamais d’ailleurs la sécurité de la population palestinienne ne soit évoquée, justifiant ainsi à Hebron, par exemple, la fermeture de 1600 boutiques palestiniennes et l’expulsion de Palestiniens du centre historique, des interdictions de passage pour d’autres, tout cela pour la « sécurité » de 600 colons.

De nouveaux enjeux pour le mouvement de solidarité

Ces débats émergent dans un contexte caractérisé par la mort du processus d’Oslo et les difficultés à élaborer une nouvelle perspective en faveur des droits nationaux palestiniens. L’échec de la solution négociée laisse place à un vide stratégique pour les différentes tendances du mouvement politique de libération palestinien et, par ricochet, pour le mouvement de solidarité. Le livre de Michel Bôle Richard se termine par un appel au boycott. Le parallèle avec la situation de l’Afrique du Sud se poursuit donc dans la réaction que peut prendre la solidarité internationale.

« Puisque nous ne pouvons pas, à l’heure actuelle soutenir un projet stratégique inexistant (un Etat ou deux Etats) replions nous sur les principes ». Tel pourrait être résumé le temps présent pour le mouvement de solidarité. Il ne s’agit donc pas de trancher à la place des Palestiniens la question de la forme que prendra la résolution du conflit mais d’aider à affaiblir l’emprise actuelle d’Israël. Ainsi, comme contre le système d’Apartheid, le mouvement de solidarité avec la lutte du peuple palestinien peut s’emparer de la campagne BDS, dans toutes ses dimensions, afin d’isoler la puissance occupante et de briser l’isolement de la population occupée, en mettant au cœur de nos combats la question de l’égalité de tou-te-s, depuis la mer jusqu’au Jourdain. ●

Julien Rivoire

1) Nous faisons référence ici à trois ouvrages : Michel Bôle-Richard, Israël, le nouvel apartheid, Éd. Les liens qui libèrent. Céline Lebrun et Julien Salingue (dir.), Israël, un Etat d’apartheid ?, Éd. l’harmattan. Pierre Stambul, Du refus d’être complice à l’engagement, Éd. Acratie.
2) http://www.russelltribunalonpalesti…


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