UNICEF : un rapport pour quoi faire ?

lundi 24 juin 2013  |  par  ÉÉ Revue  | 

Le rapport de l’UNICEF paru cette année, tend à démontrer que le système scolaire français produit actuellement des résultats plus que moyens. Avant d’en tirer des déductions, il convient d’en avoir une lecture critique.

En avril, l’UNICEF a rendu un rapport sur « le bien être des enfants dans les pays riches ». Il portait sur 5 domaines : bien être matériel (la France se classe 10ème sur 29), santé et sécurité (10ème), comportements et risques (13ème), éducation (15ème) et logement et environnement (16ème).
Sur l’éducation, le rapport se base sur :
➠ Le taux de scolarisation en maternelle où la France arrive 1ère, grâce à la scolarisation dés trois ans,
➠ le taux de participation au secondaire où elle ne se classe que 19ème avec 83 % d’une classe d’âge inscrite,
➠ « la réussite scolaire » à l’âge de 15 ans, où elle n’arrive que 15ème,
➠ un taux baptisé NEET qui calcule le pourcentage de jeunes qui ne participent à aucun programme scolaire.
Que déduire de cette étude ? Un système éducatif mal classé ? Mais que penser des critères qui ont été retenus ? En y regardant de plus près, on s’aperçoit que, comme l’OCDE, elle est influencée par PISA qui ne se base que sur la lecture, les maths, les sciences dans la perspective de faire des élèves, des adultes efficients sur le plan économique. Il s’agit donc d’études qui sont intéressantes mais politiquement orientées par les aspirations du patronat : la formation d’une future main d’oeuvre.
On peut se poser des questions. La France arrive 1ère pour la scolarisation en maternelle qui est une quasi exception dans le monde, avec 100 % des 3-6 ans. Souvent présenté comme une des clés de la « réussite » scolaire, cela contredit l’étude qui classe moyennement la France pour les années qui suivent avec chaque année 130 000 élèves quittant le système scolaire sans diplôme. Il faudrait se pencher, ce que le rapport ne fait pas, sur les raisons de l’exclusion dans le système éducatif.

Des résultats très contradictoires en deux ans

Sur la notion de « bien être », le rapport de l’UNICEF, indique que 56,6 % des enfants trouvent leurs camarades de classe gentils ou serviables. Seuls trois pays font moins bien. Il y aurait donc du retard dans le mieux « vivre ensemble » à l’école. A comparer quand même avec le même rapport paru il y a deux ans : 88,9 % des élèves déclaraient se sentir bien à l’école, 88,7 % avaient de bonnes ou très bonnes relations avec leur professeur, 95% estimaient que l’enseignement dispensé dans l’école était bon, ¾ aimaient aller en classe, 93,4 % en récréation et 83,5 % jugeaient les relations entre pairs bonnes ou très bonnes.
Pourquoi un tel écart entre ces études ? Mystère ou plutôt, les études de mesure ne sont plus tout à fait les mêmes.

Des tensions accrues entre les enfants et les parents

Pour la partie santé, le classement de la France est mitigé selon les items retenus. 4ème pour le surpoids, dans la moyenne pour les habitudes de petit déjeuner (10ème), très mauvais pour les activités physiques des 11-15 ans (27ème), 7ème sur la maternité précoce des adolescentes, 18ème pour la consommation de tabac, plutôt bien sur la consommation d’alcool (6ème) et très mauvais sur la cannabis (26ème).
Enfin, le plus inquiétant concerne les relations entre les 11-15 ans et leurs parents. La France arrive dernière : 71 % seulement des enfants pensant qu’il est facile de parler avec leur mère et 50 % avec leur père. Les 21 points d’écart entre la mère et le père en disent long sur le modèle familial qui s’impose encore de nos jours.

Qu’est-ce qui ressort d’une telle étude ? Difficile d’en tirer des enseignements fiables, tant les données utilisées peuvent paraître subjectives et les items retenus font la part belle à certains pays, ceux d’Europe du Nord par exemple, qui entrent parfaitement dans les cases pré-établies du centre de recherche de l’UNICEF. Ainsi, la première place de la France pour la scolarisation des 3-6 ans qui n’est pas suivie d’effets dans la scolarité des 6-15 ans, pourrait servir d’argument à celles et ceux qui souhaitent en finir avec la maternelle avec une logique purement comptable. Cela coûte cher et ne sert à rien, voyez l’étude de l’UNICEF ! Il faut donc prendre ce rapport avec précaution. Si tout n’est pas à rejeter, la logique politique qui est derrière est quand même influencée par la pensée libérale économique. ●

Olivier Sillam


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