« A l’école, l’homosexualité reste encore tabou »

lundi 24 juin 2013  |  par  ÉÉ Revue  | 

Interview de… Sylvie Gras, vice présidente de l’association SOS homophobie

◗ EE : Qu’est-ce que le rapport annuel de SOS homophobie ? Sylvie Gras : Le rapport de SOS homophobie est à ce jour le seul outil annuel d’analyse quantitative et qualitative des violences et discriminations dont sont victimes les personnes en raison de leur orientation sexuelle, réelle ou supposée, ou de leur identité de genre. Depuis 17 ans, SOS homophobie met à disposition du public et des institutions une analyse de l’ensemble des témoignages qu’elle reçoit via sa ligne d’écoute anonyme, le chat’écoute, le site internet, le courrier et des entretiens.

Quelles sont les grandes lignes de l’édition 2013 ?
L’année 2012 a vu une augmentation spectaculaire du nombre de témoignages reçus : + 27 % en un an, près de 2000 témoignages, soit plus de cinq par jour en moyenne. Le contexte le plus dénoncé est Internet, suivi par celui du travail et celui de la famille/ entourage proche. Internet se révèle depuis quatre ans comme le premier lieu d’une expression homophobe libérée. Des internautes pensent, à tort, qu’ils et elles peuvent insulter, heurter, blesser en toute impunité. Le monde professionnel, quant à lui, a toujours été un domaine privilégié de violences et discriminations homophobes, notamment dans les rapports avec les collègues, d’un même niveau hiérarchique ou pas. En majorité, les personnes qui nous contactent sont des hommes, avec une hausse de 30 % des témoignages de femmes, ils et elles ont entre 35 et 50 ans et pour un tiers résident en Île de France. Côté manifestations, les insultes arrivent en tête, suivies par les discriminations et les menaces ou chantages. Les agressions physiques font une victime tous les trois jours.

Avez-vous constaté un changement sensible dans le nombre et la nature des agressions signalées durant l’année 2012 ?
Nous avons constaté sur le seul dernier trimestre 2012 une augmentation de 38 % des témoignages et rien que sur le mois de décembre trois fois plus de contacts que pour décembre 2011. L’homophobie sociale et le mal de vivre des lesbiennes, gays, bisexuel-le-s et trans (LGBT) sont en hausse de 40 % comparativement à l’année dernière. Et Internet témoigne d’une homophobie à haut débit, les signalements d’insultes et de diffamation LGBTphobes ont explosé de 159 %. Le milieu scolaire n’est malheureusement pas épargné par cette tendance avec 38 % de cas en plus.

Pensez-vous que cette augmentation des actes homophobes soit liée aux prises de position des « anti-mariage » ?
Il est clair que l’accroissement du nombre de témoignages fin 2012 résulte du « débat » sur le projet de loi de mariage des personnes de même sexe et de l’adoption. Cela a libéré la parole homophobe mais fort heureusement celle aussi des victimes et d’autres personnes horrifiées par certains propos et caricatures à l’encontre des LGBT. Les premières déclarations hostiles au projet de loi ont commencé avec la prière du 15 août puis se sont surtout développées avant la présentation en Conseil des ministres le 7 novembre. La mobilisation des « antis » n’a alors pas cessé. Le maintenant fameux « je ne suis pas homophobe mais… » de la « Manif pour tous » a marqué les LGBT et leur entourage.

Quel rôle les associations et les syndicats ont-ils à jouer pour lutter contre les LGBTphobies, notamment en direction de la jeunesse ?
Vaste question… Des associations ont investi le secteur de la prévention et de la sensibilisation aux LGBTphobies que ce soit auprès des jeunes ou des adultes. SOS homophobie a d’ailleurs créé un site dédié aux adolescent-es (www.cestcommeca.net) leur permettant de trouver un soutien personnalisé, suivi et confidentiel, ainsi que des informations. Si on se focalise sur le milieu scolaire, l’homosexualité reste encore tabou et pourtant on pourrait l’aborder en français (littérature), langues, histoire-géo, SVT et éducation à la sexualité. Les associations comblent un manque et permettent également d’aborder des thèmes qui ne sont pas forcément faciles dans les rapports professeur-es / élèves. Les programmes et les manuels scolaires doivent évoluer afin de ne plus invisibiliser les lesbiennes, gays, bisexuel-les et transgenres. La formation initiale et continue des enseignant-es, des personnels administratifs et encadrants, doit inclure la prise en compte de la lutte contre les discriminations (détecter, agir et orienter en interne et externe). Et les syndicats sont en première ligne pour pouvoir porter ces évolutions et ces revendications au sein de la refondation de l’école. ●


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